BRON : LE PARI DE REPÉRER L’OPÉRA DE PARIS

Mikhail Timoshenko avec Les Musiciens de Caravage Mikhail Timoshenko avec Les Musiciens de Caravage

L’Opéra, nouveau film de Jean-Stéphane Bron au titre évocateur à défaut d’être explicite va certainement permettre au grand public de se familiariser avec les coulisses de l’Opéra de Paris, de savoir enfin comment fonctionne cette hydre mystérieuse qui centralise l’activité de maquilleuses, d’instrumentistes, de costumiers, d’administratifs, de danseurs, décorateurs, chanteurs et j’en passe.

Disons-le sans barguigner, le spectateur passe une heure cinquante sur son siège agréablement. Les sujets se succèdent, variés un peu du coq à l’âne, souvent amusants avec de jolies images, bien cadrées, bien éclairées, dans un montage soigné. J’ai dit un film : en fait ce qui se déroule devant nos yeux présenté comme un documentaire, tient plutôt on s’en aperçoit rapidement d’une téléréalité scénarisée. Des faux airs de Koh Lanta ou d’Un dîner presque parfait mais filmés comme Plus belle la vie. Il s’agit de ne pas intimider le chaland, de ratisser au large des happy few. Une manière très tendance pour surfer sur l’esprit du temps.

Récemment, j’avais pu découvrir Lumière, l’aventure commence, le film de Thierry Frémaux. On y apprenait que nombre des courtes vignettes du premier cinéma encore muet, que l’on aurait spontanément considérées comme de simples témoignages du quotidien, étaient jouées, voire surjouées par quelques assistants disséminés dans la foule pour donner le maximum de piquant à une situation, la rendre explicite au spectateur.

Ici chacun des rôles caractérise au mieux son personnage. Stéphane Lissner incarne avec brio le serviteur zélé des intérêts collectifs, celui à qui revient la charge de conduire à bon port, dans un rafting permanent cet organisme tentaculaire qui suce des millions d’euros. On imagine que l’emploi aurait pu concerner Pierre Arditi, Antoine Duléry, Daniel Russo, Gérard Jugnot, mais l’on comprend aussi que le nouveau directeur avait à cœur de contrôler l’image de sa prise de fonction, celle qui s’imprimerait pour la postérité, quoi qu’il arrive. On n’est jamais si bien servi que par soi-même et charité bien ordonnée vaut mieux que deux tu l’auras. Carton plein. « Esultate ! » comme dirait Otello.

On admirera sans réserve comment avant chaque scène, chaque situation conflictuelle difficultés avec les grévistes, avec un metteur en scène, réduction de budget ou remplacement d’un chanteur porté pâle Lissner se promène au milieu de tous avec naturel et présente au besoin une sorte de récapitulatif concis pour justifier sa décision, pour obtenir la confiance. Il respecte le pouvoir mais n’en est pas dupe, refusant d’être associé au président de la république dans sa loge, mais venant le recevoir avec déférence à la porte discrètement réservée, où il n’oublie pas, pour la caméra derrière l’œilleton de laquelle nous l’observons de mentionner quelques points de vue hors de propos dans un accueil, mais qui le montrent sous son meilleur profil.

En réunion il est épatant quand il feint de découvrir le prix des places, laissant la parole aux uns et aux autres pour mieux la synthétiser ensuite. Un tarif trop élevé pour la bourse de tout un chacun ? Il évite adroitement de compléter le tableau en s’interrogeant sur la somme que sera prêt à investir un jeune des banlieues pour voir sa star préférée à Bercy (débaptisé si joliment pour AccorHotels Arena) ou pour une comédie musicale au Palais des Congrès, au Palais des Sports. La démocratisation de l’art ? Un serpent de mer qu’on peut dompter à son avantage, un taureau nous le retrouverons plus tard qu’il faut prendre par les cornes. Quoi qu’il en soit, Lissner se montre sensas, bath, chouette, au poil, aux petits oignons. Sa prestation mérite incontestablement l’oscar du second rôle et l’on comprend qu’il vienne à la radio, à la télévision, promouvoir le film.

