LE GOLFEUR DU TEMPLE et LA CALOMNIE SUR INTERNET

Le Golfeur du Temple par Jacques Chuilon chez Librinova Le Golfeur du Temple par Jacques Chuilon chez Librinova

Le questionnaire du scandale

Mon livre est sorti le 18 septembre assez rapidement il fut disponible pour certaines plateformes qui annoncent et critiquent les nouvelles parutions. L’une d’elle fut particulièrement rapide et fit un compte-rendu assez favorable. Quelque temps après je me vois invité à répondre à un entretien, c’est-à-dire à une liste de questions. Puisque l’accueil avait été bon, je n’avais pas de raison de refuser. On me précise aimablement « prenez tout votre temps ». Le 2 octobre j’avais envoyé mes réponses. Et c’est là que ça se gâte. Un flot de haine inattendu va jaillir, mais n’anticipons pas et regardons le texte fatal, on se retrouve après.

 

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Interview Jacques Chuilon

_ Bonjour Jacques comment allez vous ?

_ Pas plus mal qu’un autre jour.

 

_ Pouvez-vous en quelques mots vous présenter ?

_ J’aime la musique et je donne des cours de chant. J’aime la Peinture et je peins. J’aime la photographie qui est multiple et ne se cantonne pas au reportage. Elle sert à garder le souvenir de quelque chose, comme elle permet de prouver un dégât des eaux. On peut tirer le portrait que l’on souhaite ressemblant même un peu flatté, et l’on peut retravailler des clichés qui finissent par s’éloigner de la photo, que certains croient encore objective, pour atteindre une image d’art au bord de la Peinture. J’ai changé souvent d’appareil, chambre, moyen format, réflex, bridge etc… ll m’a fallu longtemps pour trouver un appareil suffisamment léger maniable sans pour autant sacrifier la qualité. Le piqué ne constitue pas l’assurance d’une bonne photo. Nombre de clichés considérés comme des chefs d’œuvre ont été prises par des appareils dont les performances nous sembleraient médiocres avec nos critères d’aujourd’hui… Donc, vous l’avez compris et pour continuer ma formulation : j’aime la photo et je prends moi-aussi des photos. Pour ajouter quelques facettes, j’aime la Littérature et j’écris. J’écris même des essais sur la Musique, la Voix, la Peinture, l’Art en général. J’aime encore beaucoup d’autres choses qui pourraient compléter cette présentation.

 

_ Quel est votre parcours personnel ?

_ Un peu chaotique mais pas si désordonné que ça. J’écrivais quand j’étais ado, mais je ne me voyais pas écrivain. J’apprenais à jouer du piano mais je n’ai jamais voulu devenir pianiste. Enfant je voulais devenir égyptologue ensuite j’ai pensé devenir peintre. Comme je n’aimais pas l’idéologie des Beaux-Arts en Peinture, je me suis inscrit en Architecture. Ensuite je suis devenu photographe et de là professeur de chant, mais pour cela il a fallu aiguiser mon acuité auditive, approfondir mes analyses et mon empathie, bien sûr lire tous les traités, passer des heures à écouter des voix depuis les origines de l’enregistrement. C’est comme cela que j’ai écrit la biographie d’un des plus grands chanteurs de tous les temps (nul ne le contestera) Mattia Battistini (1856-1928), parce qu’il se trouvait réunir un faisceau unique de particularités dans l’Histoire de la Musique. C’est le plus ancien chanteur qui ait tant enregistré au sommet d’une carrière triomphale qui dura 50 ans. Nous pouvons donc facilement comparer ce que les journaux contemporains en disaient, avec les enregistrements qu’il nous a laissés. Par ailleurs il connaissait personnellement les compositeurs qu’il chantait : Wagner, Verdi, Puccini, Massenet etc… Or cette voix dérange nombre de mélomanes ou musicologue et c’est cela qui est intéressant. Il n’offrait pas seulement l’occasion d’écrire une biographie et de plonger dans une autre époque, mais il permettait d’ouvrir une réflexion sur la technique de chant et sur l’esthétique pour mettre en perspective les croyances d’aujourd’hui.

