UNE SOIRÉE ÉBLOUISSANTE

Tanguy de Williencourt Tanguy de Williencourt

Salle Cortot, le vendredi 20 octobre 2017

Tanguy de Williencourt piano, Bruno Philippe violoncelle.

Un joli programme nous était proposé : chacun solo, puis les deux réunis.

Le concert a commencé par la Suite n°1 de Jean-Sébastien Bach et l’on a pu entendre dans ce paradis acoustique de la Salle Cortot résonner le splendide instrument fabriqué par Carlo Tononi (1675-1730). On comprend, avec la plénitude sonore qu’en tire Bruno Philippe sur toute l’étendue, pourquoi le violoncelle a pu détrôner “sa” rivale. Une interprétation sensible et raffinée. Bruno Philippe se balade du Prélude à l’Allemande en passant par la Courante, pour aborder avec évidence la Sarabande et la suite de la Suite etc… Il y a dans le ton adopté, quelque chose d’austère et de courtois, de divertissant comme de réfléchi.

Vint ensuite Tanguy de Williencourt avec les transcriptions pour piano de Franz Liszt des “tubes” de Wagner. Un contraste surprenant, mais réjouissant. Toute la jeunesse et l’ardeur du Romantisme trouve dans la fougue du pianiste à pouvoir s’épancher dans une virtuosité bien contrôlée. On le voit absorbé par la Musique ignorant l’auditoire, mais il doit pourtant se lever prendre les applaudissements nourris avant le dernier numéro : la Mort d’Isolde.

La transcription pour violoncelle que fit l’élève de Beethoven, Carl Czerny (1791-1857) de la sonate à Kreutzer couronnait le concert. Individuellement chacun de ces solistes a paru du plus haut niveau, mais en duo, ils se dépassent encore eux-mêmes dans une symbiose, une alchimie surprenante. Une écoute réciproque incite chacun à s’aventurer dans le tempérament de l’autre, à enrichir sa palette expressive. Une sorte de complémentarité mystérieuse démultiplie leur potentiel, une énergie magnétique rayonne dans chaque phrase et ce fut un triomphe qui les récompensa.

En bis les alter egos nous offrirent le 3ème mouvement de la Sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov qu’ils vont enregistrer ensemble prochainement. On se réjouit des nombreux projets qui semblent se dessiner et l’on attend beaucoup de sonates à venir pour ajouter à la réussite du tout récent Beethoven-Schubert tout juste sorti chez harmonia mundi dans la collection HARMONIA#NOVA.

 

Jacques Chuilon.

Octobre 2017

Bruno Philippe Bruno Philippe

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