 

On ne peut éviter de nominer son presqu’alter ego, Philippe Jordan, le chef d’orchestre maison. Attentif à tous, il ne dédaigne pas d’outrepasser sa charge pour aider les plus démunis, pour donner un exemple de prononciation ou plutôt d’articulation à un chanteur éberlué mais récalcitrant. Le chef d’ordinaire a d’autres chats à fouetter, mais ici les tâches les plus humbles ne rebutent personne et chaque rouage revêt autant d’importance qu’un autre. Tout quidam peut remplacer autrui en cas de défection. The show must go on ! Ne me parlez plus d’ego à l’Opéra après cette éclatante démonstration.

Je me souviens, dans un passé pas si lointain, comment Giancarlo del Monaco savait montrer pour les caméras de quelle main de fer mais compétente, il dirigeait l’Opéra de Nice, n’hésitant pas à donner de la voix pour montrer au ténor qu’il savait mieux chanter que lui, connaissait mieux le rôle, jusque dans ses moindres recoins, qu’il pouvait lui-même jouer mieux que personne dans ce qui était d’ailleurs sa propre mise en scène, et que passant dans les couloirs il pouvait en remontrer à l’ouvreur, à la balayeuse, sur la présentation, la propreté, la tenue d’une salle toute entière unie sous sa houlette, avant de s’engouffrer dans les couloirs pour donner quelques coups de fil très importants avec les grands de ce monde au milieu de son bureau directorial. Il méritait les vivats, les hourras, les olas, les Olé ! que je ne manquai pas de lui décerner. Je lui dédiai les oreilles et lui balançai la queue du taureau bien sûr devant l’écran.

 

On assiste en quasi direct l’arrivée de Benjamin Millepied dont on sait déjà qu’il n’a pas tenu le coup à la direction de la Danse, mais l’on ne comprend pas en profondeur la raison de son renoncement. L’excuse diplomatique nous laisse sur notre faim. Plutôt que directeur, il se préfère chorégraphe ? Ailleurs, sans doute.

Ayant vu la création de son ballet Daphnis et Chloé il faut le dire assez réussi, malgré les décors importuns de Buren je n’ai pas oublié que les danseurs de l’Opéra ne parvenaient pas à tenir à bout de bras leur ballerine une seconde de plus seconde pourtant nécessaire à la musique comme il aurait été réalisable dans tout autre ballet d’une autre capitale.

On ne verra pas d’extrait de cette première création, mais quelques bouts de sa dernière sur l’Appassionata (dans un triptyque : La nuit s’achève) et l’on ne peut qu’être surpris du contresens. Il suffit pourtant d’écouter pour éprouver la pulsion obsessionnelle du sentiment amoureux, un instant maîtrisé croit-on, mais… Comme un feu sous la braise que la brise avive au crépuscule, « il renaît des efforts qu’on fait pour le détruire et le cœur même qu’il déchire est d’intelligence avec lui ». Enfin son tourbillon, son ouragan rageur dévaste tout sur son passage, ne laissant que désert. Le décalage est total avec l’image glacée d’une chorégraphie euphorisante et plastifiée des années soixante, tout en gymnastique gratuite. Il faut souligner qu’Alain Planès au piano ne saisira pas non plus le trouble beethovénien.

