BRUNO PHILIPPE , TANGUY DE WILLIENCOURT – BEETHOVEN , SCHUBERT

Bruno Philippe violoncelle, Tanguy de Williencourt piano Bruno Philippe violoncelle, Tanguy de Williencourt piano

Oui, je fais aussi critique de disque quand l’envie m’en prend. Nous sommes sur un blog. Tout va plus vite. Il ne s’agit pas de rédiger un article musicologique ꟷj’allais taper nécrologiqueꟷ mais de communiquer un avis, un « like ». Certes, j’aurais bien voulu approfondir le sujet, mais le lecteur veut juste savoir à quoi s’en tenir et après tout, il n’a pas tort. Aller à l’essentiel.

Je passe à la Fnac. Je vois un programme attractif et deux moitiés de visage sur la pochette ꟷpeut-être le maquettiste aurait-il pu les monter pour ne former qu’une seule tête, une sorte de Janusꟷ enrobé de plastique. 9,99 euros. Pas cher. Allez ! Emballé c’est pesé.

Je place le CD sur la platine et le son se diffuse par les haut-parleurs car je n’ai pas oublié d’allumer l’ampli. Ah ! Mes aïeux un son à dépoter les bégonias ! Un son magnifique, celui d’un Tononi. Je parle du violoncelle fabriqué par le luthier italien Carlos Annibale Tononi (1675-1730). Une beauté ! Chaleureux, capiteux, comme un vin grand cru, comme un dessert à la crème, je ne vous dis pas. Il faut l’entendre pour le croire. Attention, le son ne résulte pas que de l’instrument, mais de l’instrumentiste qui exploite ou non les propriétés de la bête. Le violoncelle est souvent nasal. Ici pas de trace de ce vilain défaut. L’aigu est souvent maigre et déconnecté du médium. Ici Bruno Philippe émet un registre supérieur d’une rondeur séraphique. Il fait rutiler son joyau.

Et le piano me direz-vous ? Tanguy de Williencourt offre une variété de timbres par son toucher que l’on doit qualifier d’exceptionnelle. Le Steinway se fait ronflant quand il le faut, délicat au besoin, virtuose par élégance, expressif par nature... Je pourrais multiplier les superlatifs. La prise de son restitue bien une dynamique d’une grande richesse. Rien d’une monotone litanie qui peut éteindre la musique de chambre.

L’entente entre les deux ꟷon devrait dire « l’écoute », pour faire proꟷ comble l’auditeur. Chacun ne joue pas sa partie mais dialogue avec son partenaire, lui répond avec acuité, avec à-propos. C’est un plaisir constant, d’autant que la justesse de chaque tempo s’impose d’évidence et rend l’attention comme nettoyée. Les deux œuvres principales de ce disque, tellement géniales, sont complétées par des transcriptions de trois Lieder de Schubert parfaitement disposés dans leur succession pour permettre une audition en continue des 73,61 minutes à la fin desquelles à peine évanoui l’écho de Stänchen, en votre for intérieur vous direz : « j’ai écouté un beau disque ».

Vous avez vu, j’ai tenu le coup : je ne vous ai pas parlé de la première version de l’à Kreutzer pour violon, que le dédicataire, musicien français renommé de son temps et violoniste virtuose né en 1766 et mort en 1831, n’a pas voulu jouer, ni de l’instrument, telle une Licorne légendaire, qu’est l’arpeggione. Je n’ai pas comparé cette version avec la sonate de Schubert jouée par Mstislav Rostropovitch et Benjamin Britten dans les années soixante.

Le problème n’est pas là, je l’ai déjà dit. La question cruciale est : dois-je acheter ce disque, est-ce que cela vaut la peine, et la réponse est un grand oui. Oui, tout de suite. Précipitez-vous, courez, achetez-le tant qu’il en reste et vous ne regretterez pas le plaisir qu’il vous donnera.

 

Jacques Chuilon

Paris, septembre 2017

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