Clés de lecture d’un procès à charge ; Plateau des Glières, Haute-Savoie (février-mars 1944)

Le Maquis de Glières, Mythe et réalité (ed.Perrin, janvier 2014) :

Clés de lecture d’un procès à charge

                                                                                             Jacques Golliet 

 

 

 

                  D’emblée, comme le précise l’avis au lecteur (en 4ème de couverture), l’auteur de ce livre se situe face à ce qu’il appelle « la légende » en se focalisant sur le sous-titre du livre écrit par les Rescapés du Plateau en 1945 : « première bataille de la Résistance ». Son propos est clair : si l’on dit que Glières est cette « bataille » contre « une division allemande », l’historien se doit de ramener les événements à leur véritable dimension.  Tel serait le « procès » qui devrait être fait à ceux qui entretiennent la mémoire de ce qui s’est passé en 1944. C’est ce procès que M. Barbier instruit tout au long de son livre.  Mais avant de dénoncer une « légende » encore faut-il respecter la chronologie des événements et en respecter le contexte. De toute évidence, comme nous entendons le démontrer, l’auteur n’a retenu que les éléments  qui allaient dans le sens de sa volonté de réécrire l’histoire.     

                  Il serait fastidieux de  suivre M. Barbier dans le dédale des faits auxquels il se réfère. Nous nous contenterons de relever les écarts les plus significatifs  entre ce qu’il écrit et ce que l’on sait depuis longtemps sur des  points d’histoire bien établis.

Le maquis de Glières ou des Glières ?     

                  Dès le titre de son livre, M. Barbier nous entraîne  dans une polémique relativement sans intérêt mais dont il fait une question de principe en écrivant :   « le Maquis DE  Glières » au lieu de « DES Glières ».  Il s’en est expliqué, avec complaisance,  dans  chacune de ses conférences en se posant en expert de la langue « franco-provençale », autrement dit le « patois »  parlé en Savoie. Il est vrai que l’un des auteurs du  livre des Rescapés, Pierre Golliet, lui avait ouvert la voie en rappelant                                                                                                                                                                                                  que, localement, ce nom est  normalement utilisé au singulier[1]. A la différence de M. Barbier, nous ne perdrons pas notre temps à discuter du « franco-provençal » (que tout habitant d’un certain âge des Vallées de Thônes, ce qui est le cas de celui qui écrit ces lignes, à la différence de M. Barbier, a forcément pratiqué, au moins dans son enfance, avec la génération de ses parents et grands-parents), mais nous noterons simplement que les maquisards disposaient d’une seule carte du Plateau : la « carte d’état-major »  reproduite en annexe de leur  livre,  sur laquelle le nom de « Glières » apparaît une seule fois pour désigner le « Col des Glières ». De surcroît ce pluriel est confirmé par le cadastre qui montre que ce plateau a plusieurs lieux-dits « Glières » pour désigner  des zones impropres à toute culture.

                  Cette divergence  par rapport à un détail secondaire  n’a d’intérêt que dans la mesure où elle met en lumière l’irrépressible besoin qu’a M. Barbier   de se poser en donneur de leçons sur tout ce qui peut concourir à décrédibiliser ce qui a été  écrit avant lui sur l’histoire des Glières. Il va jusqu’à affirmer que « Glières est un village »[2] puisqu’il y avait une école. Les photos de l’époque montrent  le Plateau tel qu’on le connaît aujourd’hui : quelques maisons dispersées, rien qui ressemble à un « village »,  pas même  à un hameau. Il n’y avait évidemment pas d’église, même pas une chapelle (ce qui, dans nos montagnes, est plutôt rare). Il y a bien une chapelle sur le Plateau mais elle est  sur le versant de la Balme de Thuy : à sept kilomètres de ce qui était « l’école » qui, elle, consistait en une salle aménagée dans un chalet d’alpage et qui fut supprimée en 1939…Voilà ce que M. Barbier appelle « un village »…

                  Reconnaissons cependant que le volume des références aux archives concernant les années 1943-1944, qu’indique l’auteur,  est tout à fait  conforme à ce qu’exige un travail de thèse universitaire à la française, même si l’on peut noter que la grande majorité de ces documents n’ajoutent rien au travail qui avait déjà été fait par d’autres historiens, notamment  Alain Dalotel[3]

                  Mais on peut  aussi se demander si l’affirmation selon laquelle le futur « Docteur » aurait  « poursuivi ses recherches durant de longues   années, exploitant les archives françaises, britanniques, américaines, suisses et allemandes » n’est pas pour le moins exagérée. On note, par exemple qu’il écrit  « Schwer » le nom du colonel allemand commandant l’opération contre le Plateau,  au lieu de « Schwehr » : c’est ce que font tous ceux qui ne connaissent pas l’allemand…  De fait,  une grande partie des documents allemands (plus de quarante références), concernant l’opération « Hoch Savoyen », sont  simplement reproduits à partir des notes du livre de l’Abbé Truffy curé du Petit-Bornand[4], qui avait publié des traductions en français de télégrammes de la Gestapo, que l’auteur  cite seulement dans cette traduction.  Faut-il croire que les originaux étaient introuvables ?

                  En revanche, le chapitre traitant des parachutages  reçus par les hommes du Plateau rassemble des informations intéressantes  tirées des archives alliées (même si l’auteur a l’honnêteté de dire sa dette de reconnaissance en la matière à  M. Paul Abrahams, de Trinity College à Cambridge, auteur du livre « La Haute-Savoie contre elle-même »).

                  On aimerait pouvoir en dire autant des autres chapitres : ce n’est pas le cas.

 

Chapitre 1. : « De la guerre de Thônes aux événements de Haute-Savoie »

                  Lorsqu’on suit  la description des événements qui est faite par l’auteur,  on est surpris de  voir que le premier chapitre agglomère  « la guerre de Thônes » (de 1793) et  ce qu’il appelle « les événements de Haute-Savoie » (de mars 1943) pour en faire un «préambule »  du drame des Glières.  On peut s’étonner de cette référence à ce qui fut abusivement appelé une « guerre » opposant pendant quelques jours la Vallée de Thônes aux troupes de la Révolution française en mai 1793, mais qui est devenu  le « mythe » que tentent de ranimer, de nos jours, les « Savoisiens »[5]. C’est bien dans cette ligne que M. Barbier écrit[6]  à propos de l’évolution de l’opinion des zones rurales : « l’hostilité aux réquisitions  (imposées aux agriculteurs) réveilla un vieux fond antifrançais né sous la Révolution française, bien éloigné du patriotisme que l’on prête aux habitants des montagnes… »[7].

                  Cette affirmation péremptoire  sur le « patriotisme » est contredite par tout ce que nous savons des Vallées où se déroula cette « guerre de Thônes ». Certes elles furent, avant 1914, un haut-lieu de l’attachement à un catholicisme très traditionnel exacerbé par l’anticléricalisme de certains Républicains. Mais, la « Grande Guerre » mit fin à ce qui était, dans cette région, « un vieux fond » (comme le dit M. Barbier) antirépublicain mais non pas antifrançais. Les Anciens Combattants ont gardé l’esprit de « l’Union Sacrée » et c’est au nom de ce patriotisme, que  la « Légion des Combattants » y recruta massivement des adhérents, comme dans toute la Haute-Savoie. Ici, plus encore qu’ailleurs, le patriotisme des « Poilus » se transforma tout naturellement (grâce surtout à l’influence de François de Menthon  dont ces Vallées étaient le fief traditionnel) en patriotisme au service de la Résistance. Les témoignages surabondent pour  démontrer le rôle mobilisateur de ce patriotisme, même aux pires moments de la répression qui suivit Glières.

                  Ce n’est pas pour rien que la commune de Thônes fait partie des dix-sept communes françaises (plus le territoire de la Nouvelle-Calédonie) à être décorées de la Médaille de la Résistance. C’est bien ce patriotisme qui a fait des Vallées de Thônes et ses voisines du tour du Plateau, la base sur laquelle le maquis des Glières s’est construit.  Mais M. Barbier ne peut pas prendre acte de ce fait, parce que ce serait mettre en question sa vision des événements des Glières et aussi celle de l’attachement des Savoyards à la France qu’il conteste par principe au nom de ses sympathies affichées  pour le groupuscule  « Savoisien ».

                  Il ne parle pratiquement pas du travail d’organisation des maquis qui a été accompli en 1943 dans ces vallées du Pays de Thônes. Tout juste signale-t-il la création au maquis de Manigod, en novembre 1943, par l’Armée Secrète, de son « école des cadres »  qui, dans la clandestinité et les conditions de l’époque,  n’était pas une initiative banale et qui marquait bien la volonté de structurer les maquis en force  de combat. De plus ceux qui en furent brièvement les « stagiaires »  formeront une bonne part de l’encadrement du maquis des Glières. De la même manière il mentionne à peine le rôle pionnier, dans l’été et l’automne 1943, du corps-franc Simon basé sur les hauteurs de Thorens, ou les premières attaques contre l’occupant allemand par les FTP du Chablais.

                 

 

« Les événements de Haute-Savoie »

                  Comme pour détourner  le regard de ses lecteurs loin de cette « pépinière » des Glières, l’auteur donne  une importance surprenante à ce qu’il appelle les « événements de Haute-Savoie » qui se déroulèrent entre le 3 et le 19 mars 1943 dans le Chablais et furent sans lendemain[8]. Il en fait même « un épisode significatif sinon fondateur »[9]. Mais on note que, dans ce cas, il s’agit d’un mouvement d’entrainement collectif chez les jeunes d’un secteur limité, largement spontané et inorganisé,  bénéficiant de ce que nous appellerions aujourd’hui une « bulle médiatique » rapidement dégonflée.

