Cabinet noir : pourquoi les auteurs minimisent ?

Alors qu'ils publient un brûlot sur la pratique du pouvoir de François Hollande et son immixtion dans les affaires judiciaires, les auteurs de "Bienvenue Place Beauvau" (journalistes au Canard Enchaîné) ont semblé faire marche arrière. Minimisant les actions de François Hollande, ils vont jusqu'à sous entendre qu'il aurait eu tord de se priver. Pourquoi ?

Les auteurs de Bienvenue Place Beauvau sont en train de torpiller leur propre ouvrage. Alors que François Fillon lui a donner un éclairage exceptionnel, ils ont choisi de minimiser la portée de leurs révélations, voire nuancer ce qu'ils ont eux-même écrit, pour ne pas laisser Fillon instrumentaliser leur livre.

Il faut dire que cette bouée était du pain bénit pour la candidat LR, qui a dramatisé les révélations du livre. Mais les journalistes ont préféré protéger Hollande que rebondir sur ces révélations, quitte à les nuancer.

Ils auraient pu priver Fillon d'arguments en se contentant de rappeler que leur livre a été écrit avant l'affaire, et que ce qu'ils décrivent visait surtout Nicolas Sarkozy, alors candidat supposé face à Hollande. Rappeler qu'ils ne peuvent démonter l'existence du "cabinet noir" (même s'ils écrivent dans le livre que leur enquête leur en a donné de nombreux témoignages), sans aller jusqu'à dédouanner Hollande.

En réalité, ils sont coincés pour des raisons déontologiques : révéler que Hollande est leur source dans l'affaire Fillon reviendrait à une faute morale et professionelle. Pourtant, c'est bien la mécanique qu'ils décrivent : Tracfin fouille les poubelles d'une cible (Sarkozy dans le livre, Fillon après la primaire probablement), les infos remontent à Hollande, qui organise la suite soit via les magistrats (Eliane Houlette, nommée par Taubira) soit via la presse (le Canard, notamment, mais aussi Le Monde qui sort régulièrement des pièces de l'instruction). 

Ainsi, les trois auteurs sont bien embarassés : défendre leur travail journalistique les amènerait à dévoiler leur source dans le même geste. C'est pourquoi, suite aux attaques de Fillon, les auteurs de Bienvenue Place Beauvau sont obligés de rétropédaler, pour protéger leur source, François Hollande. 

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