Le programme économique de Mélenchon : un programme keynésien et écologique

Le programme économique de Jean-Luc Mélenchon est souvent présenté par les "experts" comme utopique et irréaliste. Il s'agit pourtant d'un programme de relance keynésienne, qui nous semble adapté à la situation française de fort chômage de masse de longue durée. En conclusion, nous pointerons trois conditions nécessaires pour l'application de ce programme.

La crise financière et économique de 2008-2009 a entraîné une montée du chômage et de la précarité en Europe, à la différence des USA ou de la Chine, où seulement la précarité a augmenté. En France, sous Hollande, 5,7 millions de personnes sont inscrites en 2017 à Pôle Emploi, soit un million de plus qu’en 2012. Le taux de chômage, au sens du Bureau International du Travail (BIT), est de l’ordre de 10 % de la population active.  Et sous Sarkozy, de 2007 à 2012 le chômage, au sens du BIT, a aussi augmenté à partir de 2009 de 7,5 % à 9,4 %.

Les classes dominantes de l’UE ont continué d’adopter, malgré la baisse de la production en 2008-2009, une politique d’offre compétitive, basée sur la baisse des revenus du travail, sur l’augmentation des revenus de la propriété et sur le développement des exportations dans le cadre de la mondialisation des économies. Les classes dominantes européennes veulent ainsi faire payer aux classes travailleuses à la fois la crise financière de 2008 – le paiement de crédits douteux accordés par le capitalisme financier -  et la réorganisation de l’économie autour de la révolution numérique globale.
 
Cette politique de l’offre compétitive et d’austérité pour les classes travailleuses a été scellée dans les traités de l’Union européenne qui imposent aux Etats de l’UE de maintenir un déficit budgétaire en deçà de 3 % de leur production nationale (PIB) sous peine de sanctions et de contenir la dette publique en deçà de 60 % de leur PIB. Cette dernière condition n’a plus été réunie de fait à partir de 2008 pour les Etats d’Europe du Sud, moins compétitifs à l’exportation que ceux d’Europe du Nord, mais reste un objectif des traités de l’UE.

Tous les candidats à l’élection présidentielle, sauf Mélenchon, continuent cette politique de l’offre compétitive : le plus déterminé est Fillon qui veut supprimer 500 000 postes de fonctionnaires en 5 ans et faire travailler les salariés jusqu’à 65 ans ; le plus subtil est Macron qui veut économiser 60 milliards sur l’Etat et les collectivités locales pour investir 50 milliards, réduisant le déficit budgétaire et faisant sauter tout le droit du travail au profit des accords d’entreprises  ; le programme de Hamon est ambigu sur le sujet, proposant un gouvernement économique de la zone euro, et des marges en France pour une relance créant un million d’emplois sur 5 ans; le programme de Le Pen est plus flou, car non-chiffré, mais l’essentiel de son propos est de soutenir les PME-PMI françaises (sa clientèle) et de faire des promesses non calculées aux autres dans le cadre du retour au franc en sortant de l’euro.

Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise proposent une politique de relance sociale et écologique dès 2017 par l’investissement public. Cette politique économique est-elle réaliste et possible ? A la première question, nous répondons oui, dans le cadre théorique d’un keynésianisme écologique. Nous concluons sur les conditions socio-économiques d’application d’une telle politique.

1.    Les fondements de la politique de la France Insoumise : un choc d’investissements de 100 milliards d’euros pour l’urgence sociale et l’urgence écologique financés par le crédit

Dans une situation de fort chômage, donc de main d’œuvre inemployée, les propositions de l’économiste anglais Keynes, faites au moment de la grande crise de 1929-1932, et appliquées en particulier par Roosevelt aux USA, puis lors des récessions dans l’après deuxième guerre mondiale, s’appliquent assez bien, à notre avis, si elles sont revues en fonction des questions sociales et écologiques des années 2010.

Pour Keynes, le fonctionnement de l’économie, c’est-à-dire de la production et de la consommation des biens et services nécessaires aux sociétés humaines, ne peut pas se concevoir comme un simple marché avec un équilibre entre l’offre et la demande qui fixerait les prix et des quantités. Parce que, par exemple sur le marché du travail, le salaire risque, en situation de fort chômage, de tomber au-dessous du minimum vital et donc de favoriser la montée du nazisme et de l’extrême droite qui organisent les chômeurs et les déclassés contre la société démocratique en place.

Il faut donc un Etat social qui garantisse un minimum vital à toute la population, avec un certain partage des richesses et une réduction des inégalités. Mais cela ne suffit pas à relancer une économie marquée par un chômage de masse.