                  Quoi qu’il en soit, on peut constater que M. Barbier,  se focalise indûment sur cet épisode et, de surcroît, se trompe  en lui rattachant  un autre événement : le premier parachutage d’armes par la Royal Air Force aux Glières dans la nuit du 20 au 21 mars 1943 (un an avant les événements du Plateau). Contrairement à ce qu’il affirme, rien n’indique que ce parachutage (demandé par Félix Plottier[10], par l’intermédiaire de l’Intelligence Service à Genève) était destiné à d’autres que les premiers maquis créés dans la vallée de l’Arve comme le récit de Félix Plottier l’indique clairement.

                  Mais comment peut-il ne pas rappeler, autrement que dans une courte note, qu’il y a eu deux autres parachutages en cette même période : d’abord un largage, non attendu,  sur le maquis des Dents de Lanfon le 15 mars et un autre, attendu et réceptionné, sur le secteur de l’Anglettaz au Parmelan, le 26 mars, indubitablement dû au Docteur Raisin membre de l’AS en liaison lui aussi avec l’Intelligence Service et le réseau Director à Genève? Donc, en mars 43, l’Armée Secrète a visiblement une organisation en place dans la région annécienne.

                  Par ailleurs, l’auteur s’abstient de parler d’un autre lien entre Londres  et la Résistance, en 1943, au moment de ce qu’il appelle les « événements de Haute-Savoie » : la présence près d’Annecy, depuis le mois de février, d’un agent du SOE britannique, à l’origine responsable dans le Sud de la France du réseau Spindle, en liaison avec le réseau Carte, Peter Churchill, accompagné de son radio Rabinovitch et de son agent de liaison Odette Samson [11]. Peter   fait même un rapide aller-retour jusqu’à Londres, où il a forcément fait un rapport à ses chefs du SOE. Il en revient en étant  parachuté sur le Semnoz  le 15 avril. Il est arrêté, avec Odette,  dans leur hôtel de Saint-Jorioz le lendemain.  Mais c’est une équipe dirigée par George Buchet (précédemment  chasseur alpin devenu agent des Eaux et Forêts au Semnoz) qui récupère le matériel parachuté.

                  M. Barbier aurait pu indiquer que cette équipe SOE était venue en Haute-Savoie  grâce aux contacts   que le lieutenant Théodose Morel avait établis avec le réseau Carte  lorsqu’il était lui-même à Aix en Provence en 1942, ce qui n’est qu’un des aspects d’une implantation de l’Armée Secrète déjà très organisée dans ce secteur du département.

                  Bizarrement l’auteur passe aussi sous silence l’opération de parachutage ratée  du 15 août 1943,  prévue  près d’Annecy (Saint-Martin Bellevue) et qui se termine par le crash de l’avion, mais aussi le sauvetage du  chef pilote par un groupe de Résistants  et son transfert en Suisse (par Colette Périès) puis vers l’Espagne d’où il rejoindra l’Angleterre. Le rapport  qu’il fera aussitôt de son aventure sera reçu à Londres comme une véritable révélation sur l’efficacité de la Résistance française et cité devant le Cabinet de Guerre par Selborne, le ministre auquel était rattaché le SOE, ce qui ne fut pas sans importance[12].

Ces « oublis » sont-ils dus à de l’ignorance ou à une interprétation tendancieuse des événements ?

 

Chapitre 2 : « Le maquis jusqu’à Glières »

                  Le chapitre suivant « Le Maquis jusqu’à Glières » rappelle un certain nombre de faits connus sur les débuts difficiles des maquis haut-savoyards au cours de l’année 1943, marquée principalement par l’arrivée en masse de « réfractaires » au STO,  le passage de l’occupation italienne à l’occupation allemande et  l’arrivée de la mission « Xavier-Cantinier ».

                  M. Barbier a raison de souligner qu’on ne doit pas confondre « réfractaires » et « maquisards » :   « Tablant sur un débarquement rapide, nombre de ces jeunes    n’imaginaient pas devoir prendre les armes »[13]. Mais, outre que ce « nombre »  reste à évaluer, il faut dire que ceux-là même qui en faisaient partie au début ont, pour une large part, évolué dans leur attitude, sous la pression des événements ou par un choix personnel  et  sont  souvent devenus des  « Résistants » engagés. Les autres ont été rapidement obligés de quitter la région.

                  De plus,  le tableau plutôt négatif que l’auteur  trace des maquis haut-savoyards  qui se sont développés en 1943 à partir de l’arrivée de ces « réfractaires », ne tient pas compte de plusieurs faits.

                  Le principal  (qu’il passe sous silence) est que les troupes italiennes, en 1943, ont été amenées à entreprendre six opérations  militaires mobilisant des effectifs relativement significatifs, contre des maquis, les 28 mai (Droisy), 8 juin (Platé), 11 juin (Megève),17 juin (Dents de Lanfon),10 août (Montfort), 20 août (les Confins) faisant quelques morts et des prisonniers. Il ne s’agissait donc pas de simples « réfractaires »  pour la plupart dispersés dans la nature comme tend à nous les présenter M. Barbier. L’existence même de ces camps  supposait au moins un début de structuration, ne serait-ce que pour assurer leur ravitaillement (une soixantaine d’hommes, par exemple, aux Confins). Elle s’accompagnait forcément d’un minimum de discipline et d’apprentissage des techniques de guérilla, malgré la rareté des armes (bien qu’il y ait eu encore des restes des dépôts clandestins  faits en 1940-42 par le 27ème BCA).

                  En réalité,  l’afflux des réfractaires au STO dès le printemps 1943, a imposé à l’Armée Secrète et aux FTP l’obligation de prendre en main les nouveaux arrivants,  pousser dehors ceux qui venaient seulement « se planquer » et, progressivement, transformer ces jeunes en combattants. Ce processus a été lent et pas toujours réussi. Mais dès le début, les deux grandes organisations ont mis en place des responsables de secteurs  chargés de former des unités aptes au combat, même si celles-ci devaient attendre d’être armées.  C’est  grâce à ce maillage de l’Armée Secrète et  des FTP que Glières va pouvoir mobiliser  assez d’hommes pour tenir le Plateau pendant  deux mois face aux forces du maintien de l’ordre. Cette organisation M. Barbier n’en parle pratiquement pas.

                  Il  ignore en particulier  le jeu qu’a joué le commandant Vallette d’Osia après avoir quitté le commandement du 27ème BCA en mars 1942 (selon un système de rotation  du commandement semblable à celui qui existe aujourd’hui dans tous les bataillons). Il est alors nommé à la tête de ce qui était l’état-major du département de la Haute-Savoie. Il n’exerce cette fonction que quelques mois puisque l’armée d’armistice est dissoute au mois de novembre. Mais, à ce moment-là, c’est à lui qu’incombe la tâche de régler les problèmes de carrière qui se posent pour tous ces militaires que  l’administration a le devoir de « recaser » ou d’indemniser. C’est  ainsi que le commandant va placer  bon nombre de ses cadres de confiance à des postes qui pourront servir la Résistance : le lieutenant Comparot au service du Contrôle postal[14], le capitaine Ponard au service du ravitaillement ainsi que le sergent Lucien Mégevand, les sous-officiers tels que Georges Buchet, Louis Morel, Elie Muffat, Georges Aragnol, etc. dans le service des Eaux et Forêts (ce qui leur donnait le droit de circuler partout de jour comme de nuit) et bien d’autres…Tous ces noms on va les retrouver dans l’histoire des Glières.

                  Ainsi  sous des « couvertures » diverses, ce sont principalement des officiers et des sous-officiers du bataillon qui vont prendre la responsabilité des secteurs de l’Armée Secrète (ou un proche tel que le beau-frère de Tom Morel, le lieutenant d’aviation Jean Lamy, qui devient chef du secteur de Thônes avant d’être arrêté au mois d’avril). Bref, l’année 43 n’est pas seulement celle de l’arrivée des réfractaires, elle est l’année où AS d’un côté et FTP de l’autre tissent la toile de leurs réseaux,  incorporent de plus en plus de volontaires dans leurs rangs et portent les premiers coups aux forces de Vichy et aux occupants.

                  C’est tout ce travail clandestin que le livre de M. Barbier passe largement sous silence. Certes, à l’automne, le résultat  en est encore limité, mais c’est ainsi que se préparent les forces qui libéreront la Haute-Savoie quelques mois plus tard. La mobilisation d’août 1944 n’aurait pas été possible sans les efforts d’organisation  faits dès l’année précédente. On n’est pas surpris de voir que M. Barbier  n’évoque pas cette mutation positive de la Résistance et souligne de préférence ses difficultés, ses tâtonnements  et  ses échecs.

                  Si l’on veut trouver un « préambule » -selon le terme de M. Barbier – aux événements des Glières, ce n’est pas du côté du Léman qu’il faut le chercher,  c’est là où sont plantés ce qu’on peut considérer comme les trois « pieds » géographiques et historiques du Plateau : le triangle de base des secteurs de Thorens,   Thônes et   la vallée du Borne.  

 

Chapitre 3 : « Avant Glières : une répression en trompe-l’œil »

                  Le titre de ce chapitre a au moins le mérite de se terminer par un point d’interrogation. L’auteur n’a pas tort de montrer que cette répression, en 1943, jusqu’à l’arrivée de l’occupant allemand en septembre, est restée relativement  limitée.  Il est exact que le pouvoir civil de l’Etat Français a joué souvent un jeu compliqué tendant à limiter les arrestations, notamment grâce au préfet Trémeaud qui sera non seulement destitué mais arrêté par les Allemands auxquels il échappera par  la plus grande des chances en s’évadant du camp de Compiègne.

                  Pourtant même si l’on sait depuis que certains membres des forces de Vichy se sont faits, à des degrés divers,  les complices de la Résistance,  la  simple présence des forces de police sous les ordres de Vichy, dont personne ne pouvait savoir a priori de quel côté elles étaient réellement, suffisait à isoler les maquis et terroriser les habitants qui jusque là les ravitaillaient et les protégeaient. Nombreuses sont les familles qui, par un réflexe  bien compréhensible, ont pris peur devant l’arrivée de ces troupes en uniforme. M. Barbier semble ne pas voir que, dans toute la Haute-Savoie,  la population est  alors soumise, jour après jour, à un régime policier  qui fait régner la violence et l’arbitraire.