 

_ Pouvez-vous avec vos mots, nous raconter l'histoire (synopsis) de ce livre?

_ L’histoire du livre, ou celle qu’il raconte ? Un artiste a toujours un sens en éveil. En mode photographe, je regarde autour de moi et une petite lumière m’avertit : ça c’est une photo, prends-là vite, le soleil va changer, le modèle va bouger. Quelqu’un qui m’est cher, m’avait dit après avoir lu mes articles et mes essais « tu devrais écrire un roman ». Je n’avais pas de sujet et par le plus grand des hasards certains évènements dans ma vie ont fait clignoter le tilt pour me dire : tu vois le parti que tu pourrais tirer de cette situation, et comment tu pourrais articuler, comment tu pourrais élaborer un livre. Oui, je me tutoie en mon for intérieur quand il s’agit de choses importantes.

Vous allez m’accuser de tricher ce qui n’était pas mon intention. Il y a le pitch minimum et le résumé. Le squelette est une histoire d’amour qui réveille chez le narrateur de nombreux souvenirs de son passé et qui perturbe ses passions comme son regard autour de lui dans sa vie quotidienne. Réduit au minimum, le propos ne semble pas très intéressant. Mais rappelez-vous, la Littérature n’est pas dans l’histoire que l’on raconte mais dans la manière de la raconter. Sacha Guitry soulignait que L’Ecole des Femmes et Le Barbier de Séville racontent la même histoire et pourtant la pièce de Molière diffère profondément de celle de Beaumarchais au point qu’on ne penserait pas à les rapprocher. Pas de panique, je ne me prends pour aucun de ces trois génies, mais leur exemple me guide un peu. On ne crée pas à partir de rien, pour « s’exprimer » en ignorant tout ce qu’on fait avant vous. Enfin c’est mon point de vue que d’autres ne partagent pas dans l’idéologie courante je le sais. Ce sont les écrivains qui m’ont donné envie d’écrire, les peintres de peindre etc… Je ne recommence pas la liste. Le plaisir qu’ils m’ont donné, à son tour m’a inspiré d’essayer moi-aussi de créer du plaisir.

 

_ Même si ce n’est pas le cas du tout, n'avez-vous pas trop peur que votre ouvrage tombe dans les clichés rencontres "gays " sur Paris?

_ Tout récemment, je passais un agréable moment dans un sauna. Après que mon partenaire ꟷun Noir au visage tendre, aux lèvres pulpeuses, aux bras musclésꟷ eut joui abondamment, j’entamai une conversation :

"_ Tu as un ami ?

_ Je suis marié.

_ Tu as dit à ta femme que tu venais là ?

_ Tu es fou.

_ Il y a de nombreux hommes mariés qui font un détour par ici, ça les change de la routine.

_ Oui, je sais."

Mon livre ne concerne pas seulement les gays. En fait il devrait apporter un peu de réflexion et de libération à nombre d’hétéros, bien sûr à ceux qui auront le courage d’y jeter un œil. Il ne s’agit pas de prosélytisme, mais de regarder la réalité en face telle qu’on ne la montre guère de nos jours. Certains hétéros pourraient se regarder eux-mêmes d’une autre façon.

Cliché ? Vous avez dit cliché ? Comme c’est cliché. Excusez-moi, vous m’inspirez Jouvet.  En fait, j’ai voulu écrire ce livre en réaction à des clichés que je vois s’étaler sur les tables de la Fnac. J’en avais marre de la manière formatée, sentimentalisée, « romantismisée » ꟷsi vous me pardonnez le néologismeꟷ de la sexualité que l’on présente à l’identique ou presque, chez les hétéros et les homos. J’en avais marre de ces histoires d’amour où le narrateur, à un moment où un autre, finit toujours par pécho, même si cela ne dure pas. J’en avais marre de ce style uniforme partout, de cette écriture uniformément lisse et scolaire, de ces petites phrases courtes et sèches, le plus souvent à l’imparfait, avec une touche de passé simple. J’en avais plus que marre de ces écrivains qui racontent une histoire qu’on ne lâche pas du début à la fin, haletante, celle un thriller bien ficelé. Marre de ces personnages bien caractérisés, bien campés. La vie ce n’est pas cela, une personne vous apparaît d’une façon, puis vous révisez votre jugement, vous doutez de la connaître, certains petits riens vous renseignent, puis tout s’écroule… Je voulais un peu d’air et de vagabondage.

