Appel à l'aide... à la réflexion et à l'action

Responsable de la Documentation Technique depuis octobre 2005, j'ai été licencié pour "faute lourde" par l'entreprise Qosmos, le 13 décembre 2012.

Responsable de la Documentation Technique depuis octobre 2005, j'ai été licencié pour "faute lourde" par l'entreprise Qosmos, le 13 décembre 2012.

A l'époque en arrêt maladie pour "dépression réactionelle", et ceci depuis le 20 avril 2012, je venais de recevoir un premier avis d'inaptitude au poste par le Medécin du Travail le 9 novembre 2012, et un deuxième avis définitif d'inaptitude au poste le 30 novembre 2012, soit 48 heures après mon entretien préalable de licenciement du 28 novembre 2012.

Quelques mois après le début de mon arrêt maladie, une plainte a été déposée conjointement, le 25 juillet 2012, par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) et la Ligue des Droit de l'Homme (LDH),

demandant à la justice française d’enquêter sur l’éventuelle responsabilité de la société Qosmos, ou de toute autre société française, pour avoir fourni au régime syrien un système permettant de surveiller les communications en temps réel de la population (technologie connue sous le nom de Deep Packet Inspection).

La FIDH et la LDH considèrent que la fourniture de ce matériel pourrait être qualifiée de complicité d’actes de torture dans la mesure où le système de surveillance aurait permis au régime syrien de parfaire les moyens de sa répression à l’encontre de son peuple et lui donner les moyens de cibler toute voix contestataire, avec pour conséquences possibles des arrestations massives de défenseurs des droits humains et d’opposants, et un recours systématique à la torture. Nous avons par ailleurs demandé au parquet d’établir si ces contrats ont été conclus dans le respect de la réglementation en vigueur sur la vente de matériel de surveillance à distance.

Source : http://www.fidh.org/Questions-reponses-sur-l-affaire


Suite à cette plainte, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris, le jeudi 26 juillet 2012. Confiée à la Section de Recherches de la Gendarmerie de Paris, elle est toujours en cours.

 

A la suite des événements du "printemps arabe" de 2011, j'avais également appris avec stupéfaction en juillet 2011 que le contrat "Eagle" sur lequel j'ai personnellement travaillé à Qosmos en 2007-2008, pour le compte d'Amesys, a été destiné à fournir au régime libyen de Kadhafi les mêmes moyens de répression :

Une plainte a été déposée en octobre 2011 par la FIDH et la LDH, qui visait la société française Amesys pour complicité de torture à travers la fourniture d’un matériel de surveillance au régime de Khadafi, lui permettant de parfaire les moyens de répression à l’encontre de ses opposants et de la population dans son ensemble. Le parquet de Paris avait rendu, en avril 2012, un réquisitoire aux fins de non informer, considérant que les faits dénoncés ne pouvaient recevoir de qualification pénale. La juge d’instruction saisie avait rendu un avis contraire, décidant de procéder à l’ouverture de l’information, précisément au motif que l’enquête judiciaire aurait pour but de déterminer s’il convenait de retenir la responsabilité pénale de la société Amesys ou de ses dirigeants. Le parquet avait fait appel de cette ordonnance.

« La Chambre de l’instruction est venue confirmer qu’il y avait matière à instruire dans cette affaire, malgré les obstacles posés par le Parquet de Paris, visiblement réticent à permettre une enquête impartiale et indépendante dans cette affaire » a déclaré Patrick Baudouin, Président d’honneur de la FIDH, responsable de son Groupe d’action judiciaire et avocat de la FIDH.

Cette décision rendue par la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a permis la poursuite de l’instruction, après l'ouverture d'une enquête préliminaire en mai 2012.



A cette époque en mai 2012, je me trouvais depuis quelques semaines déjà en arrêt maladie pour "dépression réactionelle", et suivi par une psychiatre spécialisée dans la Souffrance au Travail, et une psychologue également spécialisée dans ce domaine.

Suite à l'enquête préliminaire visant Qosmos, ouverte par le parquet de Paris le 26 juillet 2012, des événements que je vivais dans la solitiude d'une histoire personnelle jusqu'alors - ayant subis des pressions au travail pour mon attitude critique vis à vis de ces contrats et pour mon positionnement éthique -, ont pris une dimension autre : ce qui a eu pour conséquence à la fois de renforcer mon cas et ma défense, et de compliquer son dénouement.

