Quand le 13 heures de France 2 jouait à "saute cadavre"

Entendu le 28 février à propos de l'assasinat de Nemtsov:

Et c'est ceci qui est paradoxal, c'est que ce meurtre fait au moins deux victimes. La première c'est Vladimir Poutine qui évidemment n'a pas commandité le meurtre de cet opposant politique qui est aujourd'hui beaucoup plus gênant mort que vivant.

 

Qui est l'auteur de ces paroles?

Encore un abject stalino-poutiniste qui joue ainsi à "saute-cadavre" sur le corps de Nemtsov, instrumentalisant honteusement la mort de cet homme, sans attendre que le sang ait séché?

Un "Créon-Mélenchon", fasciné par le culte du "chef", "antidémocratique, nuisible aux libertés publiques"?

 

C'est le très convenable et discret Alban Mikoczy, envoyé spécial de France 2  à Moscou pour le 13 heures:

http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/13-heures/jt-de-13h-du-samedi-28-fevrier-2015_830677.html

 

Quelle différence avec les propos de Mélenchon, accusé d'intrumentaliser ce meurtre?

Strictement aucune:

Du coup, « à qui profite le crime ? Certainement pas à Vladimir Poutine ». Donc : « La première victime politique de cet assassinat est Vladimir Poutine. »

Selon nos deux lurons, le raisonnement, non content d'être immoral, serait "stupéfiant":

La virevolte est stupéfiante ! 

Stupéfiant?

Apparemment pas tant que ça, puisque Mikoczy s'y est exactement livré à la télévision à une heure de grande écoute sans que personne ne s'en émeuve, pour une raison simple: le raisonnement relève de l'évidence, n'importe qui peut arriver à la même conclusion en réfléchissant deux secondes.

 (On notera au passage que l'expression de Mikoczy est particulièrement malheureuse, plus encore que celle de Mélenchon: la "première victime" de ce meurtre, c'est évidemment Nemtsov. Il est en direct à l'oral. Mélenchon prend bien le soin de préciser "victime politique" en parlant de Poutine.

Viendrait-il pour autant à quiconque l'idée de tomber sur le râble du journaliste, en l'accusant de nier de façon flagrante à la victime son statut? Evidemment non: tout le monde a compris. A Mikoczy fait son job: il ébauche une analyses politiques sur le vif. Personne ne viendrait lui dire qu'il joue à "saute cadavre". 

Par conséquent, si ce reproche est fait à Mélenchon, c'est bien par intention de nuire et mauvaise foi flagrante. Ce qui est le plus débecquetant dans cette tribune, ce n'est pas le fond, c'est l'attaque faite au nom de la morale: Mélenchon se "servirait" d'un cadavre encore frais. Ce procès est franchement dégueulasse: tout le monde commente les meurtres politiques au moment même de leur annonce.)

 

Que F Arfi et A Perraud se soient crashés en plein vol dans leur diatribe anti-mélenchon en dit long sur la ligne éditoriale de Mediapart sur ces questions, et montre décidément qu'un gros paquet de journalistes y compris "de gauche" ont littéralement pété les plombs au sujet de la Russie et de Poutine, et j'avoue que je ne comprends toujours pas cette hystérie collective dans la profession.

Je ne connais pas ces deux journalistes et je m'en fiche. Ils font peut-être par ailleurs un très bon travail. Mais putain, s'ils avaient réfléchi deux secondes, ils auraient su qu'ils allaient déclencher un tel shitstorm au sein du lectorat.

Tout ceci est assez incompréhensible et ne peut s'expliquer que par la haine anti-mélenchon digne d'une quatremerde de base: à croire qu'ils n'attendaient que ça, il fallait qu'ils se le payent, quitte à se décrédibiliser et à décrédibiliser Mediapart tout entier avec eux auprès de la majorité de son lectorat.

On savait que les rédacteurs et journalistes de Mediapart sont globalement moins à gauche que son lectorat, mais eux-aussi doivent le savoir: à quoi bon provoquer une communauté de lecteurs vivante et de qualité et totalement méprisée par la quasi-totalité des media, et qui a cru trouver jusqu'à présent une sorte de "refuge" intellectuel et idéologique dans Mediapart?

La mélenchonphobie, c'est comme une grosse envie de chier, il faut que ça sorte: le problème, c'est qu'une fois la dhiarrée verbale sortie, plus question de faire machine arrière, et la petite histoire retiendra ces deux journalistes comme les deux gignols à l'origine d'un mélenchongate interne à la "gauche de la gauche", tout ça pour une pauvre chronique bêtement à charge. 

 

Moralité: 

Pour ceux qui décidément ne savent plus où s'informer pour échapper à la propagande, il est plutôt cruel et ironique que nos deux lurons se prennent une telle leçon de journalisme par le bon vieux journal télévisé du service public, pourtant cible favorite de la critique des media - cf la "laisse d'or" de Pujadas: on y trouve finalement peut-être de temps à autre plus de journalistes objectifs et compétents et moins de propagandistes hystériques, quatremerdisés et guettaisés jusqu'à l'os que sur des sites comme Mediapart, prétendant pourtant réprésenter ce qui reste des media "de gauche" en France.

 

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