Je vous disais que la Littérature ne tient pas tant à ce qu’on raconte mais à comment on le raconte, de même que la Peinture réside moins dans le sujet qui est montré que dans la manière de le rendre perceptible adoptée par le peintre. Ces notions se délitent un peu de nos jours. Le public veut un produit vite digéré, vite oublié. Les films d’action montrent toujours la même chose, cela ne dérange personne, et les livres cherchent eux, l’adaptation au cinéma. Autant dire que la langue est exploitée au minimum.

Le style dépend du propos. On ne peut écrire un Boris Vian avec la plume d’Alain-Fournier, ni réciproquement. Mon histoire se passe dans la rue ou presque, mon narrateur y croise ꟷy “métisse”, dirait-on maintenantꟷ obligatoirement son langage. Pour mieux faire sentir les divergences voire les antagonismes de milieux, d’éducation entre les personnages, il m’est apparu que le vocabulaire et les expressions offraient mieux qu’une analyse approfondie, un choc de lecture efficace. Aussi les mots avec leur univers s’entrechoquent-ils dans mon livre comme une sorte de patchwork, de kaléidoscope si vous préférez. Cette disparité, je l’ai voulue et je suis fier de ne pas la retrouver dans la production courante des romans cette rentrée. Certains de mes personnages sont lacunaires, parce qu’il en est ainsi dans la vie et que mon histoire est un fait divers. Parce que je ne suis pas omniscient, ꟷà la différence de certains écrivains renommésꟷ je ne vois que l’apparence éphémère des choses et des gens au travers de mon humeur du moment.

Non je n’ai pas peur, d’abord parce que, et comme vous avez la gentillesse de le souligner, cette histoire ne « tombe pas dans les clichés rencontre gay sur Paris ».  Elle n’est pas une resucée d’un amour romantique standard. Mais il faut d’abord que le public ait envie de la connaître pour aller l’acheter et la découvrir dans la foulée. En d’autres termes, l’idée qu’il se fait à l’avance conditionne son achat et ensuite, et seulement ensuite, sa découverte. Il peut n’avoir pas envie d’acquérir quelque chose qu’il aurait aimé : il ne le saura jamais. Il peut s’être précipité pour lire un bestseller qu’au final il va détester. C’est pourquoi le succès commercial n’est pas le reflet exact de la qualité d’une œuvre.

J’ai mis très longtemps à lire Anatole France, parce que l’image qu’on m’en avait montrée ne m’inspirait guère, mais quand je l’ai lu, j’ai compris mon erreur. Pareil pour Saint-Exupéry dont l’admiration béate et générale pour Le Petit Prince m’horripilait. Dois-je redire que je ne me place pas au même niveau qu’eux ?

Il y a une forme d’autodérision dans mon texte et des passages que j’espère drôles, peu fréquents dans les romances pour adolescents qui attendent le prince charmant ou qui veulent une sorte de roman-photo ꟷmalheureusement privé de photos mais du moins avec une couverture expliciteꟷ pour bercer leur début de soirée solitaire dans un “feel good roman”, selon la nouvelle expression à la mode. Je dis ce que je crois devoir dire. Je ne bannis pas les jeux de mots pour obéir à mon éditeur qui me les interdit parce qu’intraduisibles. Mon narrateur n’est pas raisonnable et n’a pas toujours raison. Il dit parfois le contraire de ce qu’il pense et commet des erreurs… Le livre que j’ai écrit n’entre pas dans un moule préconçu et c’est peut-être justement pour cela qu’il aura du mal à exister, parce qu’il n’est pas cliché. Parce que je reconnais à chacun la liberté d’aimer ce qu’il veut, je revendique pareillement de publier ce qui me plaît. Et vous le voyez bien sur mon compte Facebook.

