La fin programmée de deux dinosaures, le PS et le PCF ?

La situation politique évolue vite à l'occasion de la présidentielle et des législatives de 2017. La gauche ancienne part perdante. Est-ce la fin programmée du PCF et du PS ?

Plusieurs indices devraient nous inciter à réfléchir.

L'état de l'opinion publique de gauche, marquée par des sondages, certes imparfaits,  mais correspondant aux évolutions de l'opinion si on les prend sur plusieurs mois. Le PS, quel que soit le candidat issu des primaires qui s'organisent en janvier 2017, vient après Emmanuel Macron du mouvement "En Marche" et  après Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise. 

Les orientations politiques proposées par ceux que la presse appelle "la gauche" : l'orientation de Macron est clairement libérale en économie, axée sur les innovations numériques, "progressiste" dans le domaine de la société, en s'ouvrant par exemple aux questions des migrations ; celle de Jean-Luc Mélenchon est écosocialiste en économie, ouverte dans le domaine de la société, axée sur la démocratie utilisant la participation par Internet. En revanche, le PCF nous ressort les orientations de 2012 de "l'humain d'abord", faisant l'impasse sur l'essentiel de l'écologie (l'énergie) et sur la démocratie numérique. Le PS, divisé entre 4 candidats, n'a plus d'orientation commune : en gros Valls est social-libéral autoritaire, mais pro-européen ; Montebourg est "made in France", prônant l'union des patrons et des salariés ; Hamon s'essaie timidement au réformisme écologique, avec un revenu universel emblématique (750 euros pour tous à partir de 18 ans) dont le chiffrage est démesuré s'il s'ajoute aux prestations sociales existantes, et qu'il réduit ensuite à un revenu pour les 18-25 ans sans emploi ou en formation., Peillon est inaudible. La crédibilité de la parole de ces 4 candidats est entachée de leur commune participation aux gouvernements de Hollande, où aucun n'a marqué son ministère par des résultats probants.

L'expérience des PS et des PC à l'échelle internationale en Europe : les PC ont pratiquement disparu du paysage européen, en tant que partis communistes. Le courant ex-PC participe  à des rassemblements plus larges en Espagne (IU), en Allemagne (Die Linke), en Italie (PD en partie). Une bonne partie de la mouvance communiste se retrouve dans les groupes d'appui de la France Insoumise qui sont en voie de dépasser largement, en nombre, en dynamisme, en jeunesse, les 50 000 adhérents du PCF. Les PS sont partout en crise dans l'UE, payant leurs alliances ouvertes avec la droite néo-libérale et la corruption d'une partie de leurs élus . En Italie, le PS a disparu. En Espagne, le PS a préféré s'allier avec la droite plutôt qu'un accord avec Podemos en se divisant profondément. 

Si Macron réussit son pari de se présenter à la présidentielle, de structurer son mouvement par les législatives, comme Ciudadinos l'a fait en Espagne, d'attirer des élus PS (il en a des puissants avec lui dont Collomb à Lyon) il peut représenter, pour un temps, la nouvelle social-démocratie sociale-libérale européenne, porteuse de réformes démocratiques  des institutions européennes.  En alliance avec la droite, tout en protégeant les intérêts nationaux des entreprises françaises, l'objectif d'une Confédération Démocratique des Etats-nations d''Europe peut donner du grain à moudre à un réformisme européen, si cette Confédération se met en place. C'est une première hypothèse, où le PS de l'Union de la Gauche, né en 1971 sous Mitterrand, disparaîtrait.

Si Mélenchon réussit son pari de se présenter à la présidentielle (il a maintenant ses 500 signatures), de structurer la France Insoumise aux législatives, comme Podemos l'a fait en Espagne, d'attirer des cadres de la gauche et de l'extrême gauche et de nouveaux militants, jeunes et insoumis, il peut réduire le PCF à peau de chagrin, malgré toutes les manoeuvres de l'appareil de ce parti pour se maintenir.

Dès lors, un des enjeux, à gauche, en France, des élections nationales de 2017, serait la fin de deux dinosaures politiques du XXe siècle : le PS, issu de la SFIO, née en 1905, refondé en 1971 ; le PCF, né en 1920. Avec deux nouvelles forces politiques nationales en lien avec le monde. Le mouvement de Macron, "En Marche" lié à l'évolution de l'UE, dans le but de la réformer démocratiquement dans l'espace de la gauche de gouvernement .  Le mouvement de la France Insoumise, lié à l'évolution de l'altermondialisme, aux luttes sociales émancipatrices, dans l'espace de la gauche de mouvement.

 

 

 

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