L’Algérie, ce territoire artificiellement hypertrophié, vacille sur ses propres failles. Une junte d’un autre âge la conduit droit vers la fragmentation, en jouant à l’aveugle avec l’histoire et la raison.
Je le dis sans détour : je m’oppose à toute atteinte à la souveraineté du peuple algérien, mais je m’insurge tout autant contre les dirigeants qui, depuis l’indépendance, sabotent eux-mêmes l’intégrité de leurs terres par leur politique absurde et autodestructrice.
Les contradictions s’y multiplient au point de devenir structurelles, annihilant toute cohérence d’État. Comment vomir sur le colonialisme tout en vénérant les frontières qu’il a tracées au cordeau, selon ses propres intérêts ? Comment brandir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes tout en défendant les héritages les plus iniques du découpage colonial ?
On ne bâtit pas une nation en misant tout, tapis compris, sur le dossier du Sahara, qu’il soit espagnol, marocain ou imaginaire. On ne se construit pas en s’arrosant de pétrole et de gaz tout en laissant sa jeunesse se noyer dans les océans ou s’étouffer dans les soutes d’avions.
On ne prêche pas la démocratie avec les mains couvertes du sang d’un peuple muselé.
On ne se prétend pas puissance régionale quand l’industrie est à genoux et l’économie en déliquescence.
On ne parle pas d’avenir quand le seul projet de société consiste à entretenir la haine de l’autre.
Soixante ans d’indépendance, et toujours pas de narratif fédérateur, pas d’horizon, pas d’énergie positive. Juste un régime sans souffle, plusieurs têtes et aucune vision. Une Algérie prise en otage par ses propres contradictions et un peuple qu’on empêche encore de rêver debout.