 

_ Ce livre vous a-t-il permis de pouvoir vider quelques poubelles personnelles de votre fond intérieur? (dans le sens de travail personnel et panser des plaies)

_ Vider quelques poubelles ?  Vider mon sac et solder un compte. Laver mon honneur bafoué. Purger une vengeance personnelle. Soulager ma conscience. Me mettre à table. Déballer ce que j’ai sur le cœur et mettre les pieds dans le plat. Etrange question, comme dirait Charlus. Tous les écrivains s’adressent à quelqu’un, travaillent pour un public imaginaire à qui s’adresse leur vérité… Si vous voulez parler d’un “coming out”, pardonnez-moi, mais je n’ai pas à le faire, car je me fous de l’avis de quiconque sur un sujet qui me concerne. Je n’ai pas à révéler mon homosexualité : pourquoi, pour qui ? Ceux qui m’entourent savent à quoi s’en tenir, je n’ai rien à cacher. Si l’on me pose des questions, j’y réponds. Mais je ne crois pas non plus qu’il soit tellement important que je clame aimer les hommes. Cela dit, par l’écriture on exprime quelque chose de soi. S’il y a quelque chose de vrai dans ce que vous écrivez, forcément vous allez vous exposer. Ce que vous dites parle de vous, de l’incidence des autres sur vous et peut déranger. Mais mon objectif n’était pas de raconter être gay ce qui en soi n’a que peu d’intérêt.

En effet, dans les fantasmagories  qu’on parcourt dans les transports en commun, désignée autrefois comme “littérature de gare”, dans ces contes de fées pour grand public qui constituent le gros des ventes de livres, l’écrivain se masque, il trône sur son nuage et pilote des marionnettes. Si c’est cela que vous voulez savoir, il y a beaucoup de moi dans ce livre où j’ai essayé d’être sincère, cartes sur table, parce que c’était nécessaire à mon propos. Je ne voulais pas trahir mon sujet, c’était la raison, vous l’avez compris, d’écrire ce texte. Mais, comme vous le laissez entendre à juste titre, quelque part dans ce livre on peut ressentir une certaine violence ꟷmon narrateur pète les plombsꟷ que je ne pourrais pas me permettre si j’étais célèbre, mais comme je ne le suis pas, dieu merci, je peux plonger au fond de ma pensée, dans une forme ou dans une autre évidemment. Panser des pensées, dépenser, dépasser… Tout le monde le dit, cela doit être vrai, pour moi comme pour d’autres. Vous vouliez donc savoir si je vais mieux ? Je ne sais pas encore. Etait-ce le but ? Dois-je nécessairement dire que le livre a été une thérapie, que je l’ai écrit pour offrir mon expérience à d’autres et les aider à passer un cap difficile, que les plus belles pages décrivent mon père dans mon enfance ou les dernières années de sa maladie qui m’ont permis de renouer un lien brisé à l’adolescence ? Cliché, non ?

 

_ Dans quelles  conditions écrivez-vous?  (endroit, contexte bruit extérieur (musique ..).

_ J’écris à mon ordinateur, ou plutôt je travaille à l’ordi, mais j’écris partout sur des petits morceaux de papiers, dans la rue, le métro, au café, et je dois aussi me relever avant de m’endormir afin de noter un mot, une phrase. C’est le pacte. Mon petit génie ailé m’aide à condition que je sois à ses ordres, à sa botte, sinon il se taira pour toujours.

Pas de musique parce que je l’écoute, je m’y absorbe. Le moins de bruit possible. Le texte tourne en arrière-plan et parfois il me signale une mise à jour que je dois effectuer.

 

_ Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire Le golfeur du temple ?

_ Deux ans. Mais comme disait Molière : le temps ne fait rien à l’affaire. Je ne suis pas pédant, je vous assure, malgré les apparences, mais j’aime ceux que j’aime...

 

_ "Le golfeur du temple",  votre roman est un sorti il y a quelques jours : avez-vous quelques  premiers retours de lecteurs ?

