Jean Quatremer versus Emmanuel Todd

 Titre complet : Jean Quatremer versus Emmanuel Todd, la propagande de l'UE ultra-libérale subventionnée par Libération, son Héraut et ses catastrophes à répétition

 

Le face à face entre Emmanuel Todd et Jean Quatremer lors de l'émission "Ce soir ou Jamais" du 10 mai 2013 a révélé ce que peut être la différence entre une conscience active, questionnante et réflexive, et une conscience "généralisatrice", qui fait dans le général, en permanence. M. Quatremer, insulteur en chef (il a récemment accusé M. Mélenchon d'être "antisémite" avant de devoir se rétracter) continue (sa note contre M. Mélenchon)(l'article d'Acrimed), comme le prouve le texte reproduit ci-dessous - avant de se demander si, tout de même, on ne pourrait pas, à priori, empêcher de "tels propos" d'être tenus, "librement à l'antenne".M. Quatremer, subventionné par Libération, diffuse de "l'info frelatée", comme avec une inouïe note publiée sur son blog, consacrée à la Grèce, et dans laquelle un Tintin lourdingue, digne du "Tintin au congo", racontait ses vacances en Grèce (il fallait bien profiter de la baisse des prix), et prétendait avoir trouvé un pays truffé de voitures et de maisons de luxe !

"Ce n’est pas un hasard si la Grèce importe trois fois plus qu’elle n’exporte. Elle est, par exemple, devenue l’un des premiers marchés européens de voitures de luxe : au cours de mes vacances, je n’ai jamais vu, sauf en Allemagne, autant de Porsche, Audi, Mercedes, BMW (de la série 1 au X5), Lexus et tutti quanti… Un parc automobile (il y a plus de voitures par habitant qu’en France) sans rapport avec la richesse réelle du pays. Devant une modeste maison du centre historique de Ioannina, j’ai ainsi pu voir deux voitures allemandes dans le garage qui valaient environ 100.000 euros. Partout, les signes de l’argent facile sont là, un argent facile obtenu grâce aux aides régionales européennes et au parapluie de l’euro qui a permis à l’État de s’endetter plus que de raison et d’embaucher plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires qui ne doivent souvent leur poste qu’à leur fidélité politique."

Comme si des Grecs, actionnaires d'entreprises profitables, ou ayant un métier très profitable (à l'instar de ce qui existe partout en Europe, par exemple, professionnels du monde des médias, professionnels de la santé, professionnels du monde bancaire (!), etc, n'avaient pas, depuis longtemps et aujourd'hui encore, des revenus considérables, qui expliquent des dépenses dans de telles voitures de luxe ! Seulement, M. Quatremer, rendant visite à un pays qui, écrasé par la politique de la Troïka, s'attendait à trouver un nouveau pays du "Tiers-Monde" en Europe, ET TOUS ces citoyens rendus à la pauvreté, à la mendicité. Or, dans TOUS les pays qui subissent la politique de la Troïka, soutenue par la CDU de Mme Merkel, il y a toujours des citoyens fortunés, qui s'enrichissent plus encore, même s'ils sont numériquement minoritaires. Mais cette "minorité" représente, en Grèce, en Espagne, en Italie, des centaines de milliers de personnes. Et comme tous les moutons de la grande bourgeoisie européenne, ils achètent des voitures de luxe, donc souvent allemandes...Il faut donc écouter cette émission pour comprendre pourquoi, après cette émission, Quatremer n'a pu s'empêcher d'ajouter une énième note bête et méchante, puisqu'il a été mis en difficulté par Todd et Duval, se réfugiant déjà dans la caricature des propos et des idées de ses interlocuteurs.

La germanophobie est à la mode chez certains souverainistes parisiens (à droite, l'Allemagne fantasmée par nos germanophobes).

Pour que quelqu'un soit et puisse être qualifié de "germanophobe", il faut qu'il ou elle "généralise" : mette tous les Allemands dans le même sac, les accuse tous de quoi que ce soit, etc. Or, Todd, comme tant d'autres, fait des différences entre : les dirigeants allemands (politiques et économiques), la population allemande (travailleurs, chômeurs, jeunes, vieux, etc). Avec Mme Merkel, c'est une CERTAINE POLITIQUE allemande qui est menée, et d'autres dirigeants allemands mèneraient, ou la même politique, ou une autre. Reste que Mme Merkel et ses amis dirigent l'Allemagne, et imposent les effets de leurs décisions, aux Allemands et aux Européens. L'Histoire allemande depuis un siècle aurait pu susciter une germanophobie, incarnée en France par les termes de "boches", etc. Mais la plupart des citoyens européens ont su distinguer entre ces Allemands criminels (les Nazis), leurs collaborateurs, leurs soutiens, et LEURS OPPOSANTS. Ce blog a été l'occasion de le rappeler à plusieurs reprises : les premiers opposants au Nazisme ont été Allemands, il y a eu des Allemands qui se sont engagés dans les différentes résistances européennes, dont la Résistance française. Et des intellectuels ont depuis la guerre expliqué à quel point le Nazisme fut un projet anti-allemand, qui entendait détruire cette Culture. Si nous étions dans les années 30 et que certains dénoncent les dirigeants nazis, une fois de plus, là aussi, il n'y aurait aucune germanophobie, parce que le Nazisme n'était pas l'Allemagne. Il en va de même de la politique de la CDU. Elle ne représente pas toute l'Allemagne, mais elle s'impose au reste du monde, "comme si".