                  Cette répression « française »  tout au long de 1943 et plus encore à partir de l’instauration de l’état de siège fin janvier 1944, a fait des victimes soit directes, soit indirectes  en envoyant dans des camps de détention français des hommes qui furent ensuite livrés aux Allemands et emmenés en déportation, avec les conséquences que l’on sait. Elle en fera encore plus au moment de Glières et dans les semaines qui suivirent.

                  Pour ce qui est du rôle de la Milice, M. Barbier est étonnamment discret.

                  Il ne mentionne pas les crimes délibérés commis par des Miliciens à Annecy le 23 novembre au cours de ce qu’on a appelé « la Nuit Bleue »[15].

                  Il minimise l’engagement idéologique des jeunes Miliciens : la raison de leur entrée dans la Milice aurait été pour bon nombre d’entre eux  de vouloir eux aussi éviter le STO[16]. En somme ils  auraient  été des « réfractaires »…Il y en a probablement eu quelques uns. Mais  comment nier que les Miliciens de la Franc-garde étaient poussés par des convictions  aberrantes mais fortes, une haine démesurée pour leurs  compatriotes  de la Résistance et une volonté déterminée de les détruire, le tout au service de l’Allemagne Nazie ? Leurs chefs se chargeaient  d’entretenir cette haine comme le montrent divers témoignages[17]. Ceux qui opèrent en 1943 et au début de 1944  sont bien les mêmes hommes que ceux qui,  après Glières par exemple, au siège départemental des Marquisats à Annecy, ont fait mourir sous leurs coups, en quelques heures, le Lieutenant Lalande  et ceux qui ont fourni leurs victimes aux tortionnaires du bâtiment de l’Intendance  à Annecy. 

                  De plus, si l’on prend en compte - comme on le doit - les interventions de la police et de l’armée allemandes dans le dernier trimestre de 1943, avec l’exécution d’otages à Annemasse (le 7 décembre), les drames de Bernex (le 17 ), Habère-Lullin (le 25)[18] et Saint-Eustache (le 31), on constate que l’occupant fait tout pour instaurer la terreur. Mais il est vrai que la présentation que l’auteur fait des  interventions  des  Allemands, donne fortement l’impression que ces actions ne sont que la réponse à des actions dont la Résistance aurait dû s’abstenir puisqu’elles entraînaient des représailles[19]

                  En outre, si l’on regarde ce qui s’est passé « avant Glières », on doit prendre aussi en compte le mois de janvier qui fut indiscutablement sanglant (anéantissement du corps-franc Simon le 24, intervention contre le village de Thuy - commune de Thônes -  le 26, drame de Pouilly - commune de Saint-Jeoire - le 28).

                  On est donc amené à s’interroger sur la conception que se fait M. Barbier d’une « répression en trompe-l’œil ». Il est vrai que l’œil ne voit souvent que ce qu’il veut.

 

 

Chapitre 4 : « Glières »

 

La montée des maquisards au Plateau des Glières (30-31 janvier 1944)

                  M. Barbier part d’un principe qu’il répète à plusieurs reprises  sous diverses formes (notamment lors de ses conférences), dont il fait  le fil conducteur de ses commentaires et le critère du choix de ses informations : les maquisards sont montés au Plateau en priorité pour « pour se cacher » et non pas,  pour recevoir des parachutages[20].

                  Notons tout d’abord que M. Barbier emploie systématiquement le verbe « se cacher » pour décrire l’action des maquisards. Or comment des clandestins pourraient-ils faire autrement que « se cacher » dans toute la mesure du possible ? Mais le choix de ce verbe n’est pas anodin : M. Barbier ne peut ignorer que, par l’effet des « connotations » - dont  quiconque sait écrire connaît l’importance -  « se cacher » évoque le comportement d’un enfant  qui a peur. Telle est bien en effet l’image dévalorisante que M. Barbier s’efforce de projeter sur tous les maquisards.

                  L’auteur consacre deux pages à ce soi-disant dilemme  entre « se cacher » et « recevoir des parachutages ». Il écrit : « La précipitation avec laquelle s’est opérée l’ascension à Glières (un maquisard parlera même de « pagaïe(sic) indescriptible ») suggère que l’ordre des priorités a été modifié : la nécessité de se prémunir des attaques du maintien de l’ordre – se cacher donc – passait avant la réception des armes », et plus loin : « Il convient…de s’interroger sur la cohérence des deux raisons qui justifient la présence de plusieurs centaines d’hommes sur le Plateau, à savoir trouver un refuge et recevoir des armes »[21].

                   La réponse à cette interrogation, qu’on espère purement rhétorique,  a été donnée depuis longtemps par Louis Jourdan (seul officier du 27ème BCA rescapé des Glières) dans le récit qu’il a fait des circonstances dans lesquelles  lui fut donné l’ordre de monter au Plateau  et que M. Barbier se dispense de citer. Il précise que c’est le dimanche (30 janvier) en fin d’après-midi, alors qu’il est  dans l’un des camps du Bouchet de Serraval (à une dizaine de kilomètres de Thônes) qu’un agent de liaison envoyé par le Lieutenant Tom Morel lui apporte un message demandant qu’il le rejoigne immédiatement à l’hôtel du Midi à Thônes. Voici la déclaration de Louis Jourdan :

                  « Sitôt arrivé, Tom me déclare :

  1. 1.     Je viens d’être nommé chef des maquis de Haute-Savoie
  2. 2.     Le département vient d’être mis en état de siège
  3. 3.     En ce moment des trains spéciaux de policiers débarquent en gare d’Annecy. On va se battre.
  4. 4.     J’ai d’autre part la mission de réceptionner d’importants parachutages annoncés prochainement aux Glières.

Compte tenu de la situation et de la menace imminente des opérations de police, je donne l’ordre aux camps de maquis de la Vallée de Thônes de rejoindre sans délai  les Glières. »

                  Il est clair que dans de telles conditions, personne de bon sens et de bonne foi n’établit une priorité entre, d’une part, la nécessité de gagner le Plateau le plus rapidement possible avant que les forces de l’ordre ne soient en mesure d’intervenir et, d’autre part, recevoir les parachutages.

                  Ces parachutages étant  - comme le dit Tom Morel -  déjà annoncés, les maquisards pouvaient  logiquement s’attendre à les voir arriver dès la prochaine pleine lune[22]. Comme l’indique le calendrier de l’époque, celle-ci se situait le mercredi 9 février. Etant donné que la période favorable pour les parachutages nocturnes s’étendait sur une dizaine de nuits, commençant environ cinq ou six jours avant  la date de la pleine lune, il fallait que les maquisards  prennent position sur le Plateau  et le mettent en état de défense au moins dès le 3 ou 4 février. L’ordre de monter au Plateau ayant été donné le dimanche soir, il ne fallait pas perdre de temps. Il n’était pas question de mettre un ordre de priorité entre se défendre et recevoir les parachutages. Il fallait bien sûr faire les deux en même temps.

                  D’autre part, ni Tom Morel, ni Louis Jourdan n’ignoraient que déplacer les camps vers Glières n’allait pas se faire dans la discrétion. D’ailleurs ils n’en parlent pas. Bien sûr, ils pensent à la sécurité : telle est bien la première préoccupation  d’un chef militaire. Le dilemme que formule M. Barbier est radicalement étranger à l’esprit de ces hommes qui pensent en termes de combat, comme le dit Tom Morel : « On va se battre ». Et cet objectif est bien du début jusqu’à la fin celui  de la quasi-totalité des hommes de Glières et pas seulement celui de leurs chefs. Evidemment l’idée de changer de secteur pour mieux échapper aux interventions annoncées des forces du maintien de l’ordre ne saurait être absente de leurs esprits : tous  ont vécu ce genre de situation dans leur vie, souvent errante, de maquisards. Mais nombreux sont les témoignages qui montrent que ce n’est pas la peur qui les conduit mais d’abord  l’idée de pouvoir bientôt se battre à armes égales avec ceux qui les ont traqués depuis plusieurs mois et avec lesquels ils ont quelques comptes à régler….

                  Dès que Louis Jourdan peut transmettre l’ordre aux camps de Manigod et du Bouchet  de Serraval [23], le grand « déménagement » commence.  Comme on est en hiver (et à l’heure allemande)  il  va se faire de nuit (de plus, à l’époque, les lampes électriques sont rares). Tout devra être terminé avant le lever du jour.  Des véhicules ont  déjà été « réquisitionnés »[24] pour transporter les hommes et leur « barda » jusqu’à la vallée du Borne. L’action se déroule dans la plus grande urgence, ce qui ne peut manquer de créer une certaine pagaille. Comment s’étonner qu’un maquisard en parle[25] ?  Il y en avait forcément une part. Et pourtant, le soir même du lundi 31 janvier, tous ces maquisards  avaient non seulement de quoi s’abriter sur le Plateau, mais étaient installés dans les chalets attribués à leurs sections et la garde des accès était assurée.  Faire un tel déplacement dans de semblables conditions  est déjà en soi un exploit.

                  Pourquoi cette « précipitation » dont parle M. Barbier  en sous-entendant qu’elle était celle d’hommes poussés par la peur, comme des enfants qui veulent « se cacher »?

                  Le bon sens donne la réponse : il fallait faire  très vite pour une raison évidente de sécurité. En effet déplacer plus d’une centaine d’hommes, de nuit, sur une distance de 30 kilomètres, en empruntant des routes patrouillées fréquemment par les forces du maintien de l’ordre et les Allemands, puis faire  monter tous ces hommes et leur matériel à pied sur un sentier enneigé  jusqu’au Plateau (soit 600 mètres de dénivellation), plaçait les maquisards dans une situation de vulnérabilité maximum : leur convoi, très peu armé, allait s’étirer en longueur sur un itinéraire ne permettant aucun déploiement. Il fallait donc avoir terminé l’opération avant que les forces de police françaises, ou une éventuelle patrouille allemande, ne puissent intervenir. Or  ce convoi devait obligatoirement passer par la rue de  Thônes où se trouvait la gendarmerie. Personne ne pouvait se faire d’illusion : la gendarmerie allait  prévenir Annecy de ce qui se passait à sa porte, peut-être même avait-elle donné l’alerte dès les premiers passages de véhicules.