 

Dans ce contexte particulier, j'ai été licencié pour faute lourde donc, le 13 décembre 2012, pour avoir publié deux commentaires sur le site Mediapart, le premier en juillet 2012 et le deuxième en novembre 2012.

Licenciement pour "faute lourde" © jamesinparis Licenciement pour "faute lourde" © jamesinparis

 

Licenciement pour "faute lourde" © jamesinparis Licenciement pour "faute lourde" © jamesinparis
 

La lettre se terrmine ainsi...

 

Le premier commentaire incriminant faisait suite aux informations publiées par Mediapart le 3 juillet 2012, Au moins 27 centres de torture en Syrie, et mettant directement en cause les services de renseignement syriens.

Le deuxième commentaire incriminant était le simple copier-coller (sans commentaire de ma part) d'une dépêche de Reuters :

 

Le 13 décembre 2012, j'ai été licencié pour "faute lourde" par le Président du Directoire de Qosmos en personne, c'est à dire par celui qui a personnellement signé ces contrats permettant de fournir au régime libyen de Kadhafi, et au régime syrien d'Assad, les moyens technologiques d'arrêter, de torturer et de tuer des opposants aux régimes.

Lorsque l'agence Bloomberg a interviewé le Président du Directoire (CEO) en novembre 2011, il a d'ailleurs reconnu que "on va se retirer du projet" ("Qosmos, CEO Thibaut Bechetoille said he would pull out of the project"), et q'il était "techniquement et contractuellement compliqué de se retirer du projet"  : c'est à dire, en novembre 2011 Qosmos fournissait toujours le régime syrien, et ne savais toujours pas comment s'y prendre pour s'en défaire :

Syria Crackdown Gets Italy Firm’s Aid With U.S.-Europe Spy Gear

By Ben Elgin & Vernon Silver - Nov 4, 2011 :

When Bloomberg News contacted Qosmos, CEO Thibaut Bechetoille said he would pull out of the project. “It was not right to keep supporting this regime,” he says. The company’s board decided about four weeks ago to exit and is still figuring out how to unwind its involvement, he says. The company’s deep- packet inspection probes can peer into e-mail and reconstruct everything that happens on an Internet user’s screen, says Qosmos’s head of marketing, Erik Larsson.

The mechanics of pulling out of this, technically and contractually, are complicated,” Larsson says.


Ma faute était d'abord de manifester une attitude critique vis à vis de ces contrats au sein de Qosmos, et puis lorsque je me trouvais en dépression nerveuse, d'en parler de ces affaires dans deux commentaires sur Mediapart.


Suite à ces événements, je suis aujourd'hui chercheur d'emploi.

De ce fait, ma situation actuelle ne permet plus de faire face tout seul à des frais d'avocat et de suivi psychologique (non remboursé). Pour le dire simplement, je n'arrive plus à garder ma tête au-dessus de l'eau.

C'est pourquou j'ai décidé de faire appel aujourd'hui aux abonnés de Mediapart, d'autant plus que c'est en tant que l'abonné "jamesinparis" que j'ai été licencié pour "faute lourde".

Ma demande est précise : une somme de €2000 à verser directement à mon avocat, une somme de €1000 à verser au psychologue qui me suit depuis mai 2012, et qui travaille depuis des mois sans le moindre rémunération. Et une somme de €1000 à envoyer eu Trésor public, afin de faire patienter la Direction des impôts.

Je sais, cela fait €4000 en tout, c'est beaucoup. Mais je demande qu'aucune somme ne me soit versée directement, et je m'engage à remettre cette somme au Club de Mediapart une fois que la procédure en cours auprès des Prud'hommes sera terminée.

Cette somme pourrait par la suite être reversé aux membres ayant contribué, ou servir à constituer un fond permettant d'aider d'autres personnes dans des situations semblables.

 

Sincèrement,

jamesinparis.

 


 


Appel Solidarité Mediapart mode d'emploi :

 Après discussion avec Mediapart et avec certains d'entre vous, le dispositif suivant a été retenu pour cette occasion :

  • Mediapart n'ayant pas le droit de recevoir les dons à son nom, les dons peuvent êtres envoyés à :
    James Dunne C/o Mediapart, 8, passage Brulon, 75012 Paris.
  • Il faut que les chèques soit libellés à l'orde de James Dunne.
  • J'irai, accompagné d'un autre abonné, au bureaux de Mediapart, afin de constater les sommes reçues sur place avec Mediapart.
  • Je signerai une reconaissance pour la somme reçue.
  • Le surplus, si surplus il y en a, sera mis sur un compte "Solidarités Mediapart" dédié, à l'usage d'autres abonnés.
  • Quand mon "histoire" sera terminée, je remettrai sur ce même compte "Solidarités Mediapart" la somme reçue par moi-même.