_ Il faut du temps pour obtenir de vrais retours. Ceux qui sont venus m’en parler voulaient m’en dire du bien, mais ne vous inquiétez pas, je n’ai aucune illusion, certains vont certainement désapprouver, qui la forme, qui le fond. Les deux probablement. Je n’ai pas fait tout cet effort pour rien. Cela voudrait dire que j’ai enfoncé des portes ouvertes et je ne le crois pas. Je l’ai bien sûr écrit parce que je ressentais le manque de ce que j’avais à dire. Vous l’avez compris, je n’écris pas pour répéter ce qui se dit partout. J’aurai donc des ennemis, j’espère qu’ils seront bien choisis.

 

_ Où vos lecteurs peuvent ils vous rencontrer dans les prochains mois? (salon ou soirée littéraires)

_ Où ils veulent et pourquoi pas sur Facebook. Je ne mords personne et si quelqu’un veut me joindre, il le peut. Pour l’instant rien n’est encore arrêté. Qui vivra verra.

 

_ Avez-vous commencé l'écriture d'un nouvel ouvrage?

_ Peut-être. Je passe en permanence d’un projet à un autre. Je sais être meilleur avec l’envie, l’urgence chevillée au corps, et changer de domaine réveille ma créativité, dérouille mes neurones. Quand j’écris une critique de concert ou d’exposition je cherche toujours à nourrir une réflexion qui dépasse le sujet d’origine. Le roman, la fiction n’est pas mon seul moyen d’expression.

 

_ Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

_ C’est une question bien indiscrète. L’une des étapes dans mes divers projets, serait de faire lire ce livre à quelqu’un qui est concerné. Y arriverai-je ? Rien n’est moins sûr.

 

_ Quelle question auriez vous voulu que je vous pose ?

_ Celle-là, il fallait la trouver…

 

_ Jacques merci beaucoup, auriez-vous quelques minutes supplémentaires pour répondre au Questionnaire TAC au TAC?

Si vous étiez :

Une couleur ?

_ J’aime toutes les couleurs, mais je ne me sens ni pourpre, ni rouge, ni orange, ni jaune, ni vert, alors je suis bleu, entre bleu marine et indigo.

 

_ Un fruit ?

_ Je n’aime pas beaucoup les fruits et surtout pas les fruits de mer. J’aime les amandes, les noix, les noisettes, les châtaignes. Je ne sais pas si cela intéresse quelqu’un. Sans allusion grivoise, que je vois pourtant briller dans vos yeux : la banane.

 

_ Un plat ?

_ La pizza sortant du four qui sent la pâte à pain, le fromage grillé et les épices aromatiques. C’est mon côté méditerranéen.

 

_ Une saison ?

_ Sans réfléchir et catégoriquement, l’été, et même caniculaire et sans climatisation si vous permettez.

 

_ Un lieu ?

_ Olympie. Delphes et magnifique mais je ne suis pas assez fort pour y vivre, et puis à Olympie, sous les frondaisons s’étire l’Hermès de Praxitèle… Bien sûr il y a Florence ou Santa Fé… J’ai adoré Rio et sa langueur. Je suis un homme des villes et reprends à mon compte : à la campagne, le jour on s’ennuie, la nuit on a peur.

 

_ Une période ou un siècle ?

_ Le XVIIème pour rencontrer Caravage et Simon Vouet, les XVIIIème pour écouter Rameau et Farinelli. Le XIXème pour entendre chanter Jean de Reszké et tous les chanteurs de cette grande époque fin de siècle, voir travailler Sorolla, Bakst, Guimard, découvrir Oscar Wilde. Le XXème pour approcher Nicolas II, voir Nijinsky danser, jouer Fritz Kreisler, pénétrer dans l’atelier de Georges Braque. J’oubliais l’antiquité grecque ou égyptienne…

 

_ Un livre ?

_ Je pourrais citer A la recherche du temps perdu, Le grand Meaulnes ou Sylvie de Gérard de Nerval, sans oublier Histoire Contemporaine d’Anatole France, mais je vais vous répondre Les égarements du cœur et de l’esprit de Crébillon-fils et Point de lendemain de Vivant Denon entrelacés avec Terre des hommes de Saint-Ex.

 

_ Un film ?

