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Billet de blog 6 avril 2017

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Face à l'urgence, la stratégie du choc

Comment utiliser les prochaines élections pour sortir de l'impasse, tenter d'échapper au système et reprendre en mains notre destin ? Il existe une voie étroite, un peu hasardeuse certes mais somme toute préférable au renoncement.

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                   FACE A L’URGENCE, LA STATEGIE DU CHOC

Le néolibéralisme est une calamité qui s’est emparée du monde avec la complicité active des gouvernements de tous bords. Il se traduit par une politique économique consistant à « marchandiser » tout ce qui peut l’être et à laisser jouer les « marchés » sans entrave. Ce système, initié dans les pays anglo-saxons dans les années 1980, n’opère pas de manière uniforme partout, il s’est introduit chez nous sous l’ère Mitterrand tout en préservant la protection sociale qui nous est propre.

Au fil du temps le système a étendu son emprise, singulièrement au sein de l’UE avec les traités de Maastricht et de Lisbonne, ce dernier se substituant  au projet de « constitution », rejeté par référendum national en 2005 et qui visait  à graver dans le marbre des politiques monétaire et budgétaire conformes au dogme néolibéral. Cela s’est traduit notamment par la création de la BCE et de la monnaie unique, l’institution de la règle des 3% de déficit budgétaire, etc , etc.  

C’est Sarkozy qui, au nom de la France, a signé le traité de Lisbonne, bafouant ainsi l’expression du vote populaire de 2005. Il a aussi dû faire face à la crise financière initiée en 2007-2008 aux USA en renflouant, à l’instar des autres gouvernements,  les principales banques nationales ayant spéculé sur les titres de dette d’ Outre-Atlantique, ce qui a eu pour effet de creuser un peu plus le déficit public.

Il est maintenant clairement établi que depuis les mesures de  déréglementation des années 80 l’industrie financière mondiale a pris un essor fulgurant par le jeu de spéculations tous azimuts, sur toutes sortes de produits « innovants » tels que les produits dérivés, de la part non seulement des banques mais aussi d’une multitude d’organismes financiers « d’investissement » tels que les fonds de pension, autrement appelés caisses de retraite, par exemple.

Au final, le nouveau capitalisme financiarisé, sous l’emprise duquel est placée l’économie mondiale est un système prédateur de détournement de la valeur produite par les salariés au profit des actionnaires. Une illustration éclatante en a été récemment fournie par l’exposé du programme Fillon originel, prévoyant par exemple des baisses d’impôts pour les plus riches (la suppression de l’ISF…) et de nouvelles réductions de charges pour les entreprises faisant suite au CICE et  autre  Pacte de Responsabilité du sinistre Hollande (40 Mrds d’euros/an) , le tout « compensé » par…une hausse de la TVA !

Le rôle prédateur du capitalisme  actuel est fermement établi et bien documenté y compris par des repentis du néolibéralisme: extension des inégalités de revenu avec une progression fulgurante du précariat et de la pauvreté au sein des nations appartenant à l’OCDE ainsi qu’entre ces dernières et les pays du sud, destruction des emplois industriels dans les pays développés ( même TRUMP en a fait un cheval de bataille, c’est dire…), destruction des économies de subsistance dans les pays pauvres singulièrement en Afrique subtropicale et mise en cause délibérée de la survie de l’humanité, rien de moins, par la folie extractive des multinationales du secteur des combustibles fossiles.

Avec le réchauffement climatique qui est devenu une réalité et dont l’homme est responsable, la vie sur terre va devenir impossible à brève échéance au regard de toute l’histoire de l’humanité (quelques centaines de milliers d’années). Il faut dès maintenant instruire le procès de TRUMP et de ses semblables ; les peuples et en premier lieu les futurs « réfugiés climatiques » sont habilités à le faire mais l’urgence est de changer de mode de fonctionnement. Ceci peut aider à cela.

Dans un autre ordre d’idée la spécificité du capitalisme financier, se caractérisant par la formation d’énormes « bulles » de crédit tout entières dédiées à la spéculation, est une menace permanente pour la planète soumise à la dictature des marchés. On connait la recette appliquée : privatisation des profits et socialisation des pertes…Lors qu’une bulle éclate c’est une nouvelle crise financière avec le « sauvetage des institutions responsables » et le creusement des déficits…

Pour toutes ces raisons il faut mettre à bas ce système que l’on peut qualifier de criminel. A partir de maintenant « l’économie » consistant à favoriser l’enrichissement de « 1% de la population mondiale au détriment des 99% restants » doit être déclarée illégitime et combattue, seule doit être déclarée valide une économie de survie permettant aux populations de subsister sur le territoire qu’elles occupent. Il conviendra, en parallèle, de lutter contre la surpopulation notamment dans les pays en développement.    