Il faut aussi agir sur la monnaie et sur le crédit.

Pour Keynes, le fonctionnement de l’économie doit être vu comme un circuit, comme une boucle où tout part de la monnaie et de l’investissement pour revenir à la monnaie. Ce circuit comprend de façon simplifiée trois types d’agents économiques :
- les banques qui créent de la monnaie pour financer l’économie ;
-  les entreprises où se fait la production grâce au travail et aux investissements en biens et services durables (entreprises privés, publiques ou de l’économie sociale),
- les ménages qui consomment la production et qui épargnent (pour consommer plus tard) et remettent leurs dépôts aux banques qui créent ainsi de la monnaie.

Cela va à l’encontre de la conception libérale de l’économie, où les marchés sont censés équilibrer le fonctionnement général. Ce qui n’est pas le cas, comme on le constate avec les crises économiques de surproduction de certains produits, de spéculation financière et de chômage de masse.

A quoi servent les crédits des banques aux entreprises ? Essentiellement à investir, c’est-à-dire à acheter des biens et des services durables, d’une durée de vie de plus d’un an, qui vont servir à produire d’autres biens et services.

C’est ce que propose Mélenchon dans la situation de crise actuelle : que la Banque Centrale Européenne et les autres banques publiques empruntent et prêtent aux entreprises et administrations publiques 100 milliards d’euros dans des investissements utiles socialement et écologiquement responsables.

Soit, en reprenant les données de l'émission de Mélenchon et de la France Insoumise sur le chiffrage du programme (jlm201.chiffrage) :
-    50 milliards d’investissements pour l’urgence écologique (25 MM pour les énergies renouvelables, 20 MM pour l’isolation thermique des logements, 5 MM pour le transport des marchandises par le train)
-    45 milliards d’investissements pour l’urgence sociale (18 MM pour les logements sociaux, 12 MM pour les crèches et PMI, 5 MM pour les maisons de retraite, 10 MM pour l’accessibilité aux Personnes à Mobilité Réduite)
-    5 milliards pour les services publics (2 MM pour les Universités et les lycées, 2 MM pour le haut débit numérique, 0,5 MM pour la formation professionnelle, 0,5 MM pour la justice).

2.    Les conséquences d’un choc d’investissements : le multiplicateur keynésien favorisant la croissance de la production, des emplois et des revenus.

Que se passe-t-il dans le circuit économique quand on investit 100 milliards d’euros (I1) supplémentaires en situation de chômage ?  Il faut raisonner par étapes dans le circuit économique.

1°) Calcul théorique

Etape 1 :
Un investissement de 100 milliards crée des emplois et une nouvelle production Y1 de 100 milliards correspondant à ces investissements.
 I1 = Y1 (par exemple 100 milliards)
Cette nouvelle production va créer de nouveaux revenus (100 milliards) qui sont distribués aux ménages de différentes classes sociales qui ont participé à cette production.  Cependant une partie de ces revenus sera épargnée par les ménages, par exemple pour 20 %. Cette épargne reviendra dans les banques dans le cadre du circuit économique. L’autre partie sera consommée, soit 80 %.  Les ménages ne consommeront donc que 80 milliards (C1 = 80 milliards) dans l’étape suivante.
Etape 2
Cette demande de consommation de 80 milliards va pousser les entreprises à produire de nouveaux produits Y 2 pour 80 milliards en investissant et en embauchant. Cette production va donner lieu à la distribution de revenus pour 80 milliards aux ménages. Mais les ménages ne vont garder pour leur consommation C2 de la troisième étape que 80 % X 80 = 64 milliards, le reste (16 milliards ou 20 %) étant épargné.
Etape 3
Cette demande de consommation de 64 milliards va pousser les entreprises à produire pour 64 milliards (Y3) dont 80 % X 64 vont servir à une consommation à l’étape 4 soit 51, 2 milliards (C3) car 12, 8 milliards (20 %) seront épargnés.

Etc., etc.

