Contre les citoyens consommateurs

Le monde a toujours été construit par des travailleurs. Nous ne manquons pas de travailleurs dans le monde du travail, et beaucoup veulent y entrer aussi. Il n'y a jamais eu autant de travailleurs dans le monde. Mais nous manquons de travailleurs pour travailler ensemble à renforcer les lois et les liens «invisibles», les Droits fondamentaux, les moyens à partager pour tous.

 

1er Mai 2016 : partout à travers le monde, des habitants, en conscience, ont fait le choix de se rassembler pour fêter le monde du travail – puisque tout dépend de lui, tout dépend d'eux. Dans des pays où la conscience de cette matrice de tous et de tout est plus aiguë, les rassemblements auront été nombreux et dans ces pays où cette conscience est très partielle, faible, parce que fragilisée, les cortèges auront été moins importants. En France, les défilés auront été joyeux, fraternels, beaux, parce qu'ils auront associés aussi des travailleurs et des camarades de tous les secteurs économiques, mais aussi d'autres pays, et que, non, l'Internationale ne sera pas le genre humain, parce qu'elle est le genre humain. Pas besoin d'un «grand soir» pour voir et connaître ces réseaux fraternels, trans-frontières, qui existent déjà, et qui sont d'un grand secours pour tous dans le «marché économique» actuel. Mais voilà. Même si ce 1er Mai aura été un beau jour fraternel pour celles et ceux qui l'auront vécu et réalisé, il reste que la majorité des citoyens est...aux fraises, à la pèche. De nos choix, nous sommes et libres et responsables, c'est entendu. Mais alors, de grâce, vous qui ne participez jamais à rien, vous qui ne contribuez jamais à rien, vous qui ne vous mobilisez ni pour les salaires, ni pour les retraites, ni pour soutenir les jeunes, pour rien, ne nous donnez pas de leçons, parce que vous n'en avez pas les moyens ! Que ce soit à l'égard de nos organisations syndicales, de nos partis, et je vous remercie de ne pas mélanger nos partis de vrais militants avec ces écuries à élections présidentielles que l'on trouve toujours à la droite et à l'extrême-droite, vous avez toujours des mots blessants, vous avez toujours des critiques, ils sont trop comme ceci, trop comme cela, ils ne sont pas assez ceci et pas assez cela, et ils ne servent à rien, et… Et vous ? ! Et vous les individualistes qui ne sont dans rien, associés à rien, dont on serait bien en peine de savoir si vous pensez quelque chose, puisque vous vous taisez sur presque tout, vous servez à quoi ? Ce serait faux de dire, comme vous : à rien. Non, non, vous servez… non pas des objectifs remarquables, essentiels, novateurs, mais le système actuel, qui est très content de vous, de votre indifférence, de votre critique contre tout et tous, de votre dégoût pour tout et tous, parce que le monde est si imparfait à côté de votre Altesse sa Perfection, de vos jugements à l'emporte-pièce contre «les» syndicats (comme si on pouvait comparer la CGT et la CFDT!), les partis politiques (comme si on pouvait comparer le PCF et l'UMP). Vous servez vos maîtres. Nous ne voulons pas les servir, ad vitam aeternam. Voilà qui, entre vous et nous, fait une différence, fondamentale. Mais nous la connaissons, et nous la disons. Vous, vous faites semblant de «ne pas vous mêler de politique», vous n'êtes ni à gauche ni à droite, mais enfin, souvent, vous votez à droite – c'est en général ce que font celles et ceux qui «ne font pas de politique». Et peut-être ne votez vous pas, n'ayant cure des lois, parce que, les lois économiques, vous sont favorables – ou pas. Mais si elles ne le sont pas, vous devriez vouloir aussi changer le monde – mais vous pensez que cela n'est pas possible. Et grâce à vous, ce qui est possible – changer le monde – ne devient pas possible. C'est en effet, vous, les indifférents, les menteurs, les lâches, les ailleurs, qui êtes responsables du monde tel qu'il est. Nous, nous ne voulons pas nous associer à cette responsabilité et à cette folie, et nous assumons et cette volonté et ses conséquences. Vous voulez cautionner ce qui se passe ? C'est votre droit. Vous ne voulez rien changer à un système qui vous profite ou même pas ? C'est votre droit. Mais ne venez pas insulter celles et ceux qui donnent tant de leur temps à aider ceux qui en ont besoin, comme ils le peuvent, quand ils le peuvent. C'est que nous ne voulons pas vous ressembler. C'est aussi notre droit. Laissez nous faire ce que nous avons à faire. Maintenant, si vous avez une once de conscience, servez-vous en pour réfléchir à ce que vous êtes et faites, le 1er mai, et les jours de mobilisation. Pour ma part, et chaque jour de l'année, je vois dans des organisations syndicales, dans des partis, dans des associations, dans des mouvements civiques, des femmes et des hommes qui donnent, souvent bénévolement, beaucoup de leur temps, dans cet objectif : rendre le monde meilleur. Et chaque jour, j'entends, notamment via les médias, des insultes, des mensonges, des tromperies. Et quelques jours par semaine ou au mieux par mois, j'entends des citoyens reprendre à leur compte ces insultes, ces mensonges, ces tromperies, sur ces militants, sur leurs organisations, pour justifier que, eux, n'adhèrent à rien (en apparence du moins). Comme au supermarché, les citoyens croient que, à l'égard des organisations syndicales, des partis politiques, des associations, ils pourraient prendre ce qui les intéresse, ce qui leur plaît et pas le reste. Ce n'est pas facile, en effet, d'être membre d'une organisation syndicale, d'un parti. Nous sommes loin de «l'idéal». Les difficultés sont nombreuses, les mensonges existent aussi parfois. Et à cause de cela, certains renoncent. Et d'autres renoncent donc à priori, en refusant de s'engager. Il faut dire que là, les choses sont faciles. L'emploi du temps est, chaque mois, sur une année : moi-je-nous (nous, moi et toi, moi et nous). Les autres, ont des contraintes. Mais ce sont les autres qui ont construit le meilleur du monde tel qu'il est aujourd'hui. L'architecture qui fait que ce monde tient, ses grands piliers et sa charpente, ses fondations, ce sont d'autres qui ont pris le temps de, pendant que d'autres étaient aux fraises, … Le monde a toujours été construit par des travailleurs. Nous ne manquons pas de travailleurs dans le monde du travail, et beaucoup veulent y entrer aussi. Il n'y a jamais eu autant de travailleurs dans le monde. Mais nous manquons de travailleurs pour travailler ensemble à renforcer les lois et les liens «invisibles», les Droits fondamentaux, les moyens à partager pour tous. Par ce texte, j'adresse mon respect total à ces millions qui travaillent dans l'intérêt général, quand tant démissionnent ou refusent d'y penser. Et je demande à ceux-ci de respecter celles et ceux qui travaillent dans l'intérêt général, dans toutes nos organisations. Le respect : c'est précisément ce dont tant souffrent de l'absence, dont tant ont besoin, dont tant méritent. Ni plus, ni moins. Et dans les organisations où ce respect détermine les rapports, dans la fraternité, nous ne devons ni l'oublier ni pire, le perdre. C'est la base de notre être et de notre relation, les uns aux autres.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.