Du Paysage à la Carte. De la Carte au Paysage: Battir, Mai 2o14

Après 2 années d'échanges impulsés par la volonté de Hassan Muamer (1) d'ouvrir à la reconnaissance de l'Histoire de son village - par ma volonté de faire connaître ce programme topographique hors norme mis en œuvre à Battir (2oo7/2o11), qu’il m’a expliqué, transmis, et que j'ai diffusé depuis dans ses pas afin de partager tout ce qu'il recouvre -voilà finalement 8 saisons que nous sommes de plus en plus nombreux à travailler l'information géographique disponible sur le village de Battir, en Palestine.

Battir listed: Unesco World Heritage 2o14

Après 2 années d'échanges impulsés par la volonté de Hassan Muamer (1) d'ouvrir à la reconnaissance de l'Histoire de son village - par ma volonté de faire connaître ce programme topographique hors norme mis en œuvre à Battir (2oo7/2o11), qu’il m’a expliqué, transmis, et que j'ai diffusé depuis dans ses pas afin de partager tout ce qu'il recouvre -voilà finalement 8 saisons que nous sommes de plus en plus nombreux à travailler l'information géographique disponible sur le village de Battir, en Palestine.
En Palestine où il n'y a jamais de données topographiques récentes à disposition. 
Relever, mesurer, interpréter, hiérarchiser, organiser, représenter pour transmettre… la Cartographie ne permet aucune improvisation.
Mais ici, rien pour moi n'a été comme d'habitude : au départ, ce sont des étudiants paysagistes qui m'ont invitée à les accompagner sur Battir où il était plutôt question de penser ensemble la conception cartographique de la représentation des paysages, afin qu’ils s’approprient les méthodes de la construction d’une carte.

Or sur place, je ne suis pas partie des paysages comme je l’avais pensé.

C’est en fait un ensemble de cartes topographiques qui sont déjà-là, à disposition, issues de systèmes infographiques hétérogènes : outils de l’architecture ; Autocad – des données SiG, des fichiers .Pdf ... Hassan Muamer m’explique alors le processus mis en œuvre de 2oo7 à 2o11 pour contrer la violence des projets de l’armée israélienne qui menacent les équilibres du village qui a su conserver et entretenir un patrimoine plusieurs fois millénaire.
Il n’y pas eu de cartographe dans cette équipe incroyable qui a pu, en dépit de tout, broder la représentation de son territoire sur plus de 8Km2... à partir d’une très belle photo aérienne, sans les outils ni les méthodes de la cartographie.

Il m’a fallu du temps pour tout rassembler, pour tout comprendre, et pour penser comment reconstituer de façon cohérente un fichier complet de données repérées qui puisse permettre de reprendre point par point nos méthodes de travail et la représentation Carto-Graphique de l’information - à voir comment intégrer la Sémiologie Graphique à cet ensemble thématique titanesque, issu de relevés de terrain et d’une étude socio-anthropologique sans précédent.

J’ai commencé dès Avril 2o12 à tout reconstituer sous Adobe Illustrator, sur place à Battir, depuis l’ÉcoMusée où nous étions reçus,... et puis les choses ne se sont plus jamais arrêtées.

J’ai repris petit à petit chaque donnée telle que saisie initialement –j’ai trouvé des incohérences... par exemple, 2 échelles, l’une graphique l’autre numérique renseignant une même carte sur des unités différentes –Et pourquoi 2 Lignes Vertes, une inscrite 1948, l’autre 1949 ? Quelle identification associer à chaque bâtiment représenté ? Pourquoi le Wadi sous l’École et sur les pentes alors qu’au premier coup d’œil on voit que son lit passe bien à quelques dizaines de mètres du bâtiment, en fond de vallée ? D’où proviennent les courbes de niveau qui ne suivent pas toujours les formes du terrain ? Et les tracés des Bassins versants ? 
Les Murs que l’armée israélienne convoite de construire, où doivent-ils passer exactement ? Quels sont les tronçons existants ? Ceux en construction, ceux en prévision ? À quelles dates ? ..., etc. 

La question de l’échelle a pu être réglée dès Juin 2o12 avec Hassan – c’est une erreur courante : on travaille sur les fichiers, on les mouline d’un système à un autre pour recaler des données, mais à un moment l’échelle graphique n'a pas suivi en regard de nos manipulations –et voilà. On gère des milliers de données tous les jours. Rien de plus courant.

