Le moment de vérité : et maintenant, il faut choisir...

Dans une campagne de caniveau, et alors que le pays fait face aux plus grands défis qu'il ait eu à affronter depuis 1958, les électeurs doivent faire un choix. Celui-ci a été rendu difficile par le brouillage d'un système médiatique aux abois, mais une analyse rationnelle (et tactique) permet tout de même à l'électeur soucieux de rompre avec le hollandisme de trouver un cap assuré...

En cette fin de campagne de premier tour des Présidentielles, la question de la morale est trop souvent mise en avant par Emmanuel Macron, pour ne pas avoir envie de bien poser ce débat et d’éclairer un choix tellement important pour le pays. Il ne s’agit pas de nier les erreurs de François Fillon ; il a présenté -fait rare- des excuses publiques à leur sujet. Il faut sans doute les replacer dans des pratiques anciennes et légales partagées par de très nombreux parlementaires et qui ne correspondent plus aujourd’hui à la perception qu’on en avait à l’époque. Mais il faut aussi les relativiser dans une vie politique commencée très jeune, où le sens de l’intérêt général, l’indépendance d’esprit, la vision et une forme de sobriété un peu austère qui sont sa marque de fabrique, en ont fait non pas le monstre que certains médias s’acharnent à nous faire croire, mais le Premier Ministre en exercice le plus populaire de la Vème République. Si l’on avait passé pendant leurs campagnes électorales François Mitterrand ou Jacques Chirac au scanner utilisé pour François Fillon, avec les technologies de l’information d’aujourd’hui, que n’aurait-on découvert… ? Et que dire de César ou Napoléon… Un Président de la République n‘est pas un Saint et au fond tant mieux qu’il ne le soit pas !

 

Les Français ne sont pas dupes du jeu des médias : 54% d’entre eux considèrent que le Programme de François Fillon a été présenté systématiquement de manière négative et 80% d’entre eux considèrent qu’Emmanuel Macron est le candidat des médias.

Dans une campagne complètement à charge contre François Fillon, où tout l’art de la manipulation a consisté à globaliser des montants sur au moins 15 ans, afin de parvenir au « million » qui attise le ressentiment, Emmanuel Macron grâce à des relations étroites avec des Groupes de Presse et au soutien très partisan de Jean-Pierre Jouyet et de ses camarades de promotion bien représentés au sein du Cabinet du Président de la République, a été véritablement dispensé d’investigations sérieuses sur toutes les zones d’ombre qui entourent sa candidature. Et finalement c’est aujourd’hui sur les réseaux sociaux que l’on voit de simples citoyens mettre au jour par leurs propres investigations des éléments préoccupants dans ses agissements, ou ses déclarations et en particulier sa déclaration de patrimoine.

La question de la morale peut être posée ; elle est subjective certes mais elle ne se réduit pas au tout blanc / tout noir que l’on nous ressert à longueur de journée dans les médias de certains grands Groupes propriétaires de chaînes et de titres :

Est-il davantage critiquable de se faire offrir par un vieil ami des costumes du tailleur de François Mitterrand, ou comme Emmanuel Macron de laisser prêter à son épouse des vêtements de grand luxe par le Groupe LVMH au prétexte qu’elle est amie de la DGA du Groupe… ?

Est-il davantage critiquable d’avoir légalement employé sa femme comme assistante parlementaire dans une vie politique commencée très jeune en commun, que d’avoir comme Emmanuel Macron dans son équipe de campagne le responsable du pôle médias du Groupe Altice Drahi à qui on a accordé en tant que Ministre de l’Economie une autorisation de rachat de SFR, avec de surcroît le frère de ce responsable pris dans un conflit d’intérêt avec le Groupe Servier , alors qu’il était en charge de la définition de la politique de santé du candidat Macron… ?

Est-il davantage critiquable d’avoir employé sa fille comme assistante parlementaire dans la perspective de finaliser un livre, que d’avoir comme Emmanuel Macron, lors du dernier grand débat télévisé des onze candidats, ouvertement menti en se disant non impliqué lors de son passage à Bercy dans l’autorisation de vente d’une filiale d’Alstom à General Electric organisée par la Banque Rotschild, dont on a été récemment l’associé, par crainte sans doute d’apparaître à la fois juge et partie dans une opération qui ici avoisine les dix milliards d’euros… ?

Aujourd’hui la France a besoin de changer, de se réformer vraiment, sinon elle va connaître comme à certaines périodes de son histoire un retour de la violence et qui plus est dans un monde qui perd tous les jours davantage ses repères.

