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Lien 16 juin 2017

Pourquoi nous voterons blanc au 2ème tour des élections législatives

EC’est sur un contexte national d'éclatement que le 2ème tour des élections législatives met ici face à face l’ancien premier ministre Manuel Valls et Farida Amrani de la France Insoumise. Cette offre politique ne nous convient pas et si EELV laisse en conséquence ses électeurs libres de leur choix, nous prenons la liberté ici de préciser plus longuement pourquoi en conscience nous voterons blanc.

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Les écologistes sortent de ce cycle électoral avec un triple constat qui n’est pas que d’échec :

1°) Notre alliance avec le candidat socialiste Benoît Hamon, écolo compatible gagnant de la primaire sur un programme assez « prospectif », était instamment demandé compte tenu de la bataille pour être au 2ème tour. Le monde politique créditait EELV de faire preuve de responsabilité politique dans cette alliance.

Mal nous en a pris, l’aspiration par les deux bouts de cette candidature, dans une glissade apparemment non rattrapable qu’une partie du PS a délibérément provoqué, nous a entraîné avec B. Hamon et les socialistes au fond du gouffre. Dont acte.

2°) La perte de notre groupe parlementaire obtenu en 2012, en l’absence de proportionnelle, par un accord politique, masque un résultat national plutôt correct aux législatives : 973 527 voix et 4,30 % , ce qui reste l’étiage de fond des écologistes : près de 1million de citoyens qui reste fidèles au projet de l’écologie politique.

3°) Jamais l’approche écologique des problèmes de notre monde n’a autant été inscrite, au moins dans le vocabulaire, sur l’ensemble du champ politique. Les expressions de transition écologique et de crise du climat sont passées dans les moeurs… ce qui ne veut pas dire que les politiques publiques volontaristes et innovantes à mettre en place soient aujourd’hui acceptées par ce même champ : et de loin.

Autrement dit, les écologistes continuent d’avoir une puissance transformatrice du monde politique, une capacité à interroger le modèle de développement et à poser la question centrale de l’impossibilité d’une croissance infinie… dans un monde fini. Objectivement, la France Insoumise est l’organisation politique qui, sur ce plan de la transition écologique, est la plus proche de nos thèses. JL Mélenchon souligne d’ailleurs honnêtement les sources qui l’ont conduit à muter sur ces questions.

C’est sur ce contexte national que le 2ème tour des élections législatives met ici face à face l’ancien premier ministre Manuel Valls et Farida Amrani de la France Insoumise.

Cette offre politique ne nous convient pas et si EELV laisse en conséquence ses électeurs libres de leur choix, nous prenons la liberté ici de préciser plus longuement pourquoi en conscience nous voterons blanc.

Manuel Valls :

Nos désaccords avec Manuel Valls se sont creusés depuis 2012, au point d’atteindre un point de non retour qui nous fit choisir de ne pas rentrer au gouvernement quand il devient premier ministre. Ces désaccords ne sont pas seulement conjoncturels : la trace de ce fossé est ancienne. Sa conversion à ce qu’il est convenu d’appeler le social libéralisme autoritaire a été décrite par lui dans un ouvrage où il théorise un « blairisme » à la française et dans un article de libération il y a quelques années où il assénait que toute tentative de compréhension des violences, de la situation sociale en banlieue et des explosions de violence des fils et filles de l’immigration était une justification intolérable. C’était la négation du social.

A mots à peine couverts, depuis des années, Manuel Valls fait une traduction française de la vulgate néolibérale mondiale et européenne : la France n’a pas mené ses « réformes de structures » c’est-à-dire la précarisation renforcée du salariat. C’est l’origine de la loi travail.

Qu’on ne se méprenne pas : il y a bien des évolutions importantes à mener pour traiter le chômage mais pas celles dont on parle. Où est le fameux « Small business act pour les TPE- PME ; quelle protection des sous-traitants des grandes entreprises ; qui s’attaquera à la simplification administrative (que T. Mandon avait commencé à prendre à bras le corps) ; quel outil bancaire permettra aux PME de ne pas trépasser à la première baisse de charge ou faillite d’un donneur d’ordre ; comment développer les coopératives d’employeurs ; comment faire monter en gamme l’ensemble de l’industrie française etc… Voilà des questions largement plus prioritaires que l’inversion des normes du droit du travail.

Une certaine gauche a abandonné les couches populaires depuis des années à la mondialisation, bouchant l’horizon de vie de millions de nos concitoyens et faisant le lit du front national. Ce dont on nous parle pourtant, c’est d’adaptation à la mondialisation.

Devons-nous aussi parler des chiffons rouges que Manuel Valls a agités devant les écologistes pendant ces 5 années, montrant à l’envie sa faible conversion à la transition écologique : Notre-Dame des Landes, Boues Rouges, Grand Stade, nucléaire et transition énergétique, changement de modèle agricole, pesticides…

Souligner aussi combien nous avons été choqués par son adhésion, lui l’homme d’origine catalane, à la déchéance de nationalité, rupture inacceptable avec les principes édictés à la Révolution française… contribuant là aussi à creuser le fossé avec les écologistes.