Le taureau de Moïse et Aaron Le taureau de Moïse et Aaron

Certes, pour mettre un peu de piment, on verra les choristes tels qu’on les imagine, rechigner à l’ouvrage, mais « tout ça fait d’excellents soldats » comme se gaussait Maurice Chevalier. Quelques condamnés descendent sur le plateau dans la piscine de Moïse et Aaron sans qu’on ose s’interroger sur les risques pour leur santé, sans que s’élève la question de la peinture sur le pauvre taureau, dont il faut espérer qu’elle ne contenait pas trop de substances toxiques… Comme dans La vie des animaux ou dans un film d’action, on trouvera des séquences attendues, représentatives du genre comme le cliché de la ballerine essoufflée s’effondrant à l’abri des regards indiscrets du public. On connaissait l’anecdote avec un danseur, Nijinsky ou Noureev : aujourd’hui on prend ce qu’on peut. Mais au moins voici de quoi raconter à ses copains qui ne feront pas les difficiles. Il faudrait s’interroger sur ce voyeurisme qui s’arrête moins sur la splendeur de l’art que sur son prix. Mais il y a mieux : on aura pu entendre reprise la phrase célèbre : «  On n’est pas à un concert, on est à l’opéra : justement, l’opéra c’est un tout » décochée aux choristes, qui bien sûr n’en avaient pas l’idée. On aurait voulu être là quand certaines formules historiques furent prononcés, quand « La garde meurt mais ne se rend pas » frappa nos ennemis héréditaires. Cette fois-ci, grâce au cinéma, nous voilà aux premières loges et l’on peut se féliciter de ne pas mourir idiot après cette projection. Le réalisateur n’ignore d’ailleurs pas son action décisive :

« …on capte quelque chose qui se produit et il se produit quelque chose parce qu’on le capte. C’est un échange. Ce n’est pas neutre. A partir du moment où une personne a conscience de se sentir regardée et que, malgré (ou à cause de) ce regard porté sur elle, elle va s’engager encore davantage dans ce qu’elle fait, s’y donner corps et âme. Et c’est à nous, les réalisateurs, de les pousser dans cette direction. »

L’un des moments forts du film particulièrement émouvant reste l’exécution de l’Allegretto de la 7ème symphonie de Beethoven par des djeuns. Vous avez bien compris la dimension de mise à mort. Le problème n’est pas que ces gamins jouent mal, faux, ignorant la mesure, non ! le plus grave est on le lit sur leur visage qu’ils ne savent pas ce qu’ils jouent. Leur a-t-on expliqué, s’ils ne peuvent l’entendre ? Cet univers dépasse-t-il ce qu’ils peuvent appréhender ? Il s’agit d’exprimer la compassion pour un idéal disparu… Le réalisateur inflige, inconsidérément sans doute, au spectateur de subir la mutilation d’un tel monument d’humanisme… peut-être afin qu’il batte sa coulpe pour un péché mal identifié, mal digéré. Mais qui voudrait dire du mal de ces marmots dans la société d’aujourd’hui ? Ce ne serait pas correct.

 

Le film offre un rayon de lumière dont on lui sera gré, qui fera son succès : la vedette du film qui s’impose rapidement, un jeune russe retenu pour L’Académie de l’Opéra National de Paris. Le réalisateur a eu l’inspiration d’en faire le fil conducteur de sa narration et de suivre sa fraîcheur sympathique découvrir les rouages de la machine à starification et avec son sourire malicieux y nouer aisément des contacts. Chaque spectateur aura certainement à cœur de s’identifier à ce jeune aventurier tout juste échappé du Satyricon, à se retrouver dans ces yeux candides et dans ces 24 ans. Avec ses boucles brunes et ses grands yeux de biche, il ressemble à tous les chérubins qu’on se figure, au David en bronze de Verrocchio, à n’importe quel saint Sébastien si l’on préfère : chacun fera son choix. Aussi ai-je voulu vous le présenter en regard d’un Guido Reni, mais aussi faisant le bœuf avec les Musiciens du Caravage, afin de vous le mettre en bouche. Le réalisateur, pour jouer des contrastes et nouer les cordages de son ouvrage lui fait rencontrer une étoile du lyrique, de celles ou plutôt de ceux qui sillonnent les scènes internationales, au faîte de sa gloire, à la sénescence de son art : un chanteur d’origine galloise de 28 ans son aîné : le Méphisto de La Damnation de Faust cette saison, qui devient instantanément l’idole de notre jeune protégé.

Au début de l’action, l’on nous avait bien spécifié que le novice ne connaissait pas un mot de français, mais que ses dons supérieurs lui feraient certainement assimiler notre langue en un temps record. Un pari dont on nous prenait à témoin. Et voilà que sans crier gare, au pied levé, inopinément, au débotté, il nous présente une mélodie de Jacques Ibert : La mort de Don Quichotte, très intelligiblement… Comme Bryn Terfel n’hésite pas d’avouer à une admiratrice qu’il ne parle pas le français, même s’il chante correctement dans cette langue son rôle de Méphisto, on s’interroge sur la performance parallèle de Micha (oui, dans le film, on l’appelle par son petit nom Micha : mi-chat, n’est-ce pas chou ?). N’aurait-il pas depuis bien longtemps écouté jusqu’à plus soif la version enregistrée en 1933 par le créateur, qui se trouve être Chaliapine qu’un étudiant si bien préparé ne peut ignorer pour le film de Pabst ? Il en reproduit jusqu’à la couleur de son mi aigu final pianissimo… Le cinéaste nous prendrait-il pour des… naïfs ? Il est vrai qu’il avoue :

« … je ne connaissais rien à l’opéra. Ni au fonctionnement d’une telle institution, ni au ballet, ni à l’art lyrique en général… Tout était à découvrir et c’est toujours un bon point de départ : l’envie d’en savoir plus. »

Chaliapine en Don Quichotte pour le film de Pabst Chaliapine en Don Quichotte pour le film de Pabst

A malin, malin et demi. Par ailleurs s’il était difficilement tolérable à notre époque de progrès on le ressasse sans arrêt, on le serine comme une rengaine avec ses gros plans intrusifs, de voir une grosse dondon de quarante-cinq ans et des brouettes vouloir se glisser dans la peau de l’innocente Juliette, il l’est pareillement il faut être cohérent de voir un jouvenceau chercher à se faire passer pour le chevalier à la triste figure, d’autant qu’il aurait tant de répertoire à explorer qui n’attendra pas toujours. Pourquoi ne s’essaie-t-il pas, avec des conseils avisés Jeff Cohen paraît entièrement sous le charme à des mélodies qui lui conviendraient mieux ? La Mazurka de Poulenc en hommage à Chopin lui siérait bien. Pourquoi ne tenterait-il pas La vie antérieure de Duparc ?  Mandoline de Fauré réjouirait ses auditeurs ainsi que Madrigal brodé par d’Indy. O ma belle rebelle de Gounod pourrait étoffer ce bouquet avec Plaisir d’amour de Martini. Dans un bois solitaire de Mozart sur un poème d’Houdar de la Motte permettrait de soigner la mezza voce sollicitée dans son Ibert et nous permet d’aborder l’opéra. On entend Timoshenko excellent dans des extraits du Figaro des Nozze, mais on le voit bientôt imiter son idole Bryn Terfel, jusqu’à s’essayer au même répertoire. Il est assez saugrenu, pour les raisons exposées plus haut et plus encore à l’opéra que dans la mélodie de voir un joli minois s’immiscer dans un Méphisto. Il peut encore temporiser avant d’y céder quand il ne pourra plus « réparer des ans l'irréparable outrage »… Mais qu’il ne s’afflige pas trop : de jeunesse on guérit vite. Je suppose que pendant son apprentissage il prête l’oreille à Vladimir Kastorsky ou Ildar Abdrazakov, mais puisqu’il réside à Paris quelque temps, pourrait-il découvrir Marcel Journet, Hector Dufranne, André Pernet, Pierre Bernac, Gérard Souzay et tant d’autres ?

Vladimir Kastorsky Vladimir Kastorsky

Un baryton-basse, nous assure-t-on ? Cette catégorie, commodément inventée tout récemment, qualifie plus souvent une voix aux aigus de basse et aux graves de barytons, plutôt qu’à l’aigu de baryton surmontant crânement le grave d’une basse. Mais le nouvel arrivé de sa lointaine Russie ne semble pas craindre les hauteurs, comme en témoigne l’extrait de Se vuol ballare avec le fa aigu sur une voyelle fermée de « le suonerò, si ». Le bas de sa voix peut encore s’améliorer : il y remédiera sans peine. Car ce sont les aigus, même chez une basse, qui ouvrent l’accès aux rôles. Le public et les chefs préfèrent un grave légèrement déficient à un aigu craqué voire hurlé. La voix de Mikhail Timoshenko, d’une belle pâte colorée, onctueuse et timbrée, ne demande qu’à se développer. Il lui faut considérer qu’à son âge et avec son physique (je suis désolé d’insister, et visiblement je ne suis pas le seul concerné) la filière de baryton fringant lui tend les bras plus que celle de basse solennelle : il ne va pas se présenter avec une barbe de Père Noël pour Seneca ou Arkel dans une audition ! Sans l’exposer aux cimes du baryton-Verdi, il existe des barytons centraux… Laissons donc de côté pour l’instant le répertoire mozartien où Masetto comme Don Giovanni, Guglielmo comme Papageno doivent avoir été travaillés « en amont ». Il a dû faire ses premières dents sur l’air d’Ali dans L’Italiana in Algeri… Parfait. D’autres rôles belcantistes parsèment les opéras romantiques italiens. Concentrons-nous sur le répertoire français qu’il vient logiquement approfondir à Paris et cherchons avec lui dans les œuvres fréquemment montées de préférence…

