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Billet de blog 20 mai 2012

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L'Allemagne repart au charbon (tître repris de l'hebdomadaire Politis N°1203)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'occasion est trop belle et je ne vais certainement pas la manquer, celle de mettre l'hebdomadaire Politis face à l'inconsistance de son approche des problèmes énergétiques, tant le dogmatisme antinucléaire de la rédaction annihile en eux tout esprit critique sur le sujet. Voilà un bel exemple d'autosuggestion récurrente...

L'article en référence, signé Rachel Knaebel, est bougrement intéressant et je reconnais volontiers que la journaliste a fait un excellent travail...de terrain. Il s'agit de projets d'ouverture de nouvelles mines de lignite (à ciel ouvert) de la part de la Société VATTENFALL dans le Brandebourg et en Saxe, pour l'alimentation de ses centrales électriques. Dans cet article, RK rappelle fort justement que:

         "L'Allemagne tire toujours plus de 40% de son électricité du charbon (24% du lignite, 18% de la houille). La proportion n'a pas augmenté avec l'arrêt de huit réacteurs nucléaires en 2011, après Fukushima (la part de l'énergie atomique dans la consommation électrique allemande est passée de 22 à moins de 18%, celle des énergies renouvelables est montée à 20%).Le projet de transition énergétique du gouvernement d'Angela Merkel ne présente aucun plan de sortie du charbon." et, un peu plus loin: "Vattenfall pourra ainsi continuer à extraire du charbon (du lignite en fait) jusqu'à 2070 au moins".

Dans l'enquête de terrain qui suit, la journaliste explique, interviews à l'appui, comment s'organise la contestation au plan local à la perspective des bouleversements annoncés tels que: expropriations et déplacements de populations, destructions de paysages (qui peuvent être reconstitués ultérieurement...) sur des milliers d'hectares et "last but not the least!" une production massive de CO2 tant que les techniques de captage-stockage n'ont pas fait la preuve de leur faisabilité. Elle aurait pu, ne serait-ce que, mentionner la nuisance redoutable que représentent les pluies acides provenant du soufre inclus dans le lignite, qui ont donné lieu dans le passé, notamment en Bavière, à de violentes campagnes de la part des écologistes. Nul doute que la tonalité générale de l'article est bien celle de l'indignation.

Maintenant, je ne peux m'empêcher de relever qu'elle se fourvoie avec les contestataires du Brandebourg (Amis de la Terre et autres Verts) quand ceux-çi avancent que "ce charbon supplémentaire, le Brandebourg (qui n'abrite pas de centrale nucléaire) n'en a pas besoin", ou que " 50% de l'electricité produite est livrée ailleurs dans le pays (en Allemagne) ou en Pologne" etc, etc...tout cela dénotant une parfaite méconnaissance (de la part des Verts en question naturellement...) du fonctionnement des réseaux électiques et de leur profonde interconnexion à l'échelle européenne, ce qui permet de pallier, en principe et bien evidemment dans certaines limites, toute défaillance de founiture locale (l'absence de vent par exemple...). Le summum en la matière serait atteint avec le projet NEGAWATT qui consiste à ne garder que les seules énergies renouvelables et s'appuie pour ce faire sur des réseaux dits "intelligents" propres à transporter des quantités énormes d'électricité du nord vers le sud quand le vent souffle au nord et du sud vers le nord dans le cas contraire. (Je caricature à peine...). Rappelons qu'une tentative de reprise en secours du Danemark, qui manquait de vent, par la Suède a lamentablement échoué il y a quelques années et donné lieu à un black-out historique de tout le nord de l'Europe.

Je ne doute pas que l'interconnexion des réseaux ait été renforcée depuis, mais ce qui doit être possible entre deux pays voisins dont l'appelant est de taille modeste, me semble difficile à réaliser à l'échelle d'un pays grand comme l'Allemagne qui, pour complaire aux écologistes, serait tout à la fois "sorti du nucléaire et sorti du charbon."

Et le gaz, alors?... Justement, allons voir de plus près.

A ce stade, force est de constater que si, pour l'ensemble de l'Europe, la consommation d'énergie stagne, 54% de l'énergie consommée dans l'Union est importée (voir l'excellent dossier "Europe: l'urgence énergétique" publié dans le dernier numéro d'Alternatives Economiques).

On y découvre notamment une dépendance très forte à l'égard de la Russie puisque celle-ci pourvoit pour un tiers aux importations de pétrole brut et de gaz naturel et pour un "petit" tiers à celle de charbon. Au total, 4% du PIB européen sont consacrés aux importations d'énergie.

De surcroît, la sécurité des approvisionnements est loin d'être garantie et pour ce qui concerne le gaz il suffit de rappeler les crises périodiques de fourniture entre la Russie d'une part, l'Ukraine et l'Europe d'autre part. 

Il y a surtout lieu de s'alarmer à la lecture du blog de Marie Caroline Porteu dans Médiapart. Dans son article  en date du 10.05.2012 intitulé: "Ceci n'est pas un complot, c'est une statégie reposant sur des analyses de fond", MCP explique comment les principales banques d'investissement américaines s'apprêtent, avec la complicité de la Commission de Bruxelles, à mettre la main sur les réseaux d'approvisionnement et de distribution de gaz en Europe, au travers du "Carbone Disclosure Project" destiné normalement à freiner les émissions de carbone dans l' Union.

Inutile d'épiloguer sur le pouvoir de nuisance d'un tel dispositif !

Pour conclure ce rapide aperçu d'une situation fort complexe et boucler ma démonstration, il me faut revenir à Politis qui, dans ce même numéro, dévoile un document explosif d'EDF (p.4) selon lequel 20 réacteurs sur les 58 actuellement en service devraient être arrêtés d'ici 2020...Si c'est avéré, c'est un projet très alarmant à mes yeux compte tenu de tout ce qui précède et qui démontre amplement:

                            -1/ qu'il faut diversifier les sources donc bien évidemment faire appel aux énergies renouvelables en ayant pleinement conscience des contraintes qui leur sont attachées,

                            -2/ qu'il ne faut négliger aucune source énergétique et certainement pas le nucléaire qui, répétons-le, nous garantit une certaine indépendance tant qu'il n'y a pas de tensions sur le marché de l'uranium. Après il faudra passer à d'autres filières actuellement à l'étude.

Mais ce qu'il y a de plus navrant c'est bien la "chute" de la brève de Politis:

" EDF dément....Un tort. C'est un beau projet!"

Ne vous semble-t-il pas qu'on atteint là le degré zéro de la réflexion en matière de politique énergétique ?

JK le 19.05.2012

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