Covid 19: Globalisation pas concernée !!! Les États-Nations font le job tout seuls!

Le système mondialisé ne cesse de rétrécir l'espace de souveraineté des États nations. Les États révèlent des compétences dans la conduite de missions de santé publique. Ils révèlent aussi des incompétences, dans leur impréparation et l'actuelle navigation à vue dans la précarité des moyens. Mais l'État de la 5e république reste ce qu'il est: autoritaire et fossoyeur des services publics.

La crise du Coronavirus nous fournit en temps réel une radiographie du système mondialisé.

Alors que des centaines de milliers d'individus, dans les cinq continents, sont en sérieux danger de santé ou de mort, on souligne surtout la grave crise économique qui pointe à l'horizon tout proche !

Sur le plan de la santé, la gouvernance mondiale est complètement muette, en mode encéphalogramme plat. Sans amener le moindre kopeck en direction des urgences de santé, les multinationales crient à l'aide du fond de leur corbeille boursière ! Elles attendent que les entités étatiques volent à leur secours. L'Union européenne s'est affichée aux abonnés absents en matière de coordination minimale des efforts touchant à la pandémie. Saupoudrant ici ou là de petites initiatives dérisoires. Pour l'image !

Après des décennies de dégradation du système hospitalier, en Italie comme en France, les mesures de lutte contre l'épidémie reviennent en totalité à la charge de chaque nation.

Comme lors de la crise des "subprimes" en 2008, les États sont appelés à l'aide, ainsi que l'Union européenne: les grandes entités économiques annoncent des aides spectaculaires des banques nationales, donc de nous contribuables, à grands coups de timbale:

Les Etats-Unis: 950 milliards (700 Mrd. pour le rachat de titres boursiers en perdition et 250 pour les salariés et les PME). L'Union européenne 750 Mrd., la France 45 Mrd., l'Italie 25 Mrd. Il s'agit principalement d'émettre des obligations d'État et de prêter aux entreprises des fonds avec intérêt négatif (des prêts rémunérés !) pour leur permettre d'investir sitôt que l'économie reprendra. Avec une réduction des charges et cotisations sociales, diminuant encore les recettes de la santé publique.

Les hôpitaux français aux soins intensifs en 2019 déjà

Situation cauchemardesque en France. On se souvient que des réformes brutales ont contraint les hôpitaux publics à devenir jusqu'à l'absurde des entreprises rentables, avec une enveloppe à gérer pour chaque établissement. Sarkozy l'avait initiée en 2010. La dérive en termes de santé publique s'est renforcée chaque année. Depuis deux ans, tous les médecins chefs de service ont démissionné collectivement de leurs tâches administratives. Ils ne se rendent plus aux colloques qui traitent de rentabilité et ne documentent plus les rapports administratifs ni les éléments de tarification qu'ils contestent. Dès que des lits sont vides, la gestion entrepreneuriale enjoint de les supprimer et de réduire, en navigant à courte vue, le personnel d'autant. Les services des urgences sont donc débordés depuis plus d'un an dans tout le pays. De nombreux médecins et infirmières quittent la profession.

Depuis le mois de février, en pleine pandémie, c'est une course contre la montre que le personnel soignant doit effectuer. Masques, gants et gel font défaut. Tests en rupture de stocks. Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Ghebreyesus, a lancé : « Nous avons un message simple à tous les pays qui combattent le Covid-19 : testez, testez, testez ! On ne peut pas stopper cette pandémie si on ne sait pas qui est infecté ». Or, les réactifs manquent, autant pour la France que pour la Suisse, malgré des entreprises pharmas en pleine santé financière. Et notre épidémiologie helvétique qui n'avance pas d'un mètre dans ces conditions.

Un changement de doctrine s'éloignant du libéralisme ?

Le 12 mars, le président Macron, lors d'une allocution rutilante, a fait le procès de l'économie de marché : "Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection (…) à d'autres est une folie.". Avant, le terme "souveraineté" était presque un gros mot dans les cercles de la finance mondiale !

En écho, son Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, M. Le Drian, y est allé de son couplet en répondant à la Chaine BFM le 18 mars. Selon lui, la crise révèle la fin de la mondialisation. Les services essentiels ne peuvent être réalisés sur un terrain concurrentiel mondial. Macron, tel Paul sur le chemin de Damas, va-t-il se reconvertir à une politique de recentrement national, lui qui incarne, depuis la banque Rotschild jusqu'à aujourd'hui, l'abandon de la souveraineté de l'État Nation, les délocalisations à outrance et le dévouement sans bornes aux lois de la compétition sur les marchés mondiaux ? On doit se pincer pour donner du crédit à cette annonce de métamorphose inattendue.

Il s'agit, on le devine, d'un pas franchi en direction de la souveraineté nationale. Qu'on ne s'y trompe pas ! Les schémas faciles de "populisme", de souverainisme de mauvais goût ne manqueront pas de se multiplier.

Mais il est important de ne pas donner un blanc-seing à l'État ultra-centralisé et autoritaire, qui  démontre depuis plusieurs décennies le lâchage du tissu industriel national, l'abandon de nombreuses productions en dehors des frontières, souvent très loin en Orient et l'asséchement de l'emploi, du service public, auquel, en haut lieu, on tresse des couronnes de papier et des hommages hypocrites en plein crise pandémique.

Seule une mobilisation des corps sains de la société (syndicats, Gilets jaunes, organisations locales de terrain, collectivités régionales favorisant l'agriculture de proximité, l'économie de circuits courts et la restauration de priorités nationales impulsées et contrôles d'en bas) pourront faire reculer et capituler l'oligarchie de la finance, qui attend déjà son heure et veut remettre le couvert aussi vite que possible.

La mondialisation aveugle et irresponsable a étalé ses incompétences elle aussi. Les peuples en lutte sauront la faire reculer et reprendre l'initiative par le durcissement des luttes, de la désobéissance civile et des actions plus résolues sur le terrain du droit, de la légalité et de la légitimité citoyenne collective.

Jacques Depallens

Renens, Suisse

 

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