Un économiste hors-sol
En lisant attentivement l’entretien de Najib Akesbi publié dans Le Monde (18-19 octobre 2025), on retrouve le même ton professoral, la même conviction théorique, et le même refus d’admettre que le Maroc n’est plus celui des années 1980.
Son univers intellectuel sent la naphtaline : il disserte avec superbe sur la “politique économique” comme on rejoue un vieux disque dont plus personne n’écoute les craquements.
Pendant que le monde avance, lui s’enferme dans ses certitudes, loin du terrain, loin de l’entreprise, loin de la vie.
Chiffres et réalité : un décalage frappant
Les chiffres qu’il avance sont, dans l’ensemble, vérifiables. Mais leur interprétation occulte une dimension essentielle : celle de l’évolution du Maroc depuis l’indépendance.
Présenter le développement du pays comme un long fleuve tranquille, déroulé sur un tapis rouge, relève d’une vision simpliste et déconnectée du réel.
Les décennies qui ont suivi l’indépendance ont été marquées par les séquelles de la guerre froide, les tensions du panarabisme et la montée des courants islamistes, dans un monde globalisé en perpétuelle effervescence.
Ces contraintes, lourdes et parfois paralysantes, n’ont pas empêché le Maroc d’avancer, de se réformer et de préserver la continuité d’un État séculaire.
Nier ces réalités, c’est travestir l’histoire. Et prétendre que le Maroc n’a pas fait les bons choix pour inscrire sa trajectoire dans la modernité, c’est céder à une forme de mauvaise foi que même les faits ne suffisent plus à justifier.
Quand l’ego prend le pas sur l’analyse
Le plus frappant reste sa scène improbable : trois heures de quasi-monologue devant quelques jeunes désœuvrés d’une plateforme ludique baptisée GenZ212.
À ce stade, ce n’est plus de la pédagogie, c’est une quête désespérée de reconnaissance.
Derrière le vernis professoral, affleure l’ego blessé d’un homme en mal de tribune, convaincu que la logorrhée peut encore tenir lieu de pensée.
Médias et tribune : un mélange dangereux
Ce qui inquiète le plus, c’est la proximité assumée avec certains relais médiatiques, notamment Le Monde, jadis phare du journalisme, désormais lanterne tremblotante d’un pouvoir d’influence qu’il ne contrôle plus.
Depuis le départ d’Edwy Plenel, cette maison autrefois respectée s’est compromise dans un entre-soi idéologique qui a troqué la rigueur pour la connivence.
Akesbi, lui, semble ne rien voir, ou feint de ne pas voir.
À trop vouloir exister dans le regard des autres, il finit par trahir le regard qu’il devrait porter sur lui-même et sur son pays.
Un conseil pour l’histoire
Peut-être devrait-il, avec un peu de recul, troquer la posture du conférencier contre celle du mémorialiste.
L’histoire lui offrirait enfin ce que le verbe ne lui donnera jamais : la paix d’esprit.