GRECE : médias sociaux-démocrates pour l' austérité...

Pour le rédacteur en chef d ’« Alternatives économiques » – le mensuel d’inspiration keynésienne s’intéressant à l’économie comme enjeu collectif et social –, qui vient de publier « Marre de cette Europe-là ? Moi aussi ... », l’arrivée au pouvoir de Syriza n’aura pas été le signal espéré de la réorientation des politiques économiques dans la zone euro. Du fait d’un rapport de forces défavorable, mais aussi, montre ici l’auteur, à cause d’une intransigeance due largement à l’absence de volonté réelle de la gauche de gouvernement d’en finir avec les politiques d’austérité – et en particulier à l’inaction de François Hollande.
 

"L’affaire grecque est loin d’être terminée: pour tirer véritablement un bilan, il faudra attendre en particulier l’échéance cruciale de la négociation d’un nouvel accord pour la période qui démarre en juillet prochain. L’accord intérimaire conclu pour 4 mois le 20 février dernier ne peut néanmoins guère être interprété autrement que comme une défaite de Syriza même si son contenu laisse subsister quelques « ambiguïtés créatrices». La troïka a été rebaptisée « institutions », mais elle est toujours là, le « mémorandum » est devenu un « accord », mais c’est bien lui qui continue, et le gouvernement grec a accepté de renoncer à mener des réformes sans l’accord préalable de ses créanciers tout en évitant toute mesure qui ait une incidence budgétaire négative.


Un rapport de forces défavorable
S’il en est ainsi, c’est que le rapport de forces n’était pas favorable. D’abord parce qu’en Grèce même, quasiment personne ne voulait d’un « Grexit » (sortie de la Grèce de la zone euro – NDLR). La menace d’une rupture des négociations par le gouvernement grec n’a donc jamais paru vraiment crédible. De plus, les Grecs eux-mêmes ont encore affaibli la position de Syriza en continuant à retirer massivement leur argent des banques, contribuant ainsi à mettre le pays à la merci de la Banque centrale européenne.
Mais cet échec résulte aussi de ce qu’en face une ligne très dure s’est imposée rapidement. Les tenants traditionnels de la saignée version médecins de Molière – les gouvernements d’Allemagne, de Finlande ou des Pays-Bas – étaient visiblement prêts à envisager sans trop d’états d’âme un Grexit. Ils considéraient manifestement que celui-ci n’aurait plus d’effets de contagion aussi graves qu’en 2010. Ils ont été rejoints, ou plutôt même poussés à l’intransigeance, par les gouvernements de droite des pays en crise: Irlande, Portugal, Espagne. Ceux-ci risquaient évidemment leur survie si la Grèce de Syriza obtenait des aménagements substantiels aux politiques d’austérité qu’eux-mêmes avaient accepté de mettre en œuvre avec zèle malgré leur coût économique et social astronomique pour leurs pays.

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Mais le facteur le plus déterminant a probablement été le non-engagement de la gauche traditionnelle dans cette bataille. Au-delà des mots, ni le SPD allemand, qui codirige le gouvernement d’outre-Rhin, ni Matteo Renzi, le premier ministre italien, ni François Hollande et son gouvernement n’ont réellement levé le petit doigt dans cette affaire. La droite est certes dominante en Europe mais la gauche n’en pèse pas moins d’un poids déterminant: elle est majoritaire en particulier au sein des Parlements allemand, français et italien, les trois premiers pays de la zone euro qui représentent pratiquement les deux tiers de son économie. Et pourtant cette gauche de gouvernement ne s’est donc pas saisie de l’arrivée au pouvoir de Syriza pour tenter d’infléchir la politique économique suicidaire imposée depuis cinq ans à la zone euro par la droite européenne.
Syriza est certes vécu comme une menace potentielle par la social-démocratie européenne, et un succès du nouveau gouvernement grec aurait pu aggraver les choses, notamment en Espagne où Podemos menace sérieusement de « Pasokiser » le PSOE, le Parti socialiste espagnol. Les Allemands du SPD ont eu peur également d’affronter la chancelière sur un terrain où l’électorat populaire, et pas seulement celui de droite, est très sensible au discours antigrec martelé par une grande partie des médias. Quant à Matteo Renzi, il critique certes régulièrement l’austérité imposée par Angela Merkel, mais il s’affiche aussi comme un social-libéral décomplexé et n’avait aucune envie d’être assimilé au programme de Syriza. Il est par ailleurs engagé dans des batailles internes difficiles en Italie, dont son avenir dépend beaucoup plus que de celui de la Grèce dans l’immédiat.

LES ÉLITES FRANÇAISES SOUTIENNENT L’AUSTÉRITÉ

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Quant à François Hollande, contrairement à ce qu’on pouvait attendre a priori au vu de la campagne de 2012, l’absence de volonté de peser sur le cours des politiques européennes est une constante de sa politique depuis trois ans. Cela résulte sans doute en partie d’une appréciation – erronée – du rapport de forces: la France « mauvaise élève » ne serait plus suffisamment crédible pour avoir son mot à dire dans le concert européen.
Pourtant nous n’avons pas à rougir du parcours du pays dans la crise: la bonne tenue de la demande intérieure française a sauvé la zone euro de l’écroulement, même si cela a effectivement eu un contrecoup négatif sur les marges des entreprises et les comptes extérieurs du pays du fait de l’effondrement de la demande et de la baisse du coût du travail dans le reste de la zone. De plus si, aujourd’hui, la France peine à réduire ses déficits publics, c’est avant tout parce qu’elle s’est engagée sur la voie souhaitée avec insistance par les instances européennes en diminuant de 43 milliards d’euros les recettes publiques collectées auprès des entreprises.....

[ Guillaume Duval, rédacteur en chef d ’« Alternatives économiques » a publié récemment « la France d’après: rebondir après la crise » (Les Petits Matins, 2013) et « Made in Germany. Le modèle allemand au-delà des mythes » (Seuil, 2013).]

 

http://www.humanite.fr/guillaume-duval-linaction-des-gauches-au-pouvoir-pese-sur-les-difficultes-de-syriza-568256

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