On a décodé les Décodeurs du Monde sur le cabinet noir

A l'occasion du scandale du "cabinet noir", les Décodeurs du Monde ont livré une copie médiocre, en se faisant les relais d'une fake news grossière en début de soirée, puis en rédigeant un papier qui réussit l'exploit de ne pas citer le livre a l'origine de toute l'affaire.

Samuel Laurent, le chef des Décodeurs a tweeté en direct l'Emission Politique de François Fillon, ce jeudi 23 mars. Outre les renvois habituels vers de précédents articles des Décodeurs, il a livré son appréciation toute personelle et disons le [SPOILER ALERT] plutôt teintée d'une franche hostilité à l'égard du candidat de droite (ce qui est son droit). 

Il réagit par exemple à l'épisode Angot  en étant choqué par la réponse de Fillon (d'un nabilesque "Non mais sérieux !") et retweete des intervenants hostiles. Là encore, c'est son droit.

En revanche notre traqueur de méchante "intox" et de dangereuse "post vérité", réagit très vite lorsque Fillon évoque le cabinet noir. Il commence par relayer une Fake news (originellement tweetée par Olivier Biffaud) qui a circulé le soir du débat, à savoir que Didier Hassoux (l'un des auteurs du livre) aurait indiqué ("par téléphone" : cet art du détail dans les fake news qui aurait du alerter notre decodex vivant...) que Fillon avait menti car aucune version numérique (pdf) n'existait. Une fake news pourtant aisée à vérifier, puisqu'au même instant circulaient sur Twitter de nombreuses captures du livre en version numérique (App Store, Amazon, Gibert Joseph depuis le matin du débat) et même du livre en papier, paru le matin lui aussi en librairie. Pas un démenti (le tweet est toujours là).

Surtout, à l'unisson des commentateurs autorisés, les Décodeurs ont réagi sur l'intervention opportune de l'un des auteurs (Hassoux encore), assurant que son livre ne disait absolument pas "ce que Fillon disait". Ici, on passe de la fake news au sophisme : pour ne pas être taxé d'offrir une échapatoire à Fillon, les auteurs du livre ont contesté l'expression même de "cabinet noir" (improuvable selon eux), plutôt que de reconnaitre (c'est leur enquête) qu'ils avaient découvert que François Hollande intrumentalisait la justice (notamment via Tracfin) pour ses besoins politiques. 

De fait, leur enquête a été bouclée alors que Sarkozy était encore le candidat putatif de la droite face à un Hollande encore en lice. Facile pour eux de contredire Fillon en disant que leur livre ne montre pas qu'il était ciblé lui (il a remporté la primaire pendant qu'ils rédigeaient le bouquin).
Mais en réalité, les extraits disponibles montrent que leur enquête à mis au jour des pratiques illégales au plus haut niveau de l'Etat. 

Que pour des raisons plus ou moins avouables ils choisissent aujourd'hui de minimiser cela (sur le mode "ça s'est toujours fait", "pourquoi il se serait privé") peut nous interroger.

Mais que les Décodeurs bouclent leur papier sur le sujet sans avoir cité la moindre ligne du livre et de l'enquête, après avoir colporté fake news et sophismes toute la soirée, c'est un comble...

 

 

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