La construction démocratique de la France Insoumise

Après ses succès à la présidentielle et aux législatives, le mouvement politique de la France Insoumise, constitué autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, aborde la phase de sa structuration pérenne, en dehors des périodes électorales. Elle peut devenir un mouvement politique de masse, en s'appuyant sur les expériences démocratiques acquises au bout d'un an de fonctionnement.

1.Il est nécessaire de construire et de développer la France Insoumise, comme mouvement politique de masse, alternatif à tous les autres partis et mouvements politiques français, à partir de son expérience réussie depuis un an, notamment la Convention nationale programmatique de Lille, qui a voté le programme « l’avenir en commun » et les dix mesures prioritaires ;  l’élection des binômes pour les élections législatives en assemblées générales de circonscription, qui a permis la désignation, à parité femme-homme, de candidat-e-s en lien avec un comité électoral national ;  la consultation des membres du mouvement sur Internet concernant le deuxième tour des élections présidentielles.

Suite à diverses discussions entre insoumis, à Marseille comme à Paris et aux amphis d’été, il me semble que l’on peut formaliser la coordination démocratique de la France Insoumise de la manière suivante, après la séquence de la présidentielle et des législatives, pour aborder les nouvelles échéances politiques et développer le mouvement afin de mettre en œuvre progressivement le programme « l’avenir en commun » dans la société.

Dans ces propositions, la France Insoumise mettra déjà en pratique en son sein les principes démocratiques et pluralistes qu’elle veut mettre en place dans le pays, tels qu’ils sont affirmés dans son programme et ses livrets thématiques.

 2. La campagne présidentielle autour de Jean-Luc Mélenchon et les législatives qui ont suivi ouvrent la possibilité de construire un mouvement politique de masse démocratique en France : près de 20 % des voix à la présidentielle, 11 % en moyenne aux législatives, un groupe parlementaire, 560 000 personnes ayant soutenu par Internet un programme radical de transformation sociale, écologique et démocratique « l’avenir en commun », près de 5000 groupes d’appui formés. Tous les participants actifs à la campagne de la présidentielle et des législatives doivent pouvoir continuer à participer à la France Insoumise, qui deviendra ainsi un nouveau mouvement politique de masse en France, dans l’espace politique de la gauche radicale et mouvementiste.

 3. Internet change la donne : un mouvement politique de masse peut se construire, décider démocratiquement et rapidement en regroupant tous ceux qui soutiennent le programme du mouvement, en les consultant régulièrement, en organisant par Conventions et Assemblées générales locales la participation et la représentation. On peut donc définir comme participant du mouvement politique « La France Insoumise » tous ceux qui, par un clic sur Internet, en laissant leurs coordonnées ou par la signature d’un texte écrit (pour ceux non liés à Internet) en laissant une adresse et un téléphone, soutiennent le programme du mouvement politique de la France Insoumise « l’avenir en commun » et s’engagent à agir avec ce mouvement.

4. Les actions des participants du mouvement peuvent être très variées dans le cadre d’une stratégie visant à mettre en œuvre dans la société les propositions du programme « l’avenir en commun » : participation à des élections démocratiques, actions dans des associations, universités populaires, participation à des groupes locaux, actions collectives et individuelles diverses en fonction des capacités et des possibilités de chacune et de chacun.

5. Ces actions doivent être structurées afin de devenir collectives, ce qui n’empêche pas les initiatives individuelles. Les groupes locaux d’appui sont donc la structure de base de la France Insoumise, ouverts à tous les participants du mouvement, formés à partir de 3 personnes, sur la base d’affinités et de proximités locales pour organiser l’action collective des participants au mouvement. Chaque groupe est coordonné par un équipe de coordination élue et révocable devant les participants du groupe, à parité femme-homme. Dans un groupe de 3 personnes, le groupe et l’équipe de coordination sont confondus.

6. Les participants individuels et les groupes d’appui doivent avoir le droit à l’expérimentation. Dans le cadre des objectifs du programme « l’avenir en commun », ils ont le droit d’expérimenter toute forme d’action permettant d’agir pour les objectifs de ce programme : par exemple, jeux vidéo éducatifs, fêtes populaires, murs de paroles, lieux alternatifs et toute forme d’activité pour atteindre et mettre en œuvre les objectifs du programme "l’avenir en commun"

7. Les participants individuels et les groupes d’appui doivent avoir le droit à l’objection de conscience, respectant leur personne comme individu. Les décisions des équipes de coordination et les décisions des conventions ou des assemblées générales, à tous les niveaux, ne s’imposent pas à eux, s’ils sont en désaccord. Sans pouvoir s’opposer à ces décisions, ils peuvent ne pas y participer.

 8. En plus des Assemblées Générales Locales, des conventions représentatives peuvent être mises en place à tous les niveaux territoriaux pertinents du mouvement : commune (et arrondissements dans les grandes villes ou regroupement d’arrondissements) ; département ; niveau national. Les équipes de coordination sont des exécutifs, chargés d’actions précises responsables devant les conventions représentatives ou devant les assemblées générales locales des participants du mouvement. Les conventions représentatives représentent à parité femme-homme l’ensemble des participants du mouvement, notamment par tirage au sort sur une liste de volontaires.

9. Au niveau national, la Convention Nationale se réunit de façon régulière, au moins trois fois par an. La Convention Nationale est représentative, à parité femme-homme, de l’ensemble des participants du mouvement. Cependant, avant chaque Convention Nationale, des participants, dans les groupes d’appui, se portent volontaires pour être tirés au sort, à parité femme-homme pour aller à la Convention Nationale. Les tirés au sort à la Convention Nationale ont voix délibérative.

10. Sont présents aussi à la Convention Nationale, dans la limite d’1/3 des conventionnels, les parlementaires du mouvement, les animateurs des commissions nationales thématiques, formées à partir des livrets thématiques qui ont approfondi le programme « l’avenir en commun » et les représentants de l’espace de convergence politique qui regroupe les cultures politiques à l’origine du mouvement de la France Insoumise : Parti de gauche, communistes insoumis, Ensemble Insoumis, Socialistes insoumis (NGS), écologistes insoumis etc. Ils peuvent avoir voix consultative.

11. La Convention Nationale élit une équipe de coordination nationale. Cette équipe nationale comprend, à parité femme-homme, au moins deux porte-parole nationaux, un trésorier et un trésorier adjoint, un secrétaire national et un secrétaire adjoint. Elle est responsable des amphis populaires insoumis d’été. L’équipe de coordination nationale est révocable devant toute Convention nationale.

12. La Convention Nationale se transforme, au moins tous les deux ans, en Congrès National Constituant pour élaborer des textes politiques fondamentaux, mettre en place des structures nouvelles pour le mouvement, définir des éléments essentiels de la stratégie ou de la tactique du mouvement. La France Insoumise s’institue ainsi, de façon progressive et continue, comme nouveau mouvement politique de masse dans la société, dont le but est de réaliser l’intérêt général humain, écologique, social et démocratique par l’action autonome, collective et individuelle, du peuple de notre pays.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.