                  Quoi qu’il en soit, c’est bien en convoi puis en colonne, encadrés par leurs chefs, que  les maquisards des Vallées de Thônes sont montés au Plateau dans cette nuit du 30 au 31 janvier. C’est ce que feront également les Espagnols, les deux groupes FTP,  le groupe AS  de Thorens sous les ordres de Louis Morel (Forestier) le26 février et l’important renfort venu du Giffre  au lendemain du parachutage du 11 mars. Tous ces mouvements se sont faits dans la discipline et sans que les forces de l’ordre abondamment présentes dans le secteur n’aient pu les intercepter. Notons aussi que les 120 hommes environ qui arrivent du Giffre le 12 mars se sont trouvés au Col de Cenise (d’où la vue est excellente sur le Plateau)  par une magnifique journée de ciel bleu au moment où Glières était bombardé par l’aviation allemande pour la première fois. Ils ont eu tout loisir de voir et entendre ce qui les attendait et pourtant aucun n’a fait demi-tour.

                  N’en déplaise à M. Barbier, Glières n’a jamais été pour qui que ce soit de bon sens un lieu où l’on pouvait  « se cacher », mais bien un lieu où aller chercher des armes pour combattre. La conséquence est aussi que quelques maquisards (en nombre impossible à déterminer[26] mais certainement très limité) ont, semble-t-il,  choisi de  redescendre à tel ou tel moment : l’auteur avance des chiffres que rien ne permet de confirmer.

 

Glières : une bataille ?

                  A part ce point essentiel pour porter un jugement sur Glières,  reconnaissons que  la description de l’organisation du Plateau, que fait M. Barbier, est conforme à ce  que l’on sait et qui a été maintes fois rappelé[27]. Mais  la véritable désinformation porte sur une autre question : qu’est-ce qu’ont fait les maquisards sur le Plateau entre leur montée le 31 janvier et le décrochage du 26 mars ? Autrement dit  « la bataille des Glières » a-t-elle eu lieu ?

                   L’association des Glières ne peut que redire ce qu’elle répète depuis plusieurs années : tout le monde s’accorde  sur le fait que les combats des Glières, dès le mois de février,  surtout si on les compare à ce qui se passait au même moment sur les divers fronts de cette guerre mondiale, ont été un épisode  d’importance négligeable en termes purement militaires.

                  C’est aussi un fait que l’affrontement du 26 mars avec la Wehrmacht n’a pas été ce que la radio de Londres, informée par les télégrammes de Cantinier,  en a fait pour nourrir la « guerre psychologique » parfaitement décrite par M. Crémieux-Brilhac  dès  1975[28], même si cette journée fut le préliminaire de l’entrée en action de quatre bataillons allemands. Déjà en 1992, Alain Dalotel avait donné les résultats d’une enquête sérieuse qui ramenait les choses à leur juste proportion.

                  Mais,  il est tout à fait malhonnête de  réduire les combats des Glières uniquement à la journée  du 26 mars.  Entre le 31 janvier et l’intervention de l’armée allemande, soit huit semaines, on pourrait penser, à lire M. Barbier,  qu’il n’y a  eu que des « tractations », des « pourparlers » et une « tentative de négociations » avec les forces de l’ordre. Tels sont en effet les mots employés pour  les têtes de sous-chapitres [29]  qui structurent le compte-rendu que l’auteur fait des 55 jours pendant lesquels les maquisards ont tenu le Plateau. Certes l’un de ces sous-chapitres s’intitule « Les maquisards tirent et tuent »[30], mais tout se passe comme s’ils avaient été les seuls à le faire…Pourtant les premiers à tirer  ce sont bien les Gardes qui le firent à l’Essert le 7 février, sur un petit groupe de ravitailleurs. Heureusement leur tir avait  été mal ajusté : le maquisard le plus touché eut le cou  seulement éraflé par une balle. Mais ce n’est pas à une complicité quelconque de la Garde qu’il devait  de n’avoir pas été tué !

                  Dès ce début février, c’est un bouclage de plus en plus serré que subit le Plateau des Glières. Le harcèlement des forces de Vichy va se renforcer  jusqu’au moment où la Wehrmacht n’aura plus qu’à  terminer le travail que la Milice était incapable de mener à terme.

                  Rappelons un point de l’histoire du Plateau : les interventions  des forces de l’ordre contre Glières commencent par le bouclage de  Thônes par la Milice au petit matin du samedi 5 février. Il s’agit bien de la première opération contre Glières. Ce  n’est pas un hasard si cette petite ville, ce jour-là, est la cible de la première grosse opération milicienne en Haute-Savoie. On y voit l’intervention de la Franc-garde  avec des moyens importants et, pour la première fois, celle du SRMAN (le Service de répression des menées antinationales), ces policiers spécialisés dans les interrogatoires « musclés » tels qu’ils les pratiqueront ensuite à Thonon et à Annecy. C’est un peu la répétition générale des opérations « coups de poing » que les forces du maintien de l’ordre vont multiplier dans toute la Haute-Savoie, en commençant ensuite par le Chablais. 

                  A Thônes, comme  de multiples faits le confirment, on voit  que cette « rafle » est la réponse de la Milice à la complicité des habitants envers la Résistance dans deux circonstances importantes : ce que les Miliciens  ont appelé[31] « l’assassinat » de leur chef départemental fin novembre et l’organisation du transport des maquisards montant au Plateau cinq jours auparavant, notamment par la mise à leur disposition de véhicules. Leur première  cible  a été la maison qu’occupait  le corps-franc de Thônes qui avait  participé à ces deux opérations : l’un de ses membres est tué, un autre blessé puis fait prisonnier, deux autres arrêtés. Au total dix-neuf personnes furent arrêtées dont deux seront fusillées et six déportées en Allemagne  (dont le chauffeur du car qui avait conduit les maquisards de Manigod au pied du Plateau).

                  Evidemment M. Barbier minimise la brutalité avec laquelle, ici comme ailleurs,  la Milice a opéré ce jour là. Il  écrit « La Milice somma toutes les personnes présentes dans les rues de Thônes d’aller en mairie faire vérifier leur identité ». En réalité les Miliciens firent irruption, au petit matin, armes à la main,  dans  de nombreuses maisons (probablement connues d’avance) pour en faire sortir  sans  ménagements les habitants [32] et rassembler, manu militari, les adultes pour contrôler leur identité comme si tous avaient été des « terroristes » [33].

                  Cette opération ne fut pas immédiatement suivie d’autres  contre Glières, puisque la Milice fut envoyée surtout en Chablais, où elle « s’illustra » notamment dans ce qu’on a appelé « la quinzaine sanglante » avant de revenir, au début mars, contre le Plateau (le premier accrochage est celui du 6 mars où un Milicien est mortellement blessé). Pendant tout le mois de février, le maintien de l’ordre fut assuré d’abord par la Garde puis par les GMR. C’est un fait que la Garde se fit parfois complice des membres de l’Armée Secrète (mais pas avec les FTP). Mais les GMR mirent ensuite tout leur zèle à instaurer le blocus du Plateau avant d’être rejoints puis remplacés par la Milice.  

                  Dès la mi-mars, la Milice ne s’est pas contentée de faire de simples reconnaissances. Etant donné que les Allemands avaient informé  Vichy de leur intention d’intervenir directement, la Milice va essayer d’obtenir une  forme de victoire sur les maquisards avant l’arrivée de la Wehrmacht.

 

Chapitre 5 : « Les derniers jours de Glières »

                    M. Barbier est étrangement discret sur les effectifs miliciens réels.  Alors qu’il cite un télégramme allemand du 11 février parlant de « 200 hommes de la Milice »[34],   on lit ensuite, au détour d’une phrase, que la Milice avait « reçu le renfort d’un millier d’hommes entre la fin février et les premiers jours de mars »[35].  Autrement dit, au moment où de Vaugelas, commandant de la Franc-garde, prend en main les opérations en liaison avec l’armée et l’aviation allemande, la Milice pouvait, à elle seule, aligner contre Glières un effectif  au moins deux fois plus important que le nombre des maquisards sur le Plateau.  On assiste alors, les 24, 25, 26 mars, à une accélération des opérations miliciennes, avec des moyens supplémentaires, comme si la Milice mettait un point d’honneur à régler le problème du Plateau avant que les Allemands ne le fassent.  Pendant ce temps, l’aviation et l’artillerie allemandes interviennent de plus en plus  contre le Plateau. Pour les maquisards qui ont subi ces attaques, parler de « bataille » doit-il être considéré comme  un abus de langage ?

                  Comme aucune des attaques des Miliciens ne réussit à percer les défenses du Plateau, M. Barbier  leur trouve une excuse : les forces du maintien de l’ordre n’avaient « ni l’équipement ni la motivation pour venir à bout de rassemblement de Glières »[36].

                  Croit-il que les maquisards avaient un meilleur « équipement » ? A part un petit nombre qui avait récupéré des tenues de Chasseurs alpins ou des Chantiers de jeunesse, la plupart d’entre eux n’avaient que les vêtements d’été et les chaussures qu’ils avaient aux pieds lorsqu’ils avaient pris le maquis l’année précédente. Ils ne disposaient en pratique que d’armes légères alors que la Milice fut dotée rapidement de mortiers, arme essentielle  pour le combat en montagne. Certes elle ne sut pas vraiment ajuster ses tirs, mais  les obus n’étaient pas moins impressionnants pour des jeunes maquisards n’ayant jamais fait la guerre. De surcroît, le beau temps étant revenu, l’aviation allemande mitrailla le Plateau tous les jours à partir du 23 mars, au moment où, en plus, les vivres commencèrent à manquer.

