M. Fillon n’est pas un homosexuel

Si je me place aujourd’hui aux côtés de François Fillon, c’est pour une raison qui échappera toujours à ses détracteurs rivalisant de bassesses : la solidarité due à un « frère humain » (François Villon) quand on le voit endurer tout, avec un courage admirable, plutôt que de renoncer à son désir. C’est un psychanalyste, élève de Lacan, qui signe ces lignes.

« Ceci n’est pas une pipe. »  Magritte

« Emplois fictifs » disaient-ils. Et de mettre en doute sa probité. Ce n’était qu’un début. La première marche de son chemin de croix. Ils ont mis à la torture morale sa femme, puis ses enfants, et enfin toute sa famille. Ils ont cloué au pilori ses collaborateurs et ses amis Ils l’ont suivi, pisté, traqué de jour et de nuit. Ils n’ont pas seulement saccagé sa réputation, c’est son honneur qu’ils ont jeté aux chiens.

Le public ? Il s’indigne et/ou se moque. La plupart sont indifférents aux souffrances d’un autre parce que c’est un autre, et qu’il appartient à la classe dirigeante. Heureux quand ils ne se repaissent pas de son malheur.

Les plus proches de ses amis politiques, dont certains l’ont déjà trahis et qu’il a pardonnés, attendent froidement qu’il s’effondre. Prêts sinon à le pousser vers la sortie, « avec tous les égards » dit l’un d’entre eux, peu futé. Il est comme enveloppé de malédictions : qu’il s’efface, qu’il disparaisse, qu’il soit comme s’il n’avait jamais été. Oui, jusqu’au « Mê phunai » d’Œdipe à Colone, ce vœu de « n’être pas né » que le héros articule comme un cri dans la solitude la plus radicale, dans le désespoir du mensonge qu’a été toute sa vie.

Oui, voilà ce qu’ils veulent obtenir de lui, non pas simplement un prestige terni, une candidature renoncée, une carrière arrêtée, une ambition ruinée, mais l’aveu d’un désir impossible d’annulation rétrospective. Cela nous porte dans cet « au-delà de la pulsion de mort » où seul Lacan a su entrer.

Je le dis, je l’annonce : ils ne s’arrêteront pas avant de l’avoir meurtri jusqu’au plus profond de son être. On a déjà pu entendre les premières notes encore timides d’un Boléro dont le lent crescendo sera, espèrent-ils, sa marche funèbre. C’est un rival lui lançant : « Ne jouons pas les chochottes ! » C’est le magazine Closer plaçant sa photo en couverture avec la phrase : « Au lycée, on le surnommait Choupette. » C’est, la semaine dernière, le journal Libération barrant une page entière de sa rubrique « Idées » de ce gros titre : « François Fillon : “cocotte“ ou “patriarche“ de la République. »

Qui ne voit sur quel mot convergent ces dits ? Ce mot, lui, n’est pas dit, car il y a encore des lois dans ce pays qui punissent l’atteinte à la vie privée. Il n’est pas dit, mais il est sous-entendu, et c’est comme s’il était claironné.

En quoi ce mot serait-il une injure ? En quoi serait-il disqualifiant pour les plus hautes charges de l’Etat, pour les réalisations les plus sublimes de l’intelligence ? Alexandre le Grand ou le Grand Condé, et Alan Turing, sont des noms qui viennent ici se croiser sous nos yeux. Qui voudrait nous ramener aux heures noires où l’acte réputé contre-nature était puni et rejeté dans l’illégalité ?

Au rebours du rinforzando de la calomnie, tout indique que les mœurs de M. Fillon sont irréprochables et pures. Chrétien, catholique romain — on lui a assez reproché de ne pas le cacher, comme si seule la Catholic Pride devait être honteuse — époux qui semble uxorieux comme l’était Freud, père de famille nombreuse vivant à la campagne, sa vie n’a jamais été entachée d’aucun scandale d’ordre sexuel. Il bénéficie aujourd’hui de la confiance et du soutien d’une jeunesse exigeante issue de la Manif pour  tous. « Sens commun » l’entoure et le protège avec une fidélité de mamelouk. Cela dit quelque chose de l'homme.

On dira de ce que je dis : c’est un partisan exalté qui parle. Rien n’est plus faux. Il m’est arrivé jadis de chroniquer dans Le Point.fr « la guerre fratricide » Copé-Fillon qui divisa l’UMP et menaça de ravager la droite. Jean-François Copé prit la peine de me téléphoner, il m’invita à déjeuner dans les locaux de la rue de Vaugirard, un lien amical perdure entre nous en dépit de choix politiques qui sont aux antipodes.

Ayant fait la connaissance de M. Copé à l’initiative de celui-ci, je souhaitai rencontrer M. Fillon. La rédaction du Point s’entremit, en vain. J’appelais Mme Bachelot, qui me promit de faire son possible pour me décrocher un rendez-vous avec son ami. Cette tentative n’eut pas de suite.

Si néanmoins je me place aujourd’hui aux côtés de François Fillon, c’est pour une raison qui échappera toujours à ses détracteurs rivalisant de bassesses : la solidarité due à un « frère humain » (François Villon) quand on le voit risquer, endurer tout, avec un courage, une ténacité admirable, plutôt que de renoncer à son désir.

C’est un psychanalyste, élève de Lacan, qui signe ces lignes.

Jacques-Alain Miller

Paris, le 10 avril 2017

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