Rien de mes remarques n’est une critique. Rien. 
Je veux permettre à chacun de comprendre l'ampleur de ce qui a été fait, et prendre en compte les questions qui se posent lorsque se conçoit une carte, quand rien n'est posisble sans plusieurs validation.

Ce qui a été réalisé alors à Battir par cette équipe scientifique - coordonnée par Giovanni Fontana Antonelli, dirigée par Samir Harb, Mohammed Hammash, Mohammad Abu Hammad, (architectes-urbanistes), Hassan Muamer (ingénieur civil), Claudia Cancellotti, Patrizia Cirino, Nicola Perugini (anthropologues) - est juste inouï (2) 

L’échelle topographique, et c’est bien-là tout son intérêt, ne permet pas d’être imprécis – Pas de cartes topographiques récentes pour la Palestine, c’est-à-dire pas de risque de fournir une information exacte, claire, rigoureuse, qui au premier coup d’œil montre ce qu’il faut vraiment voir... jusqu’au moindre détail des réseaux d’eau. Et à Battir ceci a été pensé et fait. 

Au fil des mois, des circonstances ont forcé des choix, des partages qu’il m’a fallu suivre et coordonner sérieusement, parce que rien des sujets abordés ni des enjeux qui s’entrechoquent derrière ces cartes n’autorise la moindre médiocrité. 
Parce qu’il n’est pas question de mal transcrire cette histoire qui n’est pas la mienne - parce que mes propres choix s’appuient sur mon sens de la citoyenneté qui répond ici à la rigueur d’un ensemble de démarches exemplaires où la carte remplit, peut-être plus que jamais, son rôle citoyen, éducatif et fédérateur.

Pourtant, seule depuis Paris, impossible de retoucher la moindre information –imaginez, retoucher le tracé de ces lignes vertes ? Laquelle supprimer et jusqu’où ? Comment ? Pour la faire passer où exactement ?... il y a les maisons et les jardins des gens... Comment faire ?
Sans autre source de validation, j’ai juste cherché à transcrire au mieux et exactement ce que je pouvais interpréter, en conservant les tracés tels qu’ils mont été transmis en Mai 2o12.

Réaliser des cartes induit aussi de mettre en œuvre ce qui sera nécessaire à leur entretien, aux corrections, aux mises à jour... or, il n’y a plus d’équipe à Battir depuis 2o11 pour répondre.
Et chaque jour, toujours, les messages reçus de partout pour dire la richesse de ce programme cartographique, dont je n’ai jamais douté moi-même –et dire à quel point il faut continuer de le diffuser.

Puis au fil des sessions de cours ont émergé les travaux des étudiants et leur volonté forte de les prolonger....

Alors j’ai continué de chercher et puis à force de publier et d’expliquer, les informations sont venues vers moi... Samir Harb, Nicola Perugini (auteurs de cette étude, mais plus sur place depuis longtemps), Mohammed Obidallah (de Battir, mais pas au fait de l’étude)... et puis Salman Abu Sitta pour la Ligne verte et les textes qui y sont associés, Isabelle Avran pour les Lois Fondamentales d’Israël qui n’a pas de Constitution ni de frontières. Andreas Kuntz, historien, qui prépare un ouvrage de référence sur l’Histoire de Batttir. 
Giovanni Fontana Antonelli et Mohammad Abu Hammad –auteurs de l’étude eux aussi... petit à petit, j’ai eu suffisamment accès aux sources de l’information nécessaire pour pouvoir corriger des choses.

Et puis il y a eu les travaux de cet Été à Battir: les modélisations de l'Aquaduc antique et de Battir avec Sylvain Gonnet et Ali Muammar ; les participations diverses et si efficaces d'ingénieurs de Battir ; les élèves, très nombreux, qui ont fait l'effort de vouloir s'approprier la cartographie de leur Village -les Ateliers-carto… 
Et finalement, en Septembre, j'ai accepté le mandat du Conseil du Village afin de bien cadrer et protéger ensemble, au nom de Battir, ces activités et les multiples publications associées que je me suis retrouvée, de fait, à coordonner.

Tous, je vous remercie très sincèrement -Tout comme je remercie très sincèrement Hassan Muamer d'avoir permis tous ces déploiements en 2o12: sans sa propre conviction rien de ceci n'aurait pu être réalisé.