                  Mais il est sans doute vrai que la « motivation » des maquisards  était plus forte que celle des Miliciens : c’était celle de leur fière devise « Vivre libre ou mourir » au service d’une France qui n’était pas soumise à la volonté de l’occupant.

                  Quant à ce qui s’est réellement passé face à l’armée allemande le 26 mars, nous rappelons que le général Jean-René Bachelet a depuis plusieurs années précisé la conception que l’Association des Glières pouvait se faire du déroulement de cette journée décisive, notamment dans un article reproduit pas la revue de l’Association, Messages, en 2012.  Ce texte a été repris en annexe de la réédition  en février 2014 du livre publié en 1946 par les  Rescapés qui avait pris comme sous-titre « Première Bataille de la Résistance » [37]. Le voici :

« Dans l’histoire de Glières, l’attaque allemande des positions tenues par le maquis à Monthiévret, sur les accès au plateau depuis Petit Bornand, le 26 mars à partir de 15 heures, est évidemment déterminante, puisqu’elle va provoquer, de la part du capitaine Anjot, l’ordre de dispersion dans la nuit du 26 au 27 mars.

Mais elle peut tout aussi bien être considérée en elle-même comme un combat d’ampleur objectivement modeste, sans faire injure aux deux maquisards qui y laissent la vie.

En quoi ces deux affirmations ne sont-elles pas contradictoires ?

Quels sont les faits et comment peut-on les situer dans la compréhension des événements de ces jours qui scellent le sort du maquis des Glières ?

La réponse à ces questions ne souffre pas d’ambigüité.

 

Le 26 mars, tout commence, dans ce même secteur de Petit-Bornand, par une tentative allemande au Lavouillon vers 8 heures. Cet accès escarpé aux approches des contreforts du plateau vers Champ Laitier est tenu par la section Liberté Chérie, l’une des deux sections FTP. Les maquisards ripostent et la nature du relief contraint l’assaillant au repli.

Dans le même temps, à 8 heures 30, la Milice tente une incursion en direction du col de l’Enclave et doit se replier face à la riposte vigoureuse de la section Coulon, l’autre section FTP qui contrôle les accès ouest de Champlaitier.

Le temps est clair ; l’aviation mitraille et incendie les derniers chalets qui n’avaient pas été détruits par les attaques précédentes. Celles-ci avaient contraint le capitaine Anjot à transférer son PC dans les abris rocheux situés sur les contreforts de la montagne des Frêtes, à l’aplomb du chalet qu’il occupait jusque-là.

A 10 heures, la Milice attaque au col du Freux, au nord de Champ Laitier, face à la section Verdun, qui repousse l’assaillant.

A 11 heures, elle fait une nouvelle tentative à l’Enclave, sans plus de succès.

A 12 heures, il faut faire face à une nouvelle attaque aérienne. Les tirs d’artillerie depuis la vallée du Borne alternent avec les interventions de l’aviation.

 

En cette mi-journée, il faut imaginer l’ambiance au PC du capitaine Anjot. Les renseignements qui parviennent sont fragmentaires ; le fracas des attaques aériennes se combine avec l’écho assourdi des échanges de tirs au sol, pour faire monter l’inquiétude.

Le capitaine Anjot connaît l’ampleur des moyens déployés conjointement par les Allemands et par les forces de répression de Vichy ; il a nécessairement une certitude : après les préliminaires des attaques aériennes, l’assaut est imminent.

C’est alors qu’à 15 heures, les sections Saint Hubert et Jean Carrier, qui tiennent les accès depuis Petit Bornand dans le secteur de Monthiévret, ont à faire face à l’abordage de leurs positions par les Allemands. Les échanges de tirs, nourris, se font entendre jusqu’au PC, mais, là aussi, les renseignements sont fragmentaires. On ne sait pas qu’André Guy, dit Chocolat, chef de la section Saint Hubert ainsi que l’un de ses hommes, Jacquart, ont été tués.

Lorsque cessent les tirs à la nuit, la confusion est grande sur place et, par groupes, les hommes vont tenter de s’exfiltrer, convaincus qu’ils sont alors d’être tournés par un ennemi très supérieur en nombre.

On ne sait pas qu’en fait, les Allemands se sont repliés sur leurs bases de départ dans la vallée du Borne.

Pas plus que ne le sait le capitaine Anjot.

En ces circonstances, il fait sans aucun doute l’appréciation de situation que doitélaborer tout chef en pareille situation. Dans le faisceau d’hypothèses qui s’offrent à lui, il privilégie la plus dangereuse : celle selon laquelle les Allemands, ayant tourné les positions de Monthiévret, poursuivraient sur la crête donnant accès à la montagne des Auges, en mesure, dès lors, d’accéder à l’aube au cœur du plateau.

Sans réserves, dispersés, dominés, les maquisards seraient submergés.

On connait la conséquence logique qu’en tire le capitaine Anjot : il décide de donner l’ordre de dispersion. On connait aussi la suite ; on sait  notamment que lorsque les premières unités allemandes prennent pied sur le plateau le 27 mars après-midi, elles ont la surprise de constater que les maquisards leur ont échappé.

 

Comment interpréter la manœuvre allemande ?

Très clairement, les actions du 26 mars constituent des préliminaires de l’attaque. Il s’agit de l’application de procédés tactiques en vigueur dans toutes les armées du monde. Une attaque, surtout en terrain montagneux et escarpé, du bas vers le haut, ne saurait se concevoir sans le recueil des renseignements les plus complets et les plus précis possibles sur les positions de l’adversaire. En l’occurrence, ces renseignements, jusqu’au 26 mars, les Allemands les ont obtenus par l’observation ; observation terrestre depuis notamment les hauteurs de Cenise, aérienne dès lors que les conditions météorologiques l’ont permis.

Pour autant, les militaires allemands sont des professionnels et ils ne peuvent faire l’impasse sur l’hypothèse que les emplacements décelés pourraient être simulés, les emplacements réels, eux, étant très bien camouflés. Il est important par ailleurs de connaître la nature des armes postées : fusils, fusils-mitrailleurs, mitrailleuses ?

En pareil cas, le procédé utilisé est classique : c’est celui de la « reconnaissance offensive », autrement dit d’un abordage du secteur où l’on veut préciser le renseignement, pour obliger l’adversaire à tirer et ainsi à révéler et ses positions et ses armes.

C’est à coup sûr ce qui se passe, d’abord au Lavouillon, puis à Monthiévret le 26 mars.

Mais pour les hommes des sections Saint Hubert et Jean Carrier pris sous le feu, pour les tués et les blessés, « reconnaissance offensive » ou pas, ils sont soumis à l’épreuve du feu.

Quant au capitaine Anjot, à supposer même qu’il ait fait cette hypothèse, la décision de s’exfiltrer pendant qu’il était encore temps de façon que l’attaque tombe dans le vide était en tout état de cause judicieuse. 

 Voilà, très vraisemblablement, comment il faut comprendre les événements du 26 mars.

Leur relative modicité n’altère en rien le rayonnement de Glières qui repose, dès l’origine et jusqu’à nos jours, pour l’essentiel, sur l’exemplarité d’hommes réunis au-delà de leurs différences dans « une certaine idée de la France ».

 

 

Chapitre 6 : Répressions

 

            Tel est le titre du chapitre que l’auteur consacre  aux suites dramatiques du décrochage du 26 mars. Le « s » du pluriel qu’il met au mot « répressions »  pourrait ne se rapporter qu’aux deux formes de chasse à l’homme que menèrent d’une part les  forces de police allemandes intervenant depuis leur base permanente d’Annecy, et, d’autre part les forces de police françaises, notamment la Milice, toujours aussi nombreuses et actives pour faire appliquer  « l’état de siège » dont la rigueur ne s’atténuera qu’après le début mai.

            En réalité le pluriel de ce titre s’explique par le fait que l’histoire de la répression telle que l’écrit Claude Barbier se continue par un sous-chapitre intitulé « Réprimer les réprimants ». En effet l’auteurmet sur le même plan d’une part la répression exercée contre les Résistants victimes de l’occupant et de ses acolytes et la « répression » qui, après la libération, frappa ceux qui  - Allemands et Français -  payèrent de leur vie leurs crimes contre la France… On reconnaît bien là le procédé  selon lequel M. Barbier a récemment traité du crime de guerre commis par les Allemands à Habère-Lullin de décembre 1943 et  l’exécution de prisonniers allemands dans ces circonstances très particulières en septembre 1944[38].  Ce genre d’amalgame  est  plus qu’une faute d’interprétation des faits historiques, c’est le procédé méprisable qu’emploient tous les « révisionnistes ».

 

 

Chapitre 7 : Souvenirs et mémoire

 

            Nous ne perdrons pas notre temps à reprendre le tableau que M. Barbier trace des étapes de la mémoire des Glières. Tout est à la limite de la caricature, du persiflage ou de la simple « erreur ».

            Nous ne retiendrons qu’un exemple, le plus caractéristique : celui de la première visite de Nicolas Sarkozy au Plateau, le 4 mai 2007. 

            L’auteur,  affirme que celui qui n’était encore que candidat à l’élection présidentielle y fut reçu « avec un faste particulier »[39] comme si l’accueil donné à ce candidat  avait été semblable à celui que reçurent les visites officielles des plus hauts représentants de la République auxquelles les Rescapés des Glières ont toujours participé. Il omet de préciser que l’Association des Glières  avait fait savoir que, étant donné que cette visite était celle d’un candidat aux élections, elle observerait un strict « devoir de réserve » à son égard. Ce qui fut fait.

            Une fois élu à la présidence de la République, M. Sarkozy est revenu à quatre reprises au Plateau, comme il l’avait annoncé. Bien entendu, étant donné sa qualité de Président de la République, il est passé d’abord, chaque fois, à la Nécropole de Morette (dans la vallée) pour y déposer une gerbe  au cours d’une brève cérémonie officielle en hommage aux morts des Glières sans y prendre la parole. Evidemment,  l’association des Glières a été chaque fois présente, comme elle l’a été pour d’autres visites officielles (telle la Reine Mère d’Angleterre en 1991). Mais, sur le Plateau, M. Sarkozy n’a  été, chaque fois, accompagné que par ses amis  pour y  déposer une gerbe à la mémoire de Tom Morel, ainsi qu’il en avait pris personnellement la décision. Cette précision n’est pas sans importance.