Après avoir vu leurs espoirs d'un effondrement de la zone euro et de l'Union européenne reportés sine die, ils changent leur fusil d'épaule et tentent de rallumer les rancoeurs du passé pour parvenir à leurs fins. J'étais, vendredi soir, sur le plateau de « Ce soir ou jamais » (France 2), où le démographe Emmanuel Todd, icône de la droite et de la gauche radicale, s'est livré à un numéro de racisme antiallemand de la plus belle facture (c'est ici) : « culture autoritaire » (il n'a manifestement jamais mis les pieds en Allemagne)

aucune culture autoritaire en Allemagne ? Sur son blog, M. Quatremer a consacré bien des notes aux propos et aux décisions des dirigeants allemands, comme par exemple les menaces de Mme Merkel à l'égard de la Grèce (exclusion de l'UE). Bien sur, une telle attitude n'implique "aucune culture autoritaire"...

« principe de précaution » à appliquer à l'égard de l'Allemagne (vu son passé),

Le passé nazi n'est jamais passé. Il ne le sera jamais. Et notamment ces dernières semaines où ce passé allemand est revenu au premier plan EN ALLEMAGNE, en raison d'une série de faits, d'évènements, de découvertes (le procès des néo-nazis, l'arrestation d'un gardien d'Auschwitz, la découverte du passé nazzi d'Horst Tapper, acteur qui a incarné le célèbre inspecteur Derrick, etc). C'est en effet de l'Allemagne qu'est né le Nazisme. Les racines du nazisme se trouvent dans l'Histoire et la culture allemandes. Le principe de précaution est donc raisonnable. Il signifie qu'il ne faut pas "donner le bon dieu sans confession" à tout Allemand d'aujourd'hui au motif que désormais le Nazisme est du passé, et que l'amitié franco-allemande est über alles !

volonté allemande « d'exterminer » les autres entreprises européennes

Emmanuel Todd a volontairement choisi ce verbe. On peut le trouver choquant. Y a t-il un plan pour détruire l'industrie européenne et notamment française ? Il faudrait le trouver, et il est probablement introuvable. Et si ce plan n'existe pas, c'est que les Allemands, dont leur patronat, sont, économiquement, patriotes. Ils travaillent pour leurs intérêts. Pour eux, il va donc de soi que leurs industries doivent vivre et croître. Ce n'est donc pas de leur faute si, à l'inverse, des Français et notamment des employeurs, des actionnaires, n'ont pas du tout ce sens des intérêts nationaux, et préfèrent fermer ou ne pas investir. Si Todd exagère et se trompe, c'est qu'il veut rendre saillant une volonté face à une absence de volonté, qui fait d'ailleurs l'objet de débats français depuis des années et plus particulièrement depuis ces derniers mois.

recherche allemande de l'hégémonie.

Pour Todd (et Marie-France Garaud, ce dinosaure échappé du pompidolisme des années 70)

Dès qu'il a pu s'éloigner de vous, vous avez droit à la langue de vipère. Pour Mme Garaud, dont on peut tout à fait critiquer les analyses, les jugements, les erreurs, le manque de respect pour une femme est fascinant : ce "dinosaure" ! Preuve s'il en est qu'il ne faut pas le déclarer "nul", ce qu'elle a fait. Sinon, le Quatremer se venge...

, l'Allemand est un archétype, un quasi-nazi qui s'ignore, un casque à pointe (de l'économie). Bref, « l'Allemand » ne peut pas échapper à sa culture et à son histoire, ce qui est une façon polie de dire qu'il y a des traits génétiques allemands qui en font des méchants absolus dont il faut se méfier.

Comme si les principes fondamentaux du Nazisme étaient spécifiquement allemands, comme si le Nazisme vampirisait tout autoritarisme ! Or l'autoritarisme allemand a existé avant le Nazisme, et existe depuis, indépendamment de lui. Le Nazisme fut un hyper autoritarisme, admiré par une majorité de non-Allemands, des Français, des Espagnols, des Anglais, etc, et rejeté par une majorité d'Allemands, dès cette époque, et aujourd'hui. Il suffirait donc que l'Allemagne ne soit plus nazie pour ne plus être autoritaire ! Emmanuel Tood met en cause en effet un autoritarisme impérialiste, mais n'a jamais dit que les dirigeants allemands actuels étaient des Nazis ! Emmanuel Todd, lui, n'a jamais dit cela, alors que pour ma part, j'ai établi un lien de continuité entre Eichmann et Mme Merkel. C'est que je prends en considération les victimes : victimes du "fonctionnaire" nazi, comme victimes de la politique d'austérité, en UE COMME en Allemagne. Evidemment, ces victimes ne le sont pas de la même manière. Mais le même principe de causalité-distance-ignorance est à l'oeuvre. Mme Merkel n'a t-elle pas tenu des propos caricaturaux sur les Grecs ? La presse allemande n'a t-elle pas fait des Grecs des rois fainéants, des escrocs, en les mettant tous dans le même sac ? ! Heureusement qu'en Europe, bien des Européens n'ont jamais fait la même chose à l'égard des Allemands !

Le plus beau est le moment où il concède qu'il y a certes quelques « bons Allemands », « mais ils ont toujours perdu ou nous ont laissé tomber ». Et tout cela devant deux invités allemands qui n'en sont toujours pas revenus : Ulrike Guérot, chef du bureau de Berlin du Think tank ECFR, et Joachim Bitterlich, ancien conseiller diplomatique d'Helmut Kohl. J'ai eu honte pour mon pays, je ne vous le cache pas. 

Nous, nous avons honte, avec des citoyens "français" qui acceptent de se faire le relais d'une propagande qui veut détruire les droits civiques, salariaux, alors que nous honorons des hommes et des femmes qui ont le sens de la Nation à laquelle ils appartiennent mais aussi des autres Nations. Car nous savons que les premières victimes de la politique de Mme Merkel sont certains Allemands, et nous voulons leur dire que nous pensons à eux.

Voici la réaction, sur Twitter, d'Ulrike Guérot après l'émission: