Journal International de médecine
Le modèle français tente des Allemands en burnout
Publié le 08/02/2012
Berlin, le mercredi 8 février 2012 Les éditorialistes et les humoristes
français se sont amusés la semaine dernière à comptabiliser le nombre de
fois où lors de sa récente interview télévisée, le président de la
République, avait vanté les mérites du « modèle allemand ». De l¹autre côté
du Rhin, c¹est un autre sujet qui alimente les facéties des chansonniers :
la propension croissante des grands cadres ou des célébrités à évoquer leur
épuisement professionnel, bref de faire leur « coming burnout ».
La France citée en exemple comme modèle d¹art de vivre !
Au-delà de la plaisanterie, l¹Allemagne apparaît aujourd¹hui submergée par
la fatigue de ses salariés, cadres ou non. L¹année dernière, le mot «
burnout » a été classé sixième « mot de l¹année » par la société de langue
allemande. De fait, ce trouble a fait la une de nombreux journaux, tandis,
que le quotidien Frankfurter Allgmeine Zeitung regrettait récemment que le «
burnout, sur lequel on écrit si souvent en Allemagne, n¹est presque pas une
préoccupation en France » qualifiée par le journaliste de « championne de
l¹art de vivre » !
Neuf millions d¹Allemands épuisés
Le sujet est également pris très au sérieux par les syndicats et le
gouvernement. Pouvoirs publics et représentants des salariés s¹accordent en
effet pour affirmer qu¹un tiers des départs en retraite anticipés serait lié
à des troubles psychiques, tandis que neuf millions de personnes seraient
victimes d¹un syndrome d¹épuisement professionnel. Conséquence de ce
phénomène délétère : les arrêts de maladie liés au surmenage explosent. Les
caisses d¹assurance maladie AOK affirment ainsi que le nombre d¹arrêts de
travail provoqués par le burnout a augmenté de 80 % en dix ans.
Une démographie exténuée
Le coût de cet épuisement professionnel ne pèse pas uniquement sur
l¹Assurance maladie, mais aussi sur les entreprises. IG Metall estime à 27
milliards par an le coût sanitaire des mauvaises conditions psychiques des
salariés allemands, tandis que le ministre du Travail Ursula von der Leyen
juge que le manque à gagner pour les entreprises oscille entre 8 à 10
milliards d¹euros. Aussi, des mesures sont-elles aujourd¹hui déployées.
D¹une part, Ursula von der Leyen vient de déclarer « la guerre aux
souffrances psychiques liées au travail », tandis que dans de nombreuses
entreprises des dispositifs ont été mis en place pour soulager les salariés.
Réunions plus fréquentes pour évoquer l¹ambiance au travail, suspension de
l¹envoi des mails professionnels après une certaine heure ou encore
possibilité d¹adapter plus facilement ses horaires sont autant de solutions
choisies par les grandes entreprises pour améliorer la santé mentale de
leurs salariés. L¹enjeu est de taille dans un pays où la main d¹¦uvre est
plus rare et vieillie. « Notre démographie est telle que nous ne faisons pas
face à un excès de main d¹oeuvre mais plutôt à une pénurie. Il est fini ce
temps où une entreprise pouvait se dire "celui-ci ne tient pas le coup,
qu¹il s¹en aille, on va trouver quelqu¹un d¹autre » remarque Ursula von der
Leyen. La France, à la démographie plus florissante, est relativement
épargnée par ce type de difficulté, même si les troubles psychosociaux liés
au travail sont loin d¹être rares.
Aurélie Haroche
Billet de blog 20 février 2012
Le modèle français tente des Allemands en burnout -un extrait du Journal International de Médecine - Article d'Aurélie Haroche
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