Vermeer : une restauration discutable

 

"La liseuse à la fenêtre" en cours de restauration. "La liseuse à la fenêtre" en cours de restauration.

"La liseuse à la fenêtre" état antérieur et connu. "La liseuse à la fenêtre" état antérieur et connu.

 

 

Il semblerait que la Gemäldegalerie de Dresde ait décidé de modifier l’un des tableaux les plus connus de Vermeer : "La liseuse à la fenêtre". Cela faisait longtemps que la radiographie avait repéré une image occultée, celle d’un "Amour vainqueur". Le même que l’on voit dans "Une dame debout au virginal", mais aussi, très obscurci, dans "La leçon de musique interrompue", tableau plus que douteux. Mais Vermeer est coutumier de ce que l’on appelle des repentirs.

"Une dame debout au virginal" "Une dame debout au virginal"

 

La douteuse "Leçon de musique interrompue". La douteuse "Leçon de musique interrompue".
Le peintre avait d’abord imaginé d’agrémenter le mur de "La laitière » d’un panneau, sans doute un plan déroulé, comme on en voit dans d’autres de ses tableaux, puis il a dû considérer que le motif distrayait trop le regard. La "Femme au collier de perles", recèle aussi, recouverte par la couche uniforme du mur, une carte géographique sur laquelle devait se découper le profil.

 

Même si l’on peut détecter une autre main que celle du maître dans le brossage d’un (presque) à-plat de masquage, on ne peut négliger qu’il ait été confié à un apprenti.

Certains peintres gardent longtemps un tableau dans leur atelier avant d’y apporter d’ultimes retouches… Il faut être bien sûr de l’opération pour transformer une œuvre qui ne demandait rien, quand on refuse ailleurs de combler des béances dont on connaît parfaitement le contour et la nuance.

"La laitière" "La laitière"

 

La "Femme au collier de perles". La "Femme au collier de perles".
Un panier à linge se dissimule encore dans "La laitière" et un instrument de musique dans la "Femme au collier de perles", disparus de la version définitive. Allons nous voir prochainement réapparaître les diverses étapes d’élaboration de ces œuvres, brouillant le dessein définitif ? Faut-il conjecturer que le premier jet, la version "originale" aura la préséance désormais sur le "bon à tirer", la forme ultime ?

 

Dois-je rappeler par exemple que sous "Les Demoiselles d’Avignon" se trouve une phase moins brutaliste ? Sous "Le martyre de Saint Matthieu" du Caravage se cache une première mouture bien différente et moins baroque : faudra-t-il dissoudre la dernière ?

Et pour en revenir à Vermeer, la "Jeune fille au chapeau rouge" offusque un portrait d’homme…

"Jeune fille au chapeau rouge" "Jeune fille au chapeau rouge"

 

Jacques Chuilon

Paris, mai 2019

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