Diviser Pour Mieux Régner : les Centres de Rétention Administratifs ouverts à la Concurrence

Dans un communiqué du 10 septembre 2008, Réseau Education Sans Frontières condamne le décret publié le 22 août dernier régissant le soutien apporté aux étrangers detenus dans les Camps de Rétention Administratifs (CRA) en France:« Par un décret publié le 22 août dernier, le ministre de l’Immigration a décidé de bouleverser le dispositif qui permettait d’informer les étrangers retenus dans les centres de rétention et de leur apporter assistance dans la mise en œuvre effective de leurs droits. Depuis 1985, la CIMADE était l’organisation missionnée pour accomplir cette tâche difficile.Le décret prévoit que l’ensemble des CRA à travers la France seront répartis en huit lots et que toute association ou personne morale pourra faire acte de candidature dans une logique de concurrence. Parmi les obligations auxquelles seront soumises les associations concernées figure un inquiétant « devoir de neutralité et de confidentialité ». http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article15292 

Dans un communiqué du 10 septembre 2008, Réseau Education Sans Frontières condamne le décret publié le 22 août dernier régissant le soutien apporté aux étrangers detenus dans les Camps de Rétention Administratifs (CRA) en France:

« Par un décret publié le 22 août dernier, le ministre de l’Immigration a décidé de bouleverser le dispositif qui permettait d’informer les étrangers retenus dans les centres de rétention et de leur apporter assistance dans la mise en œuvre effective de leurs droits. Depuis 1985, la CIMADE était l’organisation missionnée pour accomplir cette tâche difficile.

Le décret prévoit que l’ensemble des CRA à travers la France seront répartis en huit lots et que toute association ou personne morale pourra faire acte de candidature dans une logique de concurrence. Parmi les obligations auxquelles seront soumises les associations concernées figure un inquiétant « devoir de neutralité et de confidentialité ».

 

http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article15292

 

 

Dans son communiqué, RESF explique :

 

"RESF condamne avec vigueur cette réforme : il y voit-une nouvelle aggravation de la mécanique répressive qui frappe les étrangers, liée aux difficultés que rencontre le ministre pour mettre en œuvre sa politique du chiffre,

-et une nouvelle régression dans l’exercice des droits fondamentaux.

 

"Aucun des arguments défendus par M. Hortefeux n’est convaincant :-il invoque la surcharge de travail dont se plaindrait la Cimade : à supposer qu’elle existe, elle n’est liée qu’à la mise en oeuvre de quotas d’expulsion qui peuplent les CRA de personnes qui n’ont rien à y faire et elle pourrait se résoudre, au mieux par une politique plus humaine, et au moins par l’augmentation des moyens mis à la disposition de l’association.

-Il vante la fin d’un monopole et l’ouverture, mais on voit bien que l’objectif implicite est de diviser pour mieux régner et de remplacer aussi souvent que possible une association qui se fait une haute idée de sa mission de service public et revendique, avec mesure, mais constance, sa dimension militante et sa liberté d’expression.

 

"La Cimade, présente dans tous les centres et lieux de rétention, se tient à la disposition des étrangers qui y sont amenés, les informe, non seulement sur leurs droits, à l’asile ou à la vie privée et familiale, mais leur donne aussi les moyens pratiques de les mettre en œuvre, en rédigeant des recours, en mettant un mémoire à la disposition des avocats commis d’office, en aidant les personnes retenues à communiquer avec leurs proches, leurs soutiens.

 

"La CIMADE est partie prenante du Réseau Education Sans Frontières. Elle a contribué, notamment par son expérience et son expertise sur le plan juridique, à la réalisation de la nouvelle édition du Guide pratique et juridique diffusé par RESF.

 

"Est-ce, pour une part, cet engagement qu’on veut faire payer à la Cimade, au moment où RESF, du fait de son action réussie et prolongée en défense des jeunes, des enfants et des familles menacés d’expulsion, est ouvertement une cible politique pour le ministre de l’Immigration ?

 

"A un moment où l’Etat construit à tour de bras de nouvelles prisons pour étrangers, alors que l’existence d’une directive européenne laisse planer la menace d’un allongement de la durée de détention et d’une nouvelle régression des droits, RESF exprime sa solidarité avec la CIMADE et se tient prêt à lui apporter toute la solidarité qu’elle jugera nécessaire à la poursuite de son action."

 

Sur son site, la CIMADE condamne également les manoeuvres du Ministère concerné :

 

http://www.cimade.org/nouvelles/1137-Retention---vers-un-eloignement-en-catimini-des-etrangers

 

Depuis 1984, dans le cadre d’une convention avec l’Etat puis d’un marché public, la Cimade accompagne les étrangers dans l’exercice et la défense de leurs droits. Cette mission s’est toujours accompagnée d’un rôle essentiel de témoignage sur la réalité quotidienne de ces lieux d’enfermement. Depuis 24 ans, non sans tensions régulières, les gouvernements, quelle que soit leur orientation, ont accepté l’existence d’un regard de la société civile à l’intérieur des centres de rétention.

 

Un an après la création d’un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale, le respect de cette exigence démocratique n’est plus de mise.

Sous couvert d’introduire de la « diversité » dans les centres de rétention, le ministère de l’Immigration organise :

 

- la remise en cause de la définition même de cette mission, passant de l’aide à l’exercice des droits à un simple rôle d’information.

- l’interdiction de témoigner de la réalité des centres de rétention, avec la création d’une clause de confidentialité dans l’appel d’offre paru le 28 août.

- l’éclatement de cette mission entre de multiples opérateurs, en prévoyant que cette mission ne soit plus exercée par une ou des associations nationales, mais par des « personnes morales ».

 


Une présence associative indépendante va donc céder la place à l’intervention d’organismes privés ou parapublics silencieux et contractuellement aux ordres des pouvoirs publics.

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