Les productions et donc les revenus totaux YT induits par un investissement de 100 milliards sont donc, en théorie, de l’étape 1 à l’étape n, de : 
Y T = 100 + 80 + 64 + 51,2 +….= 100 + (0,8 X 100) + (0,8X 0,8 X 100) + (0,8X 0,8X  0,8)X 100 + … + (0,8X0,8X0,8…) n X 100 =  100 X 1/ 1 -0,8 = 100 X 5 = 500  .
Car, il s’agit ici d’une suite géométrique, où l’on multiplie un nombre donné (ici les revenus) à chaque fois par un nombre constant 0,8, d’étape en étape jusqu’à la nième étape.  La somme des éléments de cette suite géométrique est calculable, en algèbre quand n (le nombre d’étapes) tend vers l’infini. Elle est de I1 X 1/ 1- 0,8 ou I1 X 1/0,2 = I1 X 5. Ici le multiplicateur d’investissement est 5.
A partir d’un investissement de 100, si la propension à consommer est de 80 % et à épargner de 20 %, les productions et les revenus induits sont multipliés par 1/1 -0,8 ou 1/0,2 ou 5. La formule du multiplicateur d’investissement est alors, avec k propension à épargner (ici 0,2) 
YT = I1 / k.
La somme des productions et des revenus induits YT par un nouvel investissement I1 est un multiple lié à la propension à consommer et à épargner. Elle est égale à I1 divisée par la propension à épargner.

Les flux de productions et de revenus tournent dans le circuit économique, un peu comme dans une centrifugeuse, suite à l’investissement initial. Mais à chaque fois, il y a une fuite, liée à la propension à épargner. A chaque étape, les effets induits du nouvel investissement s’affaiblissent puis deviennent quasi-nuls du fait de l’épargne.

2°) En pratique : un multiplicateur entre 2 et 3.

En France, la propension à épargner est en moyenne de 0,15 ou 15 %. Dans notre pays, en moyenne, on épargne 15 % de son revenu annuel. Le multiplicateur théorique d’investissement serait donc de 1/0,15 = 6,67. Mais, pour que le multiplicateur agisse, il faut que toutes les étapes soient parcourues dans le circuit économique, dans un temps indéterminé. En pratique, on calcule, selon le FMI ou l’OFCE, que le multiplicateur d’investissement perd de son efficacité au bout de quelques étapes et qu’il varie entre 2 et 3.

3°) Le multiplicateur du programme Mélenchon : 1,4

Dans le programme économique de Mélenchon, le multiplicateur choisi – selon Jacques Généreux – est de 1,4 dans un souci de prudence, à partir de la moyenne constatée pour les pays les plus développés économiquement. Sur 3 à 5 ans, 100 milliards d’investissements vont générer 140 milliards de revenus, dont une partie sera récupérée par la puissance publique (55 milliards) sous forme d’impôts et de taxes (TVA en particulier).

3.    Le budget de l’Etat sur 5 ans, en fonction du multiplicateur


 Le budget de l’Etat, qui distingue dépenses et recettes, sera impacté par les effets de l’emprunt de 100 milliards pour des investissements publics, du fait du multiplicateur qui rapportera sur 5 ans, 55 milliards d’euros à l’Etat. Il sera réorienté, dans un sens plus social et plus écologique de la manière suivante.
 
Dans l’équilibre des recettes et des dépenses de l’Etat, sur 5 ans :

Les recettes prévues par le programme économique de la France Insoumise sont les suivantes :
13 MM d’économies
21 MM par suppression du CICE/ Pacte de responsabilité (sur 41 théoriques, le solde étant notamment distribué en aides à l’activité en particulier des PME/PMI)
30 MM par l’action contre l’évasion fiscale
33 MM de nouveaux prélèvements (taxes écologiques notamment, réforme fiscale)
38 MM de suppression des niches fiscales des plus riches (sur un total de 52 MM recensées par la Cour des Comptes)
55 MM de relance économique (effet multiplicateur)
Total : 190 MM

Les dépenses prévues sont les suivantes :
33 MM pauvreté (minimum social à 1000 euros)
32 MM retraites (retraite à 60 ans, à taux plein sur la base de 40 annuités)
24 MM Fonctionnement de l’Education et de la Recherche
22 MM Salaires Fonction publique (rattrapage du point d’indice bloqué depuis 2010 soit 7 % d’augmentation environ)
21 MM services aux personnes (aides aux TPE, à l’Economie sociale et solidaire)
17 MM Jeunesse (800 euros d’allocation pour les jeunes de 18 à 25 ans qui étudient pendant 3 ans)
10 MM (contrats coopératifs de retour à l’emploi, pour un total de plus de 800 000 contrats)
5 MM (Fonctionnement du système de Santé)
3 MM (Fonctionnement de la Justice)
6 MM (Autres, à répartir selon les urgences écologiques, sociales et démocratiques)
Total : 173 MM

Les prélèvements sociaux seront plus importants : + 2 % du PIB pour l’Etat, + 2 % du PIB pour la Sécurité Sociale.