_ Le diable par la queue, tout en finesse avec sa distribution éblouissante et la musique irrésistible de Georges Delerue me fait toujours un plaisir teinté de nostalgie. Mes meilleurs copains avec ses répliques cultes, reste dans un coin de ma mémoire. Inévitablement un Clouzot… ce pourrait être Le salaire de la peur ou Les Diaboliques, mais je vous répondrais plutôt Quai des orfèvres. Je n’ai pas mentionné  L’Aigle à deux têtes, La Belle et la Bête, Orphée, de Cocteau ni même Le roman d’un tricheur de Sacha Guitry, ni Knock avec Jouvet ni… Vous me direz que je néglige les films étrangers : Alexandre Nevsky, Rocco et ses frères, Otello ou Macbeth d’Orson Welles, Top Hat avec Fred Astaire… vous avez raison. J’adore tous ces films mais je ne suis pas l’un d’eux, je suis, je suis, je suis plutôt… roulement de tambour : La meilleure façon de marcher. On le comprend dans le livre. Je ne me défile pas malgré les apparences en multipliant les facettes, j’apporte un peu d’épaisseur au portrait.

 

_ Une chanson ?

_ Je ne saurai pas choisir une seule. Une chanson c’est un moment de vie. Une vie comporte de nombreux pétales. Je vais en oublier d’essentielles. Dans le désordre :

Tous les mêmes ou peut-être Carmen, de Stromae

Que reste-t-il de nos amours ? par Charles Trenet

Catari chanté par Tino Rossi

Si la photo est bonne de Barbara

Ton visage par les Fréro Delavega

Il y a certainement une chanson de Brel, avec ses excès, oui, c’est tout moi, mais justement, c’est trop moi… Mathilde.

Cœur Grenadine  d’Alain Voulzy

Foule sentimentale d’Alain Souchon

Les feuilles mortes par Yves Montand, surtout quand il chante le récitatif d’entrée au lieu de le parler.

God Only Knows par les Beach Boys

Penny Lane  des Beatles

Et beaucoup d’autres…

Vous ne m’avez pas demandé pour le classique. Et bien je vais vous répondre quand même. Il y a les concertos de Mozart ou de Rachmaninov, la Sonate au Clair de Lune, mais je vous répondrai que je suis la Première Ballade de Chopin.

 

_ Un personnage réel ou pas ?

_ Toujours le même problème : je suis tiraillé entre de qui je me sens proche, en qui je me reconnais, et qui je voudrais être, qui j’aurais voulu être. Pour ce deuxième cas, l’une des conditions est qu’il soit beau. L’une de mes idoles est Teddy Riner, mais je ne peux m’imaginer être lui. J’ai rêvé d’aller chez un chirurgien esthétique avec sa photo pour demander : « je voudrais ressembler à ça », sachant qu’il allait me répondre : « c’est pas gagné ! ». Michel-Ange, Véronèse, Corneille, Farinelli… plus proches de nous Orson Welles, Cassius Clay, Che Guevara, ces figures de légende attirent, ou plutôt attisent l’enthousiasme… Disons que je me sens plutôt Chopin puisque nous n’en parlions pas la question précédente.

 

_ Un super pouvoir ?

_ Me faire aimer.

 

_ Jacques, merci beaucoup.

 

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Je reçois ensuite par Messenger sur mon compte Facebook par exemple ce message dont voici le copier-coller :

"ous etes juste une sombre merde et je vais faire le necessaire sur mon blog pour votre livre de merde
ptretentieux pedant imbus de sa personne menteur et usurpateur
vu votre gueule il y pas beaucoup de mec qui doivent accepter de baiser avec vous sans remuneration et votre interview est vraiemnet une grosse merde, au cas ou je suis le proprietaire du groupe ou je parle de vous dessus dommage vous l'avez quitté mais je suis aussi le proprietaire du blog et croyez moi que votre livre non pardon voter daube ne vas pas avoir de succes du tout, je m'en charge personnellement"

 

Effectivement je découvre que sur Amazon quelqu’un a déposé cet avis avec 1 étoile sur 5

Par une lectrice le 9 octobre 2017

"Que dire un livre qui n'apporte rien... mais rien du tout
Une histoire sans queue ( enfin si pardon ca y en a ) y a que cela ni tête !!! mais ca n apporte rien ! A Vomir!"