Je remercie de même toutes celles et ceux de mes ami(e)s et collaborat(rices)eurs de longue date, très nombreux, qui dès l'Été 2o12 ont permis l'accueil de Hassan Muamer à l'occasion du FIG d'Octobre 2o12 dans le cadre des activités des Cafés-cartographiques  -ce sont les préparations à la venue de M. Muamer qui ont permis tous ces enchaînements orchestrés au rythme de nos propres obligations, des sessions de cours, et des enjeux pour Battir.

Plus tard en 2o13, Mohammed Obidallah et Samir Harb ont été accueillis grâce à vous tous encore. 

Comment vous remercier mieux qu'en suivant avec rigueur ce pourquoi vous avez bien voulu faire ces efforts ? 

En Avril, Hervé Quinquenel, Ingénieur GiS-cartographe, mon collègue de l’ENSG (à qui j’ai remis les fichiers SiG de Battir dès Juin 2o12 avec l’accord de Hassan, ceci afin de concevoir les programmes d’études que je tutore depuis à ses côtés) –a pu se libérer 2 semaines afin qu’ensemble et sur place à Battir nous puissions effectuer conjointement de nouveaux relevés topographiques et mettre à jour les cartes

Depuis le début de cette aventure cartographique singulière, je reste aussi très attentive à restituer aux villageois de Battir ce travail unique et remarquable qui leur appartient (7Les Facebook des Cafés-cartographiques ont été crées en Juin 2o12 pour répondre à cette volonté d‘échange et de partage)

Nous avons donc imaginé cette fois des activités ludiques et éducatives permettant d’initier celles et ceux qui le souhaitent à l'usage de la carte : comprendre le paysage à partir de sa représentation, et inversement –faire le lien direct depuis la carte vers le paysage alentour. 
La première démarche pédagogique a été de proposer des activités d'orientation aux Écoliers et aux Collégiens. 

Pour marquer le sens concret et vivant de cette activité, il s’agissait pour chacun, en gérant au mieux ses déplacements, de retrouver des objets placés à des endroits précis de son village et mentionnés sur la carte établie pour l’occasion.
cf/ Document légendé en Arabe: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=403868916417938&set=a.110132562458243.13068.100003845003867&type=3&theater
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https://www.facebook.com/jasmine.desclauxsalachas/media_set?set=a.393044930833670.1073741859.100003845003867&type=3
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https://www.facebook.com/jasmine.desclauxsalachas/media_set?set=a.399379390200224.1073741863.100003845003867&type=3

Ces activités ont été suivies par environ 50 enfants de 9 à 13 ans: ils ont pu tenir entre leurs mains, parfois pour la première fois, un document cartographique représentant finement l'endroit où ils vivent, leur permettant de naviguer de place en place, plus ou moins facilement, en construisant eux-mêmes leur itinéraire : c’est un exercice très constructif pour les pratiquants.

Par ailleurs, les Ateliers-carto se sont adressés aux élèves de 7 ans de l’École Hassan Mustafa. Là, nous avons travaillé sur les modes graphiques de représentation des objets : penser la légende de la carte de Battir. Repérer et dessiner par des couleurs intuitives ces objets familiers du paysage...


De retour sur Paris, nous préparons maintenant des publications et les expositions.
Aujourd’hui, enfin, nous pouvons diffuser les cartes de Battir à différentes échelles –elles commencent à être mieux rectifiées.

Tout ceci reste ouvert : une carte se publie un jour pour être mise à jour le lendemain.

Je recueille tous vos commentaires, tous vos amendements –faisons ensemble que ce beau Territoire de Palestine, si vivant, si bien pensé et entretenu depuis des millénaires - maintenu tel en particulier à Battir ... faisons tous ensemble qu’il soit compris et préservé comme le souhaitent celles et ceux qui savent y vivre en paix.

https://www.facebook.com/jasmine.desclauxsalachas/media_set?set=a.397120997092730.1073741862.100003845003867&type=3


___________
(1) Hassan Muamer, ingénieur civil, est alors Guide à l’ÉcoMuseum de Battir.
Il est le seul natif de Battir à avoir travaillé sur ces relevés topographiques et l’étude socio-anthropologique qui les renseigne (de 2o1o/2o11). 

(2) Les membres de l’équipe complète et les tâches de chacun sont indiqués dans le tableau associé à cet Album.

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