Pointer enfin le changement de cap de l’ex maire d’Evry qui accueillait il y a 10 ans les 8 Heures pour la Palestine dans sa mairie ; sa conversion au suivisme permanent de la politique de l’Etat d’Israël et de son relais en France, le CRIF ? Sa négation de l’oppression subie par les palestiniens gangrenant tout l’espace euro méditerranéen. Au point d’accuser les militants de la campagne internationale Boycott Désinvestissement Sanction d’antisémitisme et ne pas abroger la circulaire Aliot-Marie qui demandait au parquet de poursuivre systématiquement ses militants ? Des militants qui ont forgé leur capacité dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et sont outrés de cette position.

Manuel Valls partage donc avec nous ces constats : il y a 2 gauches irréconciliables. Mais peut-être pourrait-il nous expliquer comment nous sommes passés de la situation de décembre 2015 où nous gérions la région Ile-de-France avec un vieux Rocardien (JP Huchon), à coup de compromis permanent, à cette situation d’ir-réconciliation ? Comment font les centaines d’élus locaux EELV dans les communes qui ne sont gérables que par alliances ?

Décidément, le fossé s’est creusé et notre vote ne lui sera pas donné.

France Insoumise

Deux couples de candidats se disputaient donc le label sur la circonscription : Farida Amrani et Ulysse Rabate (ex. collaborateur de Bruno Piriou au Conseil général) d’un côté ; Michel Nouaille et Mina Fayed de l’autre.

Chacun l’a compris, nous vivons l’un des derniers épisodes de la gesticulation politique de Bruno Piriou : l’homme qui depuis des années nous fait perdre. Il est de nouveau clairement à la manœuvre dans cette campagne.

C’est donc sans aucun contact avec les Insoumis locaux que Mme Amrani a été désignée par voie nationale contre le très respecté Michel Nouaille, lequel a donc maintenu sa candidature.

Mais, laissons cette petite cuisine locale fort peu démocratique pour nous interroger :

  • On eut pu rêver d’un candidat de rassemblement faisant consensus, candidat que nous écologistes aurions soutenu. Présenté face à Manuel Valls, il aurait permis un vrai débat politique qui au final n’aura pas eu lieu. Ce n’est pas faute pour nous-mêmes d’avoir fait passer des messages en ce sens à France Insoumise par nos contacts nationaux.
  • On eut pu attendre de JL Mélenchon – au vu de son bon score au 1er tour de la présidentielle, celui aussi qui a pu faire revenir des voix du FN, une attitude consistant à ouvrir les portes du dialogue plutôt que de les fermer au nez des vaincus en présentant systématiquement des candidats face à nos députés sortants et en contribuant à leur élimination au premier tour.
  • On eut pu espérer des portes ouvertes sur un espace politique de coopération pour ces élections législatives, respectant l’identité de partenaires potentiels…

Mais non, une charte était à prendre ou à laisser. JL Mélenchon – reste de sa culture trotskyste ? – a décidé que chacun devait mourir avant de « baiser l’anneau de l’évêque ». Ce n’est tout simplement pas possible.

Mais non, ce sont les fourches caudines et l’arrogance qui ont été proposées et nous n’avons pas l’habitude de passer dessous, pour qui que ce soit. Ainsi cette attitude s’est traduite par le fait qu’aucune candidature d’union n’a été possible dans la circonscription emblématique de Manuel Valls (comme ailleurs).

Nous n’aurons garde d’oublier que certains aspects du programme de M. Mélenchon, l’Europe, sont de notre point de vu irréalistes et dangereux, frisant le Frexit… on ne voit donc pas vraiment ce qui justifierait un vote pour FI, dans les circonstances actuelles en centre Essonne et devant l’absence d’ouverture politique de sa part.

 Alors où en sommes-nous à la veille du 2ème tour :

  • Toute la droite du centre Essonne, Serge Dassault en tête, se mobilise pour Manuel Valls : on a les compagnonnage qu’on peut… c’est à lui d’en tirer les conclusions.
  • C’est aux Insoumis à se demander comment ils ont pu partout perdre 9 à 10 points depuis la présidentielle et s’ils envisagent sérieusement de vivre seuls sur leur île. L’attitude assez peu respectueuse de Farida Amrani en Conseil Municipal d’Evry, face à la majorité municipale est préoccupante: elle pose la question de la volonté de FI de prendre des responsabilités de gestion. Pour notre part, dans une stratégie de long terme des écologistes qui est la lente transformation des politiques publiques à partir des collectivités et des institutions, nous gérons la ville avec des socialistes et des communistes, comme dans des centaines de villes de France et sur des bases contractuelles.

Et c’est bien dans le cadre d’une alliance, avec un maire EELV mais sans le PS, que FI gère avec nous la seule ville où ils ont pris des responsabilités de gestion : Grenoble.

Mais, hors de Grenoble* qui n’est pas la France, FI veut-il vraiment de l’exercice de la responsabilité et du pouvoir ? Veut-il vraiment sortir d’une logique de simple contrepouvoir ?

Voilà pourquoi nous voterons blanc.

Jacques Picard - ancien conseiller municipal et régional EELV

Fadila Chourfi - conseillère municipale d’opposition EELV à Corbeil-Essonnes

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