 

Tandis que sur Babelio, manugaultier, un autre pseudo, a déposé ces lignes et la note fatidique d’ 1 étoile sur 5

"Que dire un livre qui n'apporte rien... mais rien du tout
Une histoire sans queue ( enfin si pardon ca y en a ) y a que cela ni tête !!! mais ca n apporte rien ! A Vomir!"

 

Sur Fnac, les acolytes ont fait preuve de plus d’imagination mais avec toujours 1 étoile sur 5

"nul de chez nul. on peut pas faire pire comme cliché du monde gay. inintéressant et même trop cher pour ce que c'est."

 

Je retrouve les mêmes expressions dont je ne vous infligerai pas le comparatif ni les fautes d’orthographe : à la louche un mot sur deux ou trois, clopin-clopant. Aucune ambiguïté, c’est le même commando qui s’acharne et harcèle.

A noter que la critique originale du livre a été réécrite car elle n’allait pas avec ce déversoir de haine homophobe. Oui, la déontologie, l’éthique sont des mots inconnus de ces critiques littéraires auto-proclamés. Tout lecteur de passage s’étonnera qu’après un jugement aussi négatif, insultant, diffamatoire, l’auteur ait accepté de répondre à la moindre question. Allez ! Je ne résiste pas à vous livrer ce qui avait été rédigé avant l’entretien, mais aussi avant l’intervention de plusieurs personnes :

 

« Mon avis:

Je tiens tout d'abord à remercier Jaques Chuilon, pour m'avoir fait découvrir en exclusivité, et avant sa sortie son livre Le golfeur du Temple.

Le golfeur du temple est une histoire qui sort des sentiers battus. Les ressentis, les émotions sont écrites le plus naturellement du monde. Certains pourront penser qu'il s'agit d'un énième ouvrage sur les rencontres "homos" sans lendemains, dans les hammams et clubs, mais il n'en est rien.

On voit surtout l'hypersensibilité d'un homme, qui, peut aller dans des endroits de rencontres faciles pour "Gays", et qui en parallèle à un coup de cœur véritable pour un amour impossible.

Il est vrai que parfois le langage peut paraître un peu fleuri, mais en aucun cas, il n'est choquant. L'auteur nous livre ses états d'âmes et ses états d'esprits, sans filtres, pour emmener le lecteur au plus profond de son histoire.

Un livre qui plaira sans aucun doute plus à un public averti mais qui ne sera pas déçu. »

 

On voit que le ton a bigrement changé. Dans mon entretien, puisque c’est lui qui, à ce qu’il semblerait, a fait tourner au vinaigre l’avis sur le livre (à quoi tient la critique littéraire ?!), y-a-t-il des maladresses, la porte ouverte à des malentendus ? Aurais-je dû mentionner tout ce que je regrette de ne pas savoir faire dont la liste est beaucoup plus imposante que celle des activités que je pratique ? Quand on demande à un auteur de parler de lui, il ne faut pas s’étonner qu’il essaie de répondre et paraisse narcissique. J’ai voulu faire preuve d’honnêteté, de sincérité. J’aurais dû savoir m’exposer à mes risques et périls.  Par ailleurs il faut croire qu’aujourd’hui, si l’on sort des lieux communs, de la pensée politiquement correcte, il faut s’attendre à des attaques ordurières telles que j’en reçois.

“Je ne fais pourtant de tort à personne,
En suivant mon ch’min de petit bonhomme ;
Mais les brav’s gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Non, les brav’s gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.”

 

chantait Georges Brassens dans La Mauvaise Réputation, mais chez lui j’aurais pu choisir :

 

“La camarde, qui ne m'a jamais pardonné
D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit d'un zèle imbécile.”

 

Pauvre Manu, vous êtes manipulé. Pauvre Patrick, je plains votre correcteur d’orthographe et pauvre Cathy, cette machination ne vous apportera pas un lecteur de plus. D’évidence nous sommes incompatibles. Dans mon livre je dis qu’il vaut mieux avoir des regrets que des remords, vous avez choisi la voie inverse. Je pourrais analyser chaque insulte, mais cela en vaut-il la peine ? Autant en emporte le vent de la bêtise.

 

Jacques Chuilon

Paris, octobre 2017

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