Rameau offre à sa tessiture dans Castor et Pollux (« Nature, amour ») et Dardanus (« Monstre affreux ») deux beaux airs qu’il lui faut certainement apprendre dans la ville lumière.

Bizet pour sa Carmen demeure incontournable. Escamillo revient parfois à des basses chantantes (Plançon, Pinza, Raimondi…) comme à des barytons (Soulacroix, Dens, Massard, Tibbett etc…), mais il exige un fa aigu éclatant. Timoshenko doit estimer s’il peut ou non s’y risquer maintenant.

Inutile de perdre du temps avec Ralph de La Jolie fille de Perth : L’opéra n’est jamais monté et tout le monde connait dans les concours, l’air de Ralph « Quand la flamme de l’amour », plaisant par ailleurs, choisi par des voix limitées.

Massenet utilise divers types de barytons. Scindia diffère profondément d’Athanaël. Dans Manon, suivant notre logique, Micha négligera le rôle du père pour explorer celui du cousin Lescaut. Nul doute que « Regardez-moi bien dans les yeux » lui aille comme un gant, mais qu’en est-il de « Transylvanie » ?

Pelléas est dans doute trop aigu et Golaud trop dramatique pour le moment. Pas de précipitation.

Il existe bien d’autres choix d’opéras français moins connus, mais je ne voudrais pas ennuyer mon lecteur. Nous en étions donc aux relations tissées devant nous, et pour nous surtout, par Bryn Terfel et Micha Timoschenko. A un moment le vieux briscard lance qu’il va étrenner Boris Godounov. Ça tombe bien, l’autre parle russe comme par hasard. Il est difficilement croyable (sauf pour un cinéaste profane en la matière) qu’un vétéran comme Terfel n’ait pas depuis des lustres, préparé des scènes avec des répétiteurs hautement qualifiés… Car il faut beaucoup d’expérience pour corriger la langue sans abîmer le chant. La jeunesse ne possède pas que des qualités, il faut aussi que l’âge apporte sa moisson de savoir… Que Micha ne se désole pas et suive Ronsard :

« Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »

S’il ne lui reste que cette pensée, son séjour à Paris n’aura pas été vain.

 

Dans le cours des images, on voit passer des célébrités qui ne sont pas nommées, sous prétexte que ceux qui savent les reconnaissent et que les néophytes n’en ont que faire. C’est faire peu de cas de qui se découvrirait une vocation et voudrait suivre le parcours de celui ou celle qui l’aura déclenchée. On voit depuis déjà quelque temps sur les affiches omettre d’indiquer les noms d’une distribution quand ceux du metteur en scène et du chef d’orchestre s’étalent outrageusement…

Pour me résumer, je recommande le film chaudement. Le talent de son premier plan, le jeune Mikhail Timoshenko, crève l’écran. Si j’ai pu le galéjer sur les bords, j’espère qu’il me le pardonnera : ce n’est que ma façon de lui chanter « Non più andrai ». Il croit encore à sa chance d’avoir été sélectionné, alors qu’il est la plume dans le chapeau qui redore le blason de l’Opéra… de la maison comme du film. Bonne route.

Jacques Chuilon

Paris, avril 2017

Mikhail Timoshenko et Saint Sébastien Mikhail Timoshenko et Saint Sébastien

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