Vers un bloc politique réactionnaire ?

Le maintien de François Fillon le dimanche 5 mars comme candidat LR à la présidentielle traduit un éclatement de la droite autoritaire et donc une recomposition en cours de cette droite qui a été à l'origine de la Ve République. Cette recomposition peut favoriser le Front National. Différentes possibilités politiques s'ouvrent dans le cadre du capitalisme informationnel numérique actuel.

Malgré sa chute dans les sondages, malgré la désaffection d'une grande partie de son équipe, François Fillon se maintient comme candidat LR à la présidentielle, soutenu par la cathosphère militante intégriste de droite qui a mobilisé pour lui plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Comment interpréter cette situation ?

Il s'agit d'une crise profonde de la droite autoritaire - dite "bonapartiste" selon la trilogie des droites du politologue René Rémond. Cette droite est de fait coupée en deux, entre des élus qui veulent être réélus par une alliance de second tour avec la droite des notables (Modem, et maintenant Macron) et d'autres qui peuvent, à terme, s'allier au Front National.

Car le Front National, résurgence de l'extrême droite française, qui s'était alliée à la droite des notables sous le régime de Pétain, a des possibilités de s'allier à une partie de la droite autoritaire, du fait de la mue "républicaine" du FN.

Regardons maintenant un peu plus dans la durée et sous l'angle socio-économique.

La mutation du capitalisme fordiste en capitalisme informationnel numérique  a fissuré socialement le capitalisme français  : des couches petits bourgeoises et travailleuses traditionnelles sont des laissés pour compte de cette mutation. Le chômage et la précarité ont augmenté.

Des solutions nationalistes,type FN ou LR à la Fillon, peuvent accentuer la fragmentations des classes travailleuses entre travailleurs français et étrangers, en suscitant la haine de l'étranger, pour parfaire cette mutation  de façon autoritaire. Un bloc politique réactionnaire  peut se mettre en place regroupant sur une base nationaliste des patrons, gros et petits, des travailleurs laissés pour compte, des chômeurs et des retraités. 

Quelles sont les autres possibilités ?

Les élections présidentielles en France sont, du fait de la vacuité de la présidence Hollande, particulièrement riches en possibilités politiques. Nous pouvons les analyser à l'aune d'une compréhension - sommaire à ce stade - des classes sociales en présence en lien avec les forces politiques.

La solution Macron regroupe, derrière la droite des notables, des grands bourgeois à l'aise dans la mondialisation néo-libérale, des couches moyennes  travailleuses qui ont intérêt à la poursuite des innovations du capitalisme informationnel numérique dans le cadre du grand marché européen. Elle vise une éventuelle démocratisation limitée à l'échelle nationale, pour faire participer des couches moyennes, tout en gardant l'oligarchie à l'échelle de l'UE et de l'Etat français, aux côtés des grands bourgeois au processus de mutation socio-économique.

La solution Hamon regroupe derrière la gauche réformiste des couches moyennes travailleuses et des précaires, soutenus dans leur précarité par un revenu d'existence, pour démocratiser l'Union européenne dans le cadre du grand marché européen. La social-démocratie a transféré son projet de démocratiser l'Etat national par le haut vers une démocratisation par le haut du fonctionnement oligarchique de l'Union européenne.

La solution Mélenchon - France Insoumise - derrière la gauche mouvementiste vise à regrouper l'ensemble des classes travailleuses, des chômeurs et précaires, quelles que soient leurs origines, et les mouvements sociaux populaires libérateurs pour démocratiser radicalement la société par le bas, d'abord à l'échelle nationale, quitte à faire éclater le fonctionnement oligarchique de l'Union européenne pour en reconstruire à terme un nouveau. C'est une solution de rupture par rapport à l'ordre capitaliste existant, car liant le social, l'écologie, la démocratie, dans un projet de révolution citoyenne écosocialiste, transformant profondément l'ordre productif existant. Elle demande la constitution d'un bloc social et politique majoritaire, qui peut venir d'une alliance démocratique, sous hégémonie de la gauche mouvementiste, avec la gauche réformiste, contre le bloc réactionnaire autoritaire.

Quatre grands projets sont donc en concurrence du point de vue politique, tous prenant en compte le capitalisme informationnel numérique, pour ces élections présidentielles en France : le projet réactionnaire autoritaire (FN-LR Fillon), le projet oligarchique moderniste (Modem/ Macron), le projet démocratique d'en haut (PS-Hamon), le projet démocratique d'en bas (FI-Mélenchon). Ce dernier projet vise à une rupture avec le tournant néo-libéral du capitalisme globalisé actuel et ouvre sur la perspective d'un écosocialisme libérateur. Pour les générations futures et pour le plus grand nombre, c'est le projet le plus prometteur, ayant pour objectifs la préservation de notre patrimoine naturel et le développement humain de toutes et de tous.  Il reste à le consolider et à le rendre de plus en plus crédible dans l'opinion, face à l'autoritarisme de la Ve République..

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.