Ce changement doit aller sur le plan de la méthode notamment dans trois directions :

-          dépasser l’obsession idéologique qui fait que dans notre pays le symbole et l’affichage comptent davantage que l’acte et qu’il est préférable de tenir un langage compassionnel et égalitariste plutôt que de remédier à la situation concrète des gens. Si la production de symbolique pesait dans les exportations françaises, elle disposerait de la plus belle balance commerciale au monde…,

-          redonner au mérite un rôle fondamental dans notre société, alors qu’il est rejeté idéologiquement sous le prétexte qu’il privilégie l’individu sur le collectif. Bien au contraire il constitue à l’échelle et à la mesure de chacun, l’articulation la plus pertinente des progrès conjoints de la personne et de la collectivité. Cette remise en avant du mérite doit impérativement s’accompagner d’une volonté politique très forte de brassage des élites,

-          limiter l’emprise des grands Groupes en termes de concentration de la Presse et de liens objectifs et multipliés à de grands intérêts financiers. Lorsque Christophe Barbier (L’Express) débat sur BFM avec Laurent Joffrin (Libération), les deux débateurs et le médiateur ont tous le même patron le multi-milliardaire franco-israélien Patrick Drahi, dont le responsable du pôle médias s’est adjoint à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron… ! Il faut également réintroduire davantage de pluralisme dans l’information du Service Public tant la posture « bobo à haute conscience morale mais à géométrie variable » y prolifère et surtout permet en fin de compte au Front National de prospérer par l’exaspération d’auditeurs ou de téléspectateurs. Enfin il est nécessaire en lien avec la profession de repenser la formation des futurs journalistes pour ne plus risquer que l’analyse et la prise de distance par rapport au fait continuent à être aussi souvent remplacées par le prêt à buzzer et le ricanement, comme l’explique si bien Ingrid Riocreux dans « La langue des médias ».

Il n’est pas utile ici de revenir sur les questions de politique internationale qui dans le contexte actuel ne peuvent que confirmer la bien meilleure adéquation du candidat François Fillon.

Le choix n’est pas comme peuvent parfois le souhaiter certains citoyens de donner une leçon à François Fillon en ne votant pas pour lui, permettant juste ainsi aux manipulateurs et à ceux qui les ont instrumentés de se réjouir d’avoir atteint leur objectif. Mais il est de se dire dans une situation historique, quel est le meilleur choix pour notre pays ?

Dans l’histoire des Présidentielles de la Vème République, celle-ci  restera probablement comme la plus rocambolesque et en même temps marquée autant par une ambiance lourdement prescriptive selon le mot d’Alain Finkelkraut, que par une crétinisation entretenue par des spécialistes du marketing et de la com qui ont voulu la pipoliser (« qui ne saute pas n’est pas Macron ! » cf meeting de EM à Marseille). Les premières investitures délivrées à quatorze candidats aux Législatives par En Marche ressemblent davantage à un casting de Koh Lanta qu’à une équipe formée pour contribuer au redressement de la France. Et comment le ferait-elle demain avec l’assemblage hétéroclite de Madelin à Bayrou et Hue qui le temps de s’entendre sur un programme aujourd’hui constitué uniquement de déclarations d’intention mièvres et consensuelles conçues par des communicants, vont encore une fois repousser du début du mandat les réformes qui seront comme d’habitude, impossibles à mener ensuite.

Pour paraphraser Marin de Viry, Emmanuel Macron l’ami des grands groupes, l’ami des grandes banques et l’ami des grands corps de l’Etat, jubilant avec son épouse de s’être arrimé au « Système » et lui ayant donné des gages, ne peut être celui qui l’affrontera. Le fait qu’il ait voulu se présenter comme le candidat antisystème constitue la plus grande supercherie de cette campagne, tant il a joué des connivences et tant il incarne l’entre-soi des élites françaises dans ce qu’il a de plus confiscatoire pour la vie démocratique. Nous serions avec Emmanuel Macron au mieux condamnés à une gestion hollandaise molle à la dimension communication exacerbée. Elle est déjà esquissée dans l’affaire de l’islamiste radical Mohammed Saou membre de En Marche, où Emmanuel Macron déclare : « Il a fait un ou deux trucs un peu plus radicaux. C’est ça qui est compliqué. Mais à côté de ça c’est un type bien, Mohamed. Et c’est pour ça que je ne l’ai pas viré ».

Comme l’a dit le Général de Gaulle un chef décide, tranche, arbitre et impose. Nous n’élisons pas un copain mais le Président de la République dans une des périodes très difficiles de l’histoire de notre pays et très troublées de celle du monde. Les Champs-Elysées en ont encore été le témoin hier soir. Nous avons la chance d’avoir avec François Fillon un homme d’Etat expérimenté avec un mental et une résistance de très grand sportif et dont le programme, lorsque lui-même semblait hors course dans les Primaires, était unanimement qualifié de programme le plus crédible pour redresser le pays.

Le sondage Filteris de ce jour - big data canadienne et le seul institut qui avait annoncé Trump, le Brexit, Fillon aux Primaires - indique que Mélenchon est au coude à coude avec Macron pour la 3ème place et que Fillon est confirmé en tête devant Le Pen. Ce n’est pas le moment de se fourvoyer. 

Alors dimanche prochain le vote utile et le vote d’espoir, c’est François Fillon. Voter Le Pen, c'est s'assurer Macron. Voter Dupont-Aignan, c'est risquer un Macron-LePen, et donc aussi s'assurer Macron. La France ne peut s'offrir ce luxe de 5 ans perdues en plus.

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