            Le reste de ce chapitre, n’ajoute rien à ce que d’autres, plus qualifiés que M. Barbier, ont écrit sur la signification des événements des Glières. La différence avec M. Barbier est qu’ils ont une connaissance plus exacte que lui de l’histoire et de la mémoire des Glières  et nettement plus d’objectivité. Ceux qui veulent en juger sont invités à lire ce que M. Crémieux-Brilhac témoin des événements des Glières au jour le jour depuis Londres et  historien de la France Libre, ainsi que M. Jean-Marie Guillon, professeur d’université connu pour ses travaux sur la Résistance, ont écrit récemment pour la réédition du livre des Rescapés publié en 1946[40]. L’un comme l’autre apportent la preuve que la vision de M. Barbier est celle  d’un homme acharné à se construire une réputation d’historien en prenant systématiquement le contre-pied de tout ce qui a été écrit avant lui, même sur les faits les plus incontestables, par une étrange volonté de se donner une stature personnelle en dénigrant la Résistance.

 

Conclusion

            Le lecteur ne saurait être surpris de retrouver, dans cette conclusion, la répétition de la plupart des affirmations péremptoires de M. Barbier, depuis les « les événements de Haute-Savoie» et « le vieux fond antifrançais  qui les sous-tendait » jusqu’au tableau de maquisards montés «pour  se cacher puis recevoir des armes » et qui ne se seraient jamais battus. L’accumulation des références aux archives ne fait qu’instruire le procès  de la Résistance au nom d’un parti-pris de « relativisme » qu’ont fort bien décrit MM. Jean-Marie Guillon et Charles Heimberg, le premier dans sa postface pour la réédition du livre des Rescapés[41], le second dans son article « La Résistance aux Glières : développer son histoire ou la dénigrer ? » [42]. Mais l’aveuglement de M. Barbier va plus loin : le tableau négatif qu’il dresse des actions des maquis après Glières n’est valable que pour les semaines qui ont suivi immédiatement la dispersion[43].  Comment peut-il expliquer la rapide renaissance qui a suivi l’annonce du débarquement de Normandie et plus encore ce qui va conduire à la libération du département ? M. Barbier ne relève pas le fait que l’opération de parachutage massif sur le Plateau des Glières le 1er août a été conduite avec une parfaite coordination des forces de la Résistance de tout le département et a rassemblé au total plus de trois mille hommes. Ensuite  ce n’est pas par hasard que les deux  compagnies  de l’Armée Secrète, qui ont mené les combats les plus décisifs pour la libération d’Annecy, ont été celles reconstituées par deux chefs des Glières : celle de Thônes avec Louis Jourdan  (pour couper l’accès sud du département) et celle de Thorens avec Louis Morel (pour couper la route entre Annecy et la Vallée de l’Arve). Dans toutes ces actions on retrouve le « noyau dur » des maquisards du Plateau qui ont, dès que possible, repris le combat. Si la Haute-Savoie a été le seul département de France où TOUTES les garnisons allemandes  ont été obligées de CAPITULER sur place devant les Forces Françaises de l’Intérieur moins de cinq mois après Glières, alors que les Alliés n’avaient pas encore atteint Grenoble ou Lyon, peut-on croire que cette victoire n’a pas de lien avec le fait que la Haute-Savoie a été aussi le premier département de France à  porter bien haut le témoignage d’une Résistance vivante et forte qui fut, par excellence, le témoignage des Glières ?

 

Annexes

 

            Nous ne perdrons pas de temps à commenter les  « biographies succinctes » des officiers du Plateau, sauf pour celle de Louis Jourdan. En effet les quelques lignes que l’auteur lui consacre contiennent certaines dates qui sont probablement celles de son dossier militaire reconstitué après la guerre  - comme pour beaucoup de militaires passés à la Résistance - mais n’ayant qu’un rapport lointain avec la réalité (ce qui est souvent le cas pour les Résistants ayant passé plusieurs années en clandestinité). M. Barbier aurait pu vérifier les dates  en s’adressant à l’intéressé et même recueillir son témoignage sur l’ensemble des événements des années 40-44. En effet Louis Jourdan, après trente ans de carrière militaire, habitait la Haute-Savoie et était resté un membre actif de l’association des Rescapés jusqu’à sa mort en 2005. Mais M. Barbier s’est bien gardé de recueillir ce témoignage,  puisque son principe était de ne s’adresser  qu’aux témoins susceptibles d’aller dans le sens des idées qu’il s’en faisait à l’avance ou de ne retenir dans les témoignages existants que les expressions et déclarations pouvant étayer son « procès » contre Glières.

 

            En revanche l’auteur donne en annexe[44] le procès-verbal d’interrogatoire d’un maquisard du Plateau, Serge Thélen, 21 ans, fait prisonnier par la Milice le 27 mars, interrogé par un commissaire de police français le 16 avril 1944. M. Barbier reproduit intégralement ce document et c’est le seul qu’il présente. On peut se demander pourquoi. On peut penser que M. Barbier en fait un élément important de sa démonstration sur ce que furent les maquisards des Glières. Effectivement, de ce point de vue, ce document est comme la pièce à conviction que brandit  un avocat dans un prétoire pour servir d’exemple permettant de dénoncer les turpitudes vraies ou supposées de son adversaire. Tout y est. Voilà un maquisard qui  donne à un policier tous les noms que celui-ci ne semble même pas avoir de peine à lui arracher : ceux des personnes qui l’ont aidé à rejoindre le maquis, celles qui l’ont hébergé dans sa vie de « réfractaire », les noms de ses chefs et de ses camarades. Il raconte ce qu’il a fait sur le Plateau. Il ne cache qu’un épisode pourtant tout à son honneur, en disant que, ayant été envoyé à la section tenant le Col des Auges, il n’a pas été attaqué. En fait,  nous savons pertinemment qu’il a fait partie de ceux – et lui avait un fusil-mitrailleur – qui, le 24 mars, ont repoussé une incursion de la Milice qui a fait là-haut un mort et un blessé, mais avait laissé sur place un prisonnier et des traces de sang.

            Il est vrai que les maquisards faits prisonniers par les Miliciens pouvaient craindre le pire si on avait pu les accuser d’avoir tiré sur eux…

            Mais M. Barbier a-t-il jamais pensé à l’état d’épuisement physique et psychologique  de ces jeunes maquisards traités comme des criminels par des Miliciens qui tenaient enfin une forme de victoire sur ceux qui les avaient défiés ? 

            Quoi qu’il en soit, le souci d’une objectivité minimum, aurait pu inciter M. Barbier à mettre en face de ce lamentable épisode,  les comptes-rendus d’interrogatoires où d’autres maquisards ont réussi à ne pas parler,  au prix même de leur vie.  

            Mais, comment ne pas dénoncer surtout l’abjection d’un « historien » qui publie ce document en indiquant le nom de celui qui est ainsi mis en cause ? Car ce jeune garçon a échappé à la mort et il est devenu un respectable citoyen et père de famille, certes décédé aujourd’hui (ce qui serait une raison supplémentaire de ne pas l’insulter) mais encore bien connu dans sa ville d’origine. Signalons à M. Barbier que lorsque le Comité Départemental de la Résistance a publié en 2011 un document faisant le point sur le procès des Miliciens jugés et fusillés au Grand-Bornand le 24 août 1944[45], le Comité n’a indiqué aucun nom de ces Miliciens en clair, ne serait-ce que pour éviter que leurs familles n’en subissent le contrecoup. Ce n’est pas parce que des noms figurent dans des archives désormais ouvertes au public, qu’on a le droit de faire fi de la décence la plus élémentaire.  Cette considération morale n’a pas arrêté M. Barbier : sans doute n’a-t-elle aucune valeur à ses yeux par rapport à l’effet rhétorique qu’il compte en tirer pour se mettre en scène dans son rôle  d’avocat  d’une cause méprisable.

 

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            Quand on referme  le livre de M. Barbier, on éprouve le sentiment  très fort d’avoir eu sous les yeux à la fois le résultat d’un énorme travail d’érudition et un texte qui est passé complètement à côté du sens  de cette page d’histoire et à côté de la réalité vécue par ces hommes emmenés dans le tourbillon de  la guerre au prix de leur vie. Comme l’écrit M. Charles Heimberg, professeur à l’Université de Genève : « Claude Barbier parvient sans doute à rendre compte de ses recherches en archives, mais il ne réussit guère à les mettre en perspective, ni à leur donner du sens, pris lui-même dans le déploiement idéologique d’une contre-mémoire qui brouille notre rapport critique au passé…Quant à la forte valeur symbolique de ce qui a été accompli aux Glières, et à sa signification au-delà des faits et après eux, il passe forcément à côté »[46].

            On se demande par quelle aberration de l’esprit, l’auteur a pu perdre le sens de l’importance relative des divers épisodes qu’il a évoqués. Comment peut-on faire des événements de mars 1943 sur les hauteurs de Draillant un « préambule » à Glières, alors qu’on laisse de côté  les maquis du reste de la Haute-Savoie et notamment ce qui se passe dans le secteur du Plateau ? Comment aller chercher un « vieux fond antifrançais »  alors que tout indique que l‘esprit de Résistance  qui se développe alors est par excellence un élan patriotique exaspéré par les trahisons de l’Anti-France de Vichy et qui va être le lien fondateur du maquis des Glières au-delà de tout ce qui pouvait séparer ces hommes si divers ? Par quelle volonté de dénigrement peut-on ne voir dans la montée au Plateau  que des maquisards qui veulent « se cacher » comme des gamins apeurés ? Par quel obscur besoin de « blanchir » les  ennemis de la Résistance essaie-t-on de les présenter presque comme de gentils négociateurs cherchant à éviter le pire pour ceux qu’ils assiègent alors qu’ils vont les pourchasser impitoyablement dès que l’armée allemande leur en donnera la possibilité ?

