«  Comme si notre vie n'avait aucune valeur à leurs yeux ... »

 

 Cela fait exactement un an, avec le collectif « Collectif Parisien pour la Protection des Jeunes Mineurs isolés Etrangers » nous avons été alerté par une amie qu'un groupe de jeunes dormaient dehors, Boulevard de la Villette, devant la PAOMIE  ( Permanence d'Accueil et d'Orientation des Mineurs Isolés Etrangers ). Ils étaient au nombre de quinze sous une pluie glaciale. Ils arrivaient d'Afrique subsaharienne. Quand on commencé à dialoguer avec eux, tous avaient le même désir  aller à l'école, évidement ! Ces jeunes ont fait des voyages dangereux pour des raisons économiques ou politiques. Ils ont besoin impérativement de la protection de notre pays.

Comment ne pas prendre en compte la situation de ces jeunes et leur grande vulnérabilité ?

 J'ai rencontré Ali avec le collectif lors d'un rassemblement devant le Rectorat du 20e arrondissement en Avril 2015. Ali était parmi les jeunes, totalement désorienté, le visage famélique et profondément triste .

 Devant sa détresse j'ai pris le temps de parler avec lui, c'était délicat parce qu'il parlait très doucement et il était difficile à comprendre. Je le sentais complètement perdu, paniqué. Il venait de la PEMIE ( Pôle Evaluation Mineurs Isolés Etrangers ) de Bobigny. Arrivé en France début Avril 2015. Avec le collectif nous avons commencé à nous réunir régulièrement avec les jeunes que nous avions rencontrés depuis quelques mois pour connaître leurs besoins, où en étaient leurs dossiers …

 Ali était toujours présent, il parlait peu, nous nous sommes vite rendus compte qu' il était très fragile psychologiquement, et qu'il fallait trouver auprès de Médecin du Monde une permanence de psychiatre pour le recevoir. Ali est aujourd'hui suivi par une psychiatre une fois par semaine. Il va mieux et reprend de la force.

 Nous aidons aussi les jeunes dans leurs parcours de santé. J'ai accompagné Ali à différentes consultations médicales. Pour exemple Ali se plaint régulièrement de douleurs intercostales, il a vu un pneumologue, a fait une radio, ses douleurs sont dues aux violences qu'il a subies avec des passeurs aux frontières . Il en est de même quand je l'ai accompagné voir un ORL, le médecin a attesté des traumatismes importants, « des bleus » aux oreilles .

Nous accompagnons depuis quelques mois un groupe de huit jeunes, la plupart ont parcouru de nombreux pays, oui, pour certains leur périple aura duré deux ans, voire plus, pour arriver enfin en France avec un espoir grand comme le Monde.

 Espoir d'aller tous les jours à l'école, espoir d'apprendre un métier, espoir d'être protégé, hébergé, espoir d'avoir une vie décente et d'être considéré comme tous les jeunes dans ce pays.

 Eh bien ! A peine arrivés en France, on leur fait entendre une autre musique et il s'ensuit pour eux de nombreuses persécutions, humiliations de la part des autorités, j'ai nommé la Paomie, la Dases ( Direction de l'Action Sociale de l'Enfance et de la Santé ) et ensuite l'Etat. Quand je dis persécutions, humiliations, il faut entendre aussi discriminations. Les jeunes subissent des entretiens laborieux, pénibles et surtout discriminant durant lesquels ils sont broyés par une machine bien savante, bien huilée depuis de nombreuses années. Les agents ont appris par coeur on imagine une grille de questions perverses et malfaisantes avec un comportement où il va de soi. Ensuite ils décideront de façon arbitraire si le jeune est mineur ou majeur.

 Nous sommes plus que jamais bien en face

 d'une politique qui délibérément refuse de protéger les jeunes mineurs et jeune majeurs.

 Une politique qui froidement met tout en oeuvre pour les dégoûter de rester en France.

 Une politique qui de manière indigne et sournoise opère savamment à les repousser hors de nos

 frontières.

 Une politique déshumanisante qui met tout en oeuvre pour les rendre invisibles et qui avec méthode s'applique à les chasser dès qu'ils  «s'installent» sur une place.

 Ce n'est pas possible qu'on accepte dans ce pays d'ABANDONNER des jeunes mineurs dans la rue.

 C'est inadmissible que la Mairie, l'Etat restent sourds aux ultimatums des associations, comités de riverains, collectifs ...

 Nous sommes bien devant un Etat qui décide

 Qui parmi ses habitants

 Qui compte pour rien .

 collectif parisien pour la protection des jeunes et mineurs isolés étrangers

 https://www.facebook.com/Collectifparisiensprotectionmineursetrangers/

 

 

 

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