Une réforme fiscale, instaurant plus de justice sociale, sera mise en place sur la base de 14 tranches au lieu de 5 tranches actuellement avec :
- Imposition supérieure à la situation actuelle pour les revenus au-dessus de 6000 euros nets par mois (9 % de la population) ;
 - imposition égale à la situation actuelle, pour les revenus entre 4000 et 6000 euros par mois ; - Imposition moindre à la situation actuelle les revenus au-dessous de 4000 euros nets par mois. Soit une imposition moindre ou égale pour 91 % de la population.

Les revenus de la propriété (dividendes, rentes) seront autant imposés que les revenus du travail. L’imposition sera universalisée – comme aux USA – pour tout citoyen français, quel que soit son lieu de résidence : un Français résident à l’étranger devra déclarer ses revenus et ses impôts à l’étranger et sera imposé selon le droit français, soit comme s’il était en France.


La relance économique se fera aussi par l’augmentation du SMIC de 15 % (1700 bruts, 1326 euros net), la fixation du SMIC dépendant de l’Etat.
Cette augmentation distribuera 7 milliards d’euros supplémentaires aux 3,5 millions de Smicards. Soit 6 milliards (si on enlève 15 % d’épargne) par an pour relancer la consommation par une demande supplémentaire de la part des salariés les moins rémunérés et donc environ 30 milliards sur 5 ans. C’est important, par exemple pour les dépenses courantes (alimentation, logements, transports) mais on voit que l’essentiel de la relance économique vient des 100 milliards d’investissements publics qui génèrent 140 milliards de production et de revenus sur 5 ans si le multiplicateur est de 1,4.

4.Le rôle de l’Etat dans le circuit keynésien : politique monétaire, politique budgétaire et politique économique

L’Etat et le secteur public sont présents parmi les différents acteurs du circuit keynésien : au pôle banque, par les Banque centrales et les banques publiques qui créent de la monnaie, éventuellement pour combler le déficit du budget de l’Etat ; au pôle entreprises, par les entreprises et administrations publiques qui produisent des biens et services ; au pôle ménages par les fonctionnaires d’Etat, des collectivités territoriales et de la santé qui consomment et épargnent à partir de leurs revenus.

On peut donc modéliser le circuit économique pour connaître les différents flux de monnaie, de biens et de services, avec les emplois nécessaires dans le secteur public, dans le secteur privé, dans le secteur de l’économie sociale et solidaire liés à un investissement supplémentaire. C’est le rôle des modèles macro-économiques, notamment de ceux du Ministère des Finances ou d’institutions internationales ou nationales (OCDE, OFCE, FMI…), de calculer les conséquences sur l’emploi des branches de production ou sur le budget de tel investissement dans telle branche.
 
Les modèles intègrent aussi les conséquences d’une augmentation de la demande par hausse des revenus sur la production et l’emploi ; ou d’une nouvelle orientation de la fiscalité. C’est pour faire tourner ces modèles macro-économiques que Mélenchon a fait appel à des hauts fonctionnaires.

Que donnent ces modèles macro-économiques généraux dans le cas d’un investissement de 100 milliards d’euros en 2017 soit un rattrapage des investissements non faits dans le quinquennat de Hollande par le crédit d’un coup en 2017 sur les 5 ans à venir ? Cela donne une croissance générale de l’activité économique sur 5 ans :
-    1,8 à 2 % d’augmentation du PIB par an contre presque rien actuellement ;
-     une croissance de l’emploi (3 millions d’emplois créés. Ces emplois seront répartis en 2 millions dans le secteur marchand, 420 000 dans le secteur public,  440 000 emplois aidés et 820 000 contrats coopératifs  d’insertion en attente d’un emploi stable ramenant le taux de chômage à 6 % au sens du BIT.
-     des recettes induites supplémentaires pour l’Etat (TVA, impôts) du fait de cette croissance générale de 55 milliards d’euros.

Les 100 milliards d’euros empruntés et dépensés dès 2017 ne sont pas des dépenses de fonctionnement mais des dépenses d’investissements : donc du « patrimoine public » : des logements sociaux bien isolés, des infrastructures de transports écologiques, des lycées, des universités, du cablage numérique par exemple. Et dans le circuit économique, ces investissements rapportent au sens qu’ils stimulent l’activité économique (par exemple le bâtiment, les énergies renouvelables, les transports), dans les différents secteurs de l’économie (marchand, public, économie solidaire) et donc ramènent, sur la durée, des recettes à la collectivité dont l’Etat et la Sécurité sociale.