            Certes l’histoire des Glières a été trop souvent présentée, comme l’a été la Résistance en général, sous la forme d’une épopée nationale, dont on a exagéré les aspects héroïques et minimisé les défaillances. Mais il y a une marge entre vouloir restaurer la vérité historique et  choisir  systématiquement tout ce qui peut  rabaisser les acteurs de cette grande aventure au niveau du méprisable ?

            Le premier devoir d’un historien est d’essayer d’être objectif. Or, au contraire, l’auteur de ce livre se comporte comme s’il était un policier  qui, étant persuadé qu’il va confondre un coupable, ne retient dans son rapport que ce qui peut étayer sa conviction  fondée essentiellement sur ses préjugés, voire ses rancunes personnelles.  Voulant traquer ce qu’il appelle « la légende », il en crée une autre à sa mesure : celle  engendrée par un esprit pour lequel l’enthousiasme pour la liberté, le sens de la patrie, la volonté de servir la France, tout cela ne pouvait pas être sincèrement vécu sur le Plateau des Glières. Faut-il croire que certains de ceux qui écrivent sur l’histoire des hommes y projettent  leurs propres obsessions et, somme toute, une image d’eux-mêmes ?

 

            Mais, dira-t-on,    le livre que vous critiquez a été consacré par un jury de thèse  qui a décerné à son auteur un titre de « docteur » et avec des « félicitations ».

Face à cet argument d’autorité largement utilisé par M. Barbier, il convient de rappeler certaines réalités universitaires.

            La première est qu’une « thèse », en histoire,  pour être recevable obéit à des critères bien précis : un travail de recherche original, conduit avec un respect scrupuleux de toutes les sources d’information disponibles, dûment contrôlées, et exposées à l‘examen d’un jury qui juge en priorité la qualité « scientifique » du travail. Ses membres ne sont pas obligatoirement des experts du domaine précis de la thèse (en l’occurrence l’histoire de la Haute-Savoie pendant la guerre). Il n’est donc pas anormal que le postulant au titre de docteur se présente bardé d’informations que les membres de son jury  ne découvrent qu’à travers le compte-rendu qui leur en est fait dans le texte qu’ils doivent lire (fréquemment plus de mille pages comme c’est le cas pour cette thèse). Il est même conforme aux traditions universitaires de respecter les opinions exprimées par l’auteur, puisque précisément il lui revient d’exposer « une thèse » qui a forcément sa marge d’interprétation. Il appartient donc au « directeur de thèse »  de faire un rapport qui  résume les mérites du travail, fasse les critiques nécessaires, mais propose à ses collègues une décision finale sur la recevabilité de la thèse et le degré de son mérite universitaire. Or on ne peut ignorer que ce « directeur », M. Olivier Wievorka, enseignant à l’Ecole normale supérieure de Cachan, est le chef de file d’une nouvelle école d’historiens qui concentrent leurs efforts sur la dénonciation de ce qu’ils considèrent comme les « légendes » de la Résistance. Il ne faut pas s’étonner que son « élève » rédige un réquisitoire contre Glières[47].

            Certes M. Barbier a fait un travail de recherche,  moins poussé qu’il ne le dit mais tout à fait méritoire. Le problème est que ce travail a porté presque exclusivement sur des archives officielles en écartant par principe les « témoignages », sauf pour en retenir ce qui allait dans le sens de ses interprétations. Or chacun sait que la Résistance étant par définition clandestine, les documents « officiels » émanant de la Résistance sont forcément quasi inexistants, surtout dans le cas de Glières, où les quelques documents qui pouvaient exister au poste de commandement ont été détruits au soir du 26 mars. Restent donc les rapports de la police de Vichy, notamment les comptes-rendus des interrogatoires des prisonniers. Comment croire qu’ils ne sont pas biaisés ?  Par définition, ils ne contiennent que les déclarations de ceux qui ont « parlé ». Ceux qui ont pu se taire ne figurent pas dans ces procès-verbaux.

            Quant aux rapports d’activité de la Milice, force est de constater que M. Barbier se contente  de deux petites pages pour décrire le rôle pourtant capital de « la Milice dans la répression ».  Il aurait pu compléter les rapports faits par les Miliciens et confronter leur façon de présenter les événements en utilisant les récits faits par ceux qui ont eu la malchance de tomber entre leurs mains ? Evidemment, pour M. Barbier, ces récits sont a priori contestables. Croit-il que les rapports des policiers de Vichy sont plus objectifs que les récits des victimes de la répression ?

            En réalité, en laissant dans l’ombre  une bonne partie des actions de la Milice d’abord contre le Plateau puis dans la répression qui a suivi le 26 mars, M. Barbier s’applique à innocenter les Miliciens et leurs chefs. En minimisant l’ampleur de leurs moyens et de leurs actions, il évite de reconnaître que la Milice a subi une série d’échecs quand elle lancé ses attaques contre le Plateau et n’a été efficace  que dans la chasse à l’homme qu’elle a menée au service des Allemands avant, pendant et après Glières.

 

            Ce livre n’est pas le seul où M. Barbier donne toute la mesure de sa volonté de « démystifier » la Résistance, c’est-à-dire en pratique d’en faire le « procès » comme pour Glières. On est bien obligé de mettre en parallèle ce qu’il écrit sur Glières avec ce qu’il a écrit, à peu près dans le même temps, à propos de la tragédie d’Habère-Lullin sous le titre « Crimes de Guerre à Habère-Lullin »[48]. Car dans ce livre la volonté de nuire au crédit de la Résistance est manifeste : l’auteur met sur le même plan  les assassinats perpétrés par la police nazie le soir du 25 décembre 1943 et l’exécution de prisonniers allemands, dans les premiers jours de septembre 1944, pour des raisons qu’il ne rappelle que de manière tronquée et tendancieuse. Là aussi il s’agit bien d’un « réquisitoire ». Comme l’écrit également M. Charles Heimberg : « En laissant de tels mésusages de l’histoire se répandre sans autre dans l’espace public, c’est en réalité toute la transmission de ce passé traumatique qui se trouve menacée. En effet comprendre et faire comprendre les tragédies du XXe siècle et leur complexité aux nouvelles génération ne serait plus guère possible si nous nous en tenions à ces mises à plat, à ce relativisme, à ces simplifications caricaturales qui ignorent aussi bien l’ambivalence que la pluralité des postures et des parcours, à cette stigmatisation de la Résistance négligeant sciemment ce qu’elle a réalisé pour mieux l’inscrire dans le sombre tableau d’une société glauque, avec comme premier effet de banaliser les actes criminels de tous les fascismes. »[49]

 

 

            Face à cette approche de l’histoire par  ces nouveaux  révisionnistes  que dénonce à juste titre notre éminent voisin Genevois, plaçons la vision d’un homme dont l’honnêteté intellectuelle et morale a pu être appréciée par ses camarades de la Résistance et ensuite par sa ville d’Annecy dont il a été longtemps l’élu : Alphonse Métral. Il fut le pionnier du maquis de Manigod avant de devenir le bras droit de Tom Morel au poste de commandement du Plateau, puis l’un des artisans de la renaissance de l’Armée Secrète dans ce département après Glières et jusqu’à la Libération. Voici ce qu’il écrivait il y a déjà de nombreuses années, bien avant toutes les controverses en cours :

 

« Glières n’aurait pu être que le site de parachutage choisi par les Alliés en janvier 1944 pour armer les maquis de Haute-Savoie. S’il est devenu un fait d’armes héroïque témoignant de la résolution de la Résistance face à l’anti-France de Vichy et à l’occupant allemand, il le doit à l’état d’esprit exemplaire qui anima ses hommes.

Venus de toutes les régions de France, pour la plupart refusant de se soumettre au service du travail obligatoire en Allemagne, ces jeunes de 18 à 25 ans ont été accueillis et hébergés par les Haut-Savoyards, puis entraînés par les cadres du 27ème BCA porteurs de leurs compétences et de leurs traditions militaires. L’isolement, la faim, le froid, la solitude de la montagne et les périls grandissants scellèrent leur solidarité dans la vie et dans la mort.

Leurs chefs, animés d’une foi ardente dans l’avenir de la France, partagèrent avec eux l’espérance de la libération et la volonté de faire face à l’ennemi.

Bien que d’origines et d’horizons politiques divers, et même pour certains de pays étrangers, faisant partie d’organisations de Résistance différentes (AS et FTP), tous s’unirent dans une même ardeur pour faire triompher la liberté en prenant pour devise  « Vivre libre ou mourir ».

Le premier commandant du Plateau des Glières, le lieutenant Théodose Morel, dit Tom, à l’autorité si exigeante mais si fraternelle et si présente à tous malgré les distances qui séparaient leurs cantonnements et leurs postes de combat, fut pour eux l’incarnation de leurs espoirs et de leur volonté. Sous ses ordres, puis, après sa disparition tragique, sous celle du capitaine Anjot, dit Bayart, à qui il allait revenir de conduire un combat inégal face à la Wehrmacht, ces jeunes maquisards firent preuve de la forme la plus désintéressée et la plus pure du combat de la Résistance : pas d’arrière-pensées, pas de calculs personnels, pas de visées partisanes, mais la France, rien que la France, qui méritait bien, pour eux, cet absolu dévouement. »

En se faisant l’âme d’une communauté fortement unie par les circonstances et par l’idéal, «  l’esprit Glières » devint un élan fraternel unissant des hommes qui se sentaient responsables d’un même avenir. Cet «  esprit  Glières », ce fut la volonté au service de l’espoir, l’enthousiasme de la jeunesse pour la liberté reconquise, la mystique de la libération en vue d’une France fraternelle qui serait comme une vaste extension de la communauté du Plateau.

