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Vivendi prend le pouvoir chez Gameloft

Vivendi prend le pouvoir chez Gameloft

  • Par Chloé Woitier
  • Mis à jour le 29/06/2016 à 16:40
  • Publié le 29/06/2016 à 11:44

Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi

 

À quelques heures de l'assemblée générale des actionnaires qui doit entériner le début de l'ère Vivendi, les membres du conseil d'administration de l'éditeur de jeux pour mobile ont démissionné. Maxime Saada et Sébastien Bolloré font partie de leurs successeurs.

Une page se tourne. Ce mercredi, l'assemblée générale des actionnaires de Gameloft a acté la prise de pouvoir de Vivendi, qui détient à l'issue d'une OPA hostile plus de 95% de l'éditeur de jeux pour mobiles. Sébastien Bolloré, l'expert «nouvelles technologies» du groupe Bolloré, Maxime Saada, directeur général de Canal +, Stéphane Roussel, directeur général de Vivendi, Francine Mayer, présidente de Canal + Régie, et Frédéric Crépin, secrétaire général de Vivendi, entrent au conseil d'administration. Frédéric Crépin comme Stéphane Roussel ont été administrateurs d'Activision-Blizzard, au temps où l'éditeur de jeux appartenait à Vivendi.

La famille Guillemot, composée de cinq frères entrepreneurs et fondatrice de Gameloft, a perdu l'une de ses pépites.

«#Jourdedeuil Nous perdons notre société-soeur, Gameloft. Nos pensées vont vers Michel, Claude, Christian, Yvette, Yves et Gérard Guillemot» (Directrice de la communication de AMA, société détenue par Christian Guillemot)

Quelques heures plus tôt, le précédent conseil d'administration de Gameloft, en majeure partie composé de la fratrie Guillemot, avait présenté sa démission. «Le conseil d'administration n'a eu cesse de dénoncer l'absence totale de stratégie et de vision de Vivendi», écrivait-il dans un communiqué publié mercredi matin. «Sur le plan managérial, les pratiques de Vivendi sont clairement aux antipodes de la vision qu'ont le conseil et le management de la gestion des équipes et des talents qui a fait le succès de Gameloft.» Par conséquent, «le conseil ne peut se résoudre à devenir le simple exécutant de décisions d'un actionnaire majoritaire dont il ne partage ni la vision stratégique ni les valeurs managériales, et qui a d'ailleurs indiqué vouloir nommer de nouveaux administrateurs.»

«Sur le plan managérial, les pratiques de Vivendi sont clairement aux antipodes de la vision qu'ont le conseil et le management de la gestion des talents qui ont fait le succès de Gameloft».

Le conseil d'administration démissionnaire

Stéphane Roussel nommé PDG?

Il était intenable pour la famille Guillemot de rester à bord du navire Gameloft. La famille a mené une intense campagne de dénigrement de son adversaire, qui s'attaque également à son joyau, l'éditeur de jeux Ubisoft.

Mais le groupe de Vincent Bolloré ne s'est pas laissé démonter et a même fait grimper les enchères pour acquérir Gameloft. Il n'a pas hésité à remonter deux fois le prix de son OPA, faisant doubler la valeur de la société en quelques mois à peine. Difficile pour les fonds d'investissement de résister à une telle culbute! Défaite, la famille Guillemot s'est résignée à vendre à son tour ses actions. Les 150 millions d'euros récupérés devraient servir à racheter des actions Ubisoft.

Début juin, Michel Guillemot, PDG de la société, avait annoncé à ses salariés qu'il ne serait plus en poste d'ici le 29 juin. Alexandre de Rochefort, actuel directeur administratif et financier de Gameloft, le remplace par intérim «à la demande du nouvel actionnaire majoritaire». Alexandre de Rochefort connaît très bien la société, où il est présent depuis sa création. Mais selon les informations de l'AFP, il devrait être rapidement remplacé par Stéphane Roussel. La nomination du futur PDG aura lieu lors de la prochaine réunion du conseil d'administration.

Le devenir des autres membres du «top management» de Gameloft est encore inconnu. Michel Guillemot n'a pas donné de consigne à ses quelque 6000 salariés. «Comme vous le savez, je suis pour la liberté et je vous encourage à faire vos propres choix. Votre avenir est entre vos mains», leur écrivait-il.

Prochaine cible pour Vivendi, Ubisoft, dont il détient désormais plus de 20% du capital. Mais la bataille pour le troisième éditeur mondial de jeux vidéo, valorisé plus de 3 milliards d'euros, et, semble-t-il, soutenu par ses investisseurs, s'annonce plus serrée. «Une prise de contrôle rampante [scénario déjà utilisé par Vincent Bolloré pour prendre le contrôle chez Vivendi, Telecom Italia ou Havas] peut faire peur aux actionnaires. Dans ce cas, si Vivendi veut le contrôle d'Ubisoft, il devra payer la prime et lancer une OPA», expliquait le mois dernier au Figaro Pavel Govciyan, analyste chez Natixis. «Mais», nuance-t-il, «tout peut encore changer d'ici à septembre», date de l'assemblée générale des actionnaires d'Ubisoft. Vivendi y a déjà prévu de demander de siéger au conseil d'administration. En attendant, Ubisoft se dit à la recherche d'un partenaire pour l'aider à renforcer sa défense. «Nous ne laisserons pas Vivendi casser Ubisoft!», affirmait Yves Guillemot, PDG d'Ubisoft, au Monde. «La seule issue, c'est que Vivendi sorte en faisant une plus-value».

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