Dans le cadre budgétaire, donc aussi dans le fonctionnement du budget de l’Etat et de la Sécurité Sociale, les dépenses nouvelles sont évaluées à 173 milliards d’euros sur 5 ans. Comme les recettes nouvelles sont évaluées à 190 milliards d’euros, la relance de la France Insoumise réduit la dette publique sur 5 ans : de 17 milliards d’euros. Le budget sera en déficit la première année, au-delà des 3 % du PIB, mais il reviendra dans un déficit raisonnable (moins de 3 %) ensuite et la dette publique, du fait de la relance de l’activité et des nouvelles recettes pourra diminuer de 96 % à 87 % du PIB au bout de 5 ans.

Cette dette publique est de l’ordre de 96 % du PIB (la production nationale) aujourd’hui, soit 2100 milliards d’euros pour un PIB de 2200 milliards d’euros. Mais, il est faux de mesurer une dette qui s’étale en moyenne sur 7 ans sur une seule année. Sur 7 ans, la dette correspond à 12 % de la somme des PIB prévus. C’est pour cela que la France peut tout à fait rembourser sa dette et que l’on peut l’augmenter un peu (de 100 milliards soit d’environ 5 % de la dette) en investissant pour relancer l’économie et récupérer des recettes ensuite.

Les prélèvements sociaux (Etat, collectivités territoriales, Sécurité sociale) passeront de 45 % du PIB à 49 % du PIB, dont 2% d’augmentation du budget de l’Etat et 2 % d’augmentation pour la Sécurité Sociale. L’économie sera donc à moitié sociale, à moitié privée puisque la moitié du PIB participera à une redistribution sociale par le biais de l’Etat, des collectivités territoriales et de la Sécurité Sociale (santé, retraite, chômage qui compte pour 25 % du PIB) et l’autre partie participera au secteur marchand.

Conclusions : les conditions de faisabilité de cette politique keynésienne écologique

D’un point de vue socio-économique, il faut au moins trois conditions pour que cette politique – que l’on peut qualifier de keynésienne et écologique, car les investissements relancent l’activité mais dans un sens écologique et social – puisse s’appliquer :

La première est de rompre avec les traités européens qui imposent à la France de contenir son déficit budgétaire à 3 % du PIB. Le déficit budgétaire sera supérieur en 2017 pour relancer l’activité économique, par le crédit donc des emprunts à moyen-long terme. Car celle-ci est déprimée du fait de la masse des chômeurs. Le déficit budgétaire redeviendra inférieur ensuite, une fois l’activité relancée.

La seconde est d’instaurer un protectionnisme solidaire. La dernière relance de l’activité sous la gauche avait été faite de 1981 à 1983, avec Mitterrand : elle avait profité aux autres partenaires économiques de la France et donc avait conduit à un fort déséquilibre des échanges extérieurs avec plus d’importations que d’exportations. Notre pays a un taux d’ouverture de son économie de 25 % par rapport au reste du monde. Nous pouvons donc favoriser les productions locales, la relocalisation écologique de certaines productions et dissuader les importations inutiles par un certain protectionnisme, donc un contrôle des échanges de marchandises à nos frontières.

La troisième est de contrôler le système financier. Les investissements publics de 100 milliards qui permettront ce « choc d’activité » seront financés par l’emprunt, soit auprès de la BCE par le biais de crédits aux banques publiques françaises (cas de coopération des institutions européennes par rapport à la nouvelle politique économique française, cette coopération étant légalement possible du point de vue des règles actuelles de la BCE) ;  soit par des emprunts  en euros, émis par la Banque de France et les banques publiques, dans le cadre du plan B de sortie de la France des institutions européennes actuelles, l’euro devenant une monnaie commune dans l’UE et non plus une monnaie unique, comme certains économistes le préconisent.

Le chiffrage Mélenchon mentionne « un pôle public bancaire », composé des banques publiques françaises.  Si les banques privées ne jouent pas le jeu, en spéculant contre la France, par exemple en faisant monter les taux d’intérêt concernant les dettes en France, il faudra contrôler les mouvements spéculatifs de capitaux à l’échelle nationale et le système bancaire privé. Mitterrand avait nationalisé les grandes banques privées en 1981 puis Chirac les avaient privatisées en 1986. Il faudra donc dans tous les cas favoriser le secteur bancaire public et coopératif et contrôler le secteur bancaire privé.

Cela demandera une mobilisation et une vigilance dans les entreprises, dans les quartiers et les localités, contre le capitalisme financier et ceux qui le soutiennent. C’est pour cela que le programme économique de Mélenchon est complémentaire d’une mobilisation citoyenne du peuple de notre pays, par ses associations démocratiques, sociales et politiques et par la force du mouvement populaire démocratiquement majoritaire.



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