Voilà pourquoi Glières reste, aujourd’hui encore, une exceptionnelle source d’inspiration, notamment pour les générations nouvelles, qui peuvent y trouver une illustration sans pareille des valeurs qui fondent notre communauté nationale. »

 

                                                         

 

Jacques Golliet, mars 2014

 


[1] C’est bien le seul point sur lequel Claude Barbier est d’accord avec Pierre Golliet qu’il ne se prive pas d’attaquer dans ses conférences. On peut penser qu’il ne le connaissait pas vraiment, puisque dans sa thèse de doctorat, Claude Barbier (page 800), tout en précisant en note que Pierre Golliet était prêtre (ce qui était inexact au moment où il apporta son concours à la rédaction du livre : il était seulement séminariste après avoir été élève de l’Ecole Normale Supérieure et Agrégé de Philosophie et ne devint prêtre qu’en 1947…)  écrivait qu’il « avait épousé Madeleine Jourdan »  qui, en réalité, était Madeleine Golliet, la sœur de Pierre  avant de devenir l’épouse de  Louis Jourdan…On peut craindre que ce ne soit pas la seule bévue  que contienne cette thèse.

[2] C. Barbier, p.139 et 152. 

[3] Alain Dalotel, Le maquis des Glières, Plon, 1992, 402 p.

[4] Abbé Jean Truffy, Mémoires du Curé du Maquis des Glières, ATRA, 1979, 124 p.

[5] C’est par ce  nom que se désignent  ceux – peu nombreux – qui essaient d’entretenir le mythe d’une Savoie qui devrait reconquérir son autonomie, si ce n’est son indépendance.

[6] C. Barbier,  p.18.

[7] M. Barbier revient sur le sujet dans sa conclusion (p.364) et écrit : « Au travers des événements de Glières, le mythe gaullien de la France en résistance trouva en Haute-Savoie une forme de réalité – si l’on oublie le vieux fond antifrançais qui les sous-tendait ».

[8] Ces « événements » de 1944 qui occupent six pages de ce livre (p.53-59), sont présentés en dix lignes par Bernard Néplaz  (qu’on ne saurait soupçonner de parti pris contre les FTP du Chablais) dans son livre « Le Chablais dans la Tourmente », éditions ANACR Chablais, 2012,180 p.

[9]  C. Barbier, p. 53

[10] Félix Plottier, Guerres et Montagnes, Ouragan Graphic, 1998, 379 p.

[11] Voir  Michael R.D.Foot, Des Anglais dans la Résistance, pp.361-362,éd.Taillandier 2008, 799 p. et  fiche « Peter Churchill » dans le Cdrom Résistance en Haute-Savoie AERI 2006.  

[12]   Michael R.D. Foot, p.367.

[13] C. Barbier, p..52

[14] Notons au passage que, grâce aux agents de la Résistance infiltrés dans ce service,  les rapports  qui en émanaient et  qui, aujourd’hui, servent pourtant souvent de référence pour certains historiens, étaient évidemment rédigés dans le sens le plus utile à la Résistance possible et « nettoyés » de ce qui pouvait lui nuire, sans parler du repérage des lettres de dénonciation permettant d’éliminer leurs auteurs…

[15] Six habitants d’Annecy attaqués à leurs domiciles dont quatre sont tués et deux blessés

[16] C. Barbier p.52

[17] Comme lorsqu’un Milicien avait eu un moment de « faiblesse » à l’égard d’un maquisard ancien « camarade de régiment » rapidement remis dans la bonne ligne par un de ses chefs qui l’assure que ce maquisard avait été « un assassin » (voir la lettre  de ce Milicien à son père, dans Michel Germain, Histoire de la Milice, p.242-244).

[18] Sur le massacre d’Habère-Lullin, M. Barbier a une opinion bien particulière qu’il a exprimée dans son livre paru en décembre 2013  sous le titre provocateur « Crimes de guerre à Habère Lullin » où il place sur le même plan celui de décembre 1943 commis par la police allemande et l’exécution de prisonniers allemands par la Résistance, après la libération, pour des raisons que M. Barbier juge bon de récuser.

[19] C. Barbier p.101

[20] C. Barbier p.143 et 363 : « Montés à Glières pour se cacher puis recevoir des armes »..

[21]  Id. p.144

[22] C’est bien ce qui se produisit, sauf que, à cause d’une météo défavorable, un seul parachutage arriva à la fin de la « lunaison » : dans la nuit du 14 février.

[23] La commune s’appelait alors «Le  Bouchet de Serraval » mais est devenue, après la guerre, «Le Bouchet Mont-Charvin ». C’est sous ce nom qu’on la trouve désormais identifiée.

[24] En fait, le Maquis comptait suffisamment de complicités pour que ces véhicules aient été trouvés sans problèmes, moyennant, tout au plus, un « bon de réquisition » à valoir pour l’avenir….

[25] Notons cependant que ce même maquisard, Benoît Gervasoni, qui a écrit son journal pour toute la période du Plateau, a par ailleurs, entre autres, une phrase que, évidemment, M. Barbier n’a pas transcrite : à la date du 20 février où vient de se dérouler la première prise d’armes  au cours de laquelle Tom Morel s’adresse à ses hommes rassemblés et leur lance la devise « Vivre Libre ou mourir », il écrit simplement : « je ressens une joie formidable : OUI (écrit en majuscules)  ça existe la Patrie » (avec une majuscule). Est-ce le mot « patrie » qui gêne M. Barbier ?

[26] N’oublions pas que le Plateau n’a jamais eu un « tableau d’effectifs », surtout après l’arrivée des renforts du 12 mars dans une situation compliquée et rapidement dramatique que le capitaine Anjot n’a eu qu’une semaine pour essayer de  contrôler avant  de se trouver dans l’obligation de donner l‘ordre de dispersion.

[27] Il n’apporte pas de connaissance nouvelle par rapport à ce qu’ont décrit avant lui  MM. Alain Dalotel et Michel Germain. On peut regretter toutefois que sa description soit émaillée de quelques réflexions qui se veulent « intelligentes » qu’on s’abstiendra de relever.  Sauf, au passage, comme exemple,   cette phrase, à propos du fait que nous n’avons que peu de « sources écrites » sur le sujet important du ravitaillement du Plateau : « Evidemment, dans une littérature qui insiste  sur les actions contre l’ennemi, il est plus valorisant de narrer les faits d’armes que d’évoquer le transport des tommes ou des reblochons ». Ce  qui veut être un trait d’esprit,   montre surtout que son auteur ignore que les « reblochons » n’ont jamais été au menu des maquisards, pour la bonne raison que, à l’époque, toute famille paysanne vivait de la « tomme maigre » faite à partir du lait écrémé, pour pouvoir fabriquer du beurre au moins pour sa propre consommation. Si elle fabriquait du reblochon c’était uniquement pour le vendre, car il était plus « rémunérateur » que la tomme…Evidemment ce n’est pas une information qu’on peut trouver dans les rapports de la police de l’époque.

[28] Jean-Louis Crémieux-Brilhac, « La Bataille des Glières et la Guerre Psychologique », Revue d’Histoire de la 2e guerre mondiale, n°99, juillet 1975, p.45-72, réédité par l’Association des Glières en 2004

[29] On trouvera ces mots, successivement,  C. Barbier p.199, 206,235.

[30] Id.p.202

[31]  Ce que fait aussi M. Barbier non seulement dans ce cas précis mais pour toutes les « exécutions » de dénonciateurs et autres collaborateurs. Juridiquement il n’a pas tort. Mais  les Résistants sont-ils donc collectivement, pour M. Barbier, des « assassins », comme le prétendent ceux qui encore aujourd’hui se font les avocats de la Milice et de la Collaboration ?

[32]  Notamment à ce qui était « la gare de Thônes » où habitait la famille d’Alfred et Jeanne Golliet…

[33] On a entendu un Milicien lancer aux hommes regroupés à la Mairie : « à Thônes,  vous avez assassiné notre chef : vous aller le payer ! ». En réalité, le 21 novembre 1943, le corps-franc de Thônes avait seulement le but de faire prisonnier ce chef, Gaston Jacquemin, accompagné de deux Miliciens. Mais l’affaire avait tourné en affrontement causant la mort de Jacquemin et de son adjoint.

[34] C. Barbier p. 200

[35] Id. p.226

[36]  Id.p.361

[37]  « Vivre Libre ou Mourir, Plateau des Glières, Haute-Savoie 1944 », édité par l’association des Glières, Annecy, février 2014,et distribué par la Fontaine de Siloé, 306 pages,

 

[38]  C. Barbier : “Crimes de Guerre à Habère-Lullin », édit. La Salévienne, décembre 2013. On lira avec intérêt la critique qu’en a faite, le 22 janvier 2014, sur Média Part, M. Charles Heimberg, Professeur à l’Université de Genève , sous le titre : « Brouillage mémoriel sur la Haute-Savoie ».

[39] C. Barbier, p.355

[40]  « Vivre Libre ou mourir, Plateau des Glières Haute-Savoie 1944 », Association des Glières et Fontaine de Siloé

[41] idem

[42] Sur Médiapart « Chroniques pour mémoires »,  16 mars 2014

[43] C.Barbier,  p.302

[44] Id. p.374

[45] La Résistance en Haute-Savoie et la Cour Martiale du Grand-Bornand

[46] Charles Heimberg, « La Résistance aux Glières : développer son histoire ou la dénigrer ? », dans  Chroniques pour mémoires, Médiapart, 17 mars 2014.

[47] L’un des membres les plus éminents de ce jury, M. Jean-Pierre Azéma, le 5 février dernier,  a envoyé une lettre à l’association des Glières, se démarquant radicalement de « l’attitude » de Claude Barbier et concluant par cette déclaration « Vous pouvez  d’ores et déjà écrire que je m’associe à titre personnel à l’action de l’Association des Glières. »

[48] Publié par « la Salévienne », Saint-Julien, en décembre 2013

[49] Charles Heimberg, Brouillage mémoriel sur la Haute-Savoie, Genève, Médiapart, 22 janvier 2014

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