 
Par Paypal

A la demande de beaucoup d'entre vous, j'ai créé un compte Paypal à l'adresse email :

james.mediapart@gmail.com

Merci encore

 


 

Pour aller plus loin...

Cet appel à l'aide, et à la solidarité, est aussi un appel et une invitation à la réflexion...

Ce billet-appel a un billet-soeur qui le précède chronologiquement : Getting Through : Une drôle d'histoire en images

Billet qui tente de réfléchir à partir du vécu qu'il raconte...


En voici quelques extraits :

Ajout du 24.11.2012

Comment mener une vie bonne dans une vie mauvaise ? Adorno soulignait la difficulté de trouver un moyen de mener une vie bonne pour soi, soi-même, dans un monde plus vaste structuré par l'inégalité, l'exploitation et diverses formes d'effacement.

Par Judith Butler, philosophe

Une morale pour temps précaires

Son discours de réception prononcé à l'occasion de la remise du prix Adorno 2012

LE MONDE |28.09.2012

 

Ajout du 06.12.2012

Parfois on a l'impression de vivre au milieu d'un piège qui se referme, tant les défis se multiplient : aux défis attendus, s'ajoutent des défis improbables. Si ces quinze jours passés constituaient le chapitre d'un roman, on dirait que l'auteur en a rajouté pour les rendre plus poignants, plus haletants. Et pourtant non, le logiciel de la vie est fait ainsi.

Peut-être c'est pour dire, lever votre tête, regarder autrement, tenir autrement, changement d'étape ?

"Certes, les relations de soi à soi existent, mais même quand ce soi solitaire tente de se prendre pour objet de réflexion, voire de prendre soin de lui, il manie une série de conventions, de termes et de normes dont il n’est pas l’auteur. Ce sont des conventions sociales qui nous viennent de la langue et d’un champ de significations sociales plus large, dans lequel nous sommes tous formés. Quand nous commençons à réfléchir sur nous-mêmes, nous n’abandonnons pas cette formation sociale. Elle est présente dans les interstices de notre pensée, et même dans notre idée de ce qu’un « soi » devrait être. Ainsi, alors que l’on peut être tout à fait isolé dans sa pensée, voire physiquement seul, alors qu’aucun bruit de rue n’est perceptible et que personne n’est en vue, la trace vivante du monde social continue à médiatiser les relations les plus intimes que nous entretenons avec nous-même."

Source : Une analytique du pouvoir, entretien avec Judith Butler

 

Ajout du 12.12.2012

Devant ce qui semble être une cascade de défis de toutes sortes, et même si j'ai la conviction d'avancer, comment ne pas encaisser ? Comment ne pas y être atteint, dans sa chair et dans son être ?

Et si cela serait possible, faut-il se blinder à ce point ? Comment être fort et humain à la fois, sachant que c'est là où se puise justement ses forces et ses faiblesses ?

J'encaisse. Comme je tiens à tenir.

Et devant le déjà difficile, cette période "des fêtes" me quémande une énergie que je n'ai pas.

 

Ajout du 19.12.2012

Se trouver dans une situation conflictuelle, faite d'abord d'un cas de conscience et du positionnement éthique qui en résulte, c'est être confronté à plusieurs niveaux d'échanges et de discours tout à la fois. Sur un vécu personnel, se superpose un langage du contentieux avec ses règles et ses enjeux propres. En même temps que de vivre de manière intime les aléas et défis du conflit, on se trouve alors devant le défi de manier ses termes : sa vie intime se trouve exposée, et se heurte à un langage qui n'a que faire de ses craintes, ses souffrances, ses espoirs, c'est à dire les enjeux d'une situation telle qu'on la vit en soi. D'une situation née d'un conflit éthique, et les conséquences cela peut entrainer dans sa vie professionnelle, un langage de négotiation et de marchandage se superpose et menace de s'imposer, risquant de transformer ce qui est du côté de la vie et les enjeux d'une expérience vécue, en une vulgaire question de rapports de force, d'éléments de négotiation, de marchandages.