Face à cette situation catastrophique comment se présentent les élections toutes proches ? Les augures nous promettent deux finalistes probables : LE PEN et MACRON avec l’élimination au premier tour des candidats des vieux partis dits de « gouvernement ». On ne va pas s’en plaindre car ceux- là (et surtout leurs prédécesseurs !) qu’ils soient de droite ou prétendument de gauche, admirablement épinglés par MLP sous le sigle UMPS, sont ceux-là même qui  ont contribué à créer ce marasme. L’élimination annoncée de Jean Luc Mélenchon (JLM)  me chagrine car c’est le seul qui tienne un discours cohérent à mes yeux et propose des mesures concrètes notamment de désobéissance aux traités européens afin de nous libérer du carcan qui nous est imposé par cette institution dévoyée. Bref, il est mon champion ! Mais rien n’est perdu à ce stade.

« Au premier tour on choisit, au second on élimine ! » J’éliminerai donc en votant, n’en déplaise à JLM, qu’il me pardonne,  Marine LE PEN, avec les trois objectifs suivants:

1.     Faire barrage à Macron qui n’est rien d’autre qu’un produit du système et déterminé à persévérer dans la voie ultralibérale de ses prédécesseurs (Sarko/Hollande). Un quinquennat Macron ( ou Fillon !) c’est cinq années supplémentaires de perdues même si on peut gager que la société civile finira par se réveiller, notamment les associations de citoyens et les syndicats de salariés, ces derniers semblant malheureusement frappés, pour le moment, d’une myopie affligeante, 

 2. Envoyer un signal fort à l’oligarchie au pouvoir en Europe. On n’en veut plus de leur Europe, celle de Merkel et de son ministre Schauble, fondés de pouvoir de « l’ordolibéralisme rhénan », celle du ci-devant Junker, boss d’un des plus puissants paradis fiscaux européens, toujours actif et présentement président de la commission européenne laquelle élabore des projets de loi applicables à tous sous la dictée des lobbies financiers et prend prétexte d’une dette provenant en grande partie de l’irresponsabilité des banques pour imposer aux peuples l’austérité sans fin, celle d’un Moscovici, agent du gouvernement Hollande à Bruxelles, chargé de défendre là-bas les intérêts bien compris des banquiers nationaux, en veillant particulièrement à ce que la taxe sur les transactions financières en projet ne soit pas trop « pénalisante », etc, etc,

A mes yeux cette Europe- là s’est définitivement disqualifiée en 2015 avec les traitements ignominieux infligés au peuple grec, mais les traités, eux, demeurent…

3.     Donner à MLP l’occasion d’accéder au pouvoir, en satisfaisant les points 1 et 2,  puis… de disparaître avec ses fans au bout de 6 mois sous l’effet du piège dans lequel elle s’est elle-même enfermée : « j’organiserai dans les premiers mois de mon mandat un référendum sur la sortie de la France de l’UE…et je quitterai mes fonctions si je suis désavouée ».

Qu’on la croie ou non n’a pas grande importance ; son programme économique inconsistant et la très grande probabilité pour que les milieux d’affaires la reprennent en mains, car ceux-ci n’aiment rien tant que « l’ORDRE » même si celui-ci n’est pas tout à fait républicain, peuvent faire que tout cela tourne mal. Mais l’autre terme de l’alternative c’est-à-dire se résoudre à attendre passivement la catastrophe est encore moins réjouissant.

 Tant pis s’il faut en passer par là donc, vous n’imaginez tout de même pas vous débarrasser de ce capitalisme- là, qui règne sans partage depuis plus de 30 ans, en glissant simplement une enveloppe dans une urne…Si c’était possible, ça se saurait ! Et puis, n’oublions pas le « 3ème tour » des législatives où nous retrouverons notre liberté de choix. En ce qui me concerne ce sera un vote d’insoumis car il n’est pas question de laisser tout le FN s’engouffrer dans la brèche.

 Oui, MLP en présidente obligée de composer avec une Chambre Insoumise, ça ne me déplairait pas…Par défaut bien entendu.

Voilà, devant l’urgence, ce serait ma manière toute personnelle de tenter de mettre en œuvre cette fameuse « stratégie du choc » si chère aux néocons d’Outre-Atlantique (lire Naomi Klein !) qui seule peut nous sauver.      

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