 

Comment vivre humainement un tel défi dans son ensemble : comment répondre intélligemment à ces différents niveaux tous à la fois ?

 

Ajout du 21.01.2013

Comment mettre des questions éthiques au coeur des décisions stratégiques des entreprises ? Que ce soit sur le plan écologique, sur le plan des droits humains, sur le plan du respect de l'autre dans divers différents domaines ?

Si l'entreprise qui m'a licencié pour "faute lourde" le 13 décembre dernier, pour "manquement à votre obligation de confidentialité" et "manquement à votre obligation de loyauté" ("Etes-vous avec nous ou contre nous ?") avait intégré ces notions de responsabilité et d'éthique en amont dans sa stratégie même, je ne serais pas aujourd'hui au chômage, je n'aurais pas vécu un purgatoire de pressions depuis février 2011, je ne serai pas sous traitement médical, et j'aurais toujours mon emploi, des collègues, et une vie et une carrière professionnelle.

Quand l'argent, et l'opportunité d'en faire, se libère de tout souci éthique, de tout souci de responsabilité, où l'entreprise se trouve un "souci éthique" seulement alors qu'elle se trouve sous les feux et les critiques des medias : comment mener une vie bonne en tant qu'employé et citoyen ? Comment réconcilier l'irréconciliable ? Et comment se protéger ?

Pour reformuler le propos de Judith Butler : comment être une entreprise bonne dans un monde mauvais ? Comment avoir un autre mesure que celui de l'argent, où d'autres facteurs pèsent aussi et qui ne soient pas négotiables ? Ce qui implique et requière aussi l'existence des "investisseurs éthiques" prêts à renoncer à des gains au nom du respect et de la responsabilité.

 

 


 

Ajout du 1er mai

J'avoue que jétais à bout au moment de lancer cet appel à la solidarité, à bout de faire face sur plusieurs fronts sans oser appeler à l'aide. Un tel appel ne se fait pas à la légère.

Hier j'étais seul, en train de jouer au "Boudda des Situations Impossibles", comme je l'ai écris avec humour il y a quelques jours : à supplier mon banquier le matin de ne pas réjeter des prélèvements, à supplier Orange à midi de remettre ma ligne portable, à faire un entretien d'embauche l'après-midi comme si de rien n'était, à préparer un dossier pour mon avocat le soir, à écrire des chèques en bois... et aujourd'hui je vis un déluge de solidarité.

Peut-être ce geste compromettra-t-il même ma procédure aux Prud'hommes. Mais l'essentiel n'en est pas là. On fait comme on peut, avec les moyens que l'on peut. Et au lieu de le faire tout seul, je suis soutenu par la solidarité et la sympathie des centaines de personnes à Mediapart et ailleurs.

Il y a des amis personnels qui ne sont pas abonnés à Mediapart qui ont découvert mon appel (je ne sais pas comment) et qui se démènent aussi pour m'aider.

J'aimerais vous dire tous ma gratitude du fond du coeur.

Merci

1er Mai 2013

1er Mai 2013© jamesinparis

 

A lire également :

Une filiale de Bull aidait Kadhafi à surveiller ses opposants

30 août 2011 | Par La rédaction de Mediapart

La FIDH porte plainte contre Amesys, Amnesty dénonce les exportations d'armes

19 octobre 2011 | Par La rédaction de Mediapart

Amesys : le parquet ouvre une enquête pour complicité de torture en Libye

22 mai 2012 | Par La rédaction de Mediapart

Amesys, la justice et la morale

28 mai 2012 | Par La rédaction de Mediapart

Les documents Takieddine. Les preuves de l’espionnage français du net libyen

06 octobre 2011 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske

Amesys: le logiciel espion vendu à Kadhafi devait «chasser le pédophile», pas l'opposant

09 décembre 2011 | Par La rédaction de Mediapart

Amesys: des réfugiés libyens sur écoute

02 décembre 2011 | Par La rédaction de Mediapart

Libye, Sarkozy et argent noir : les affaires de Takieddine avec Barclays

18 juillet 2012 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske

 

I Can't Make it Any More...

RIP Richie Havens (January 21, 1941 – April 22, 2013).

Richie Havens melting human hearts at the Woodstock Festival 1969...

Richie Havens - I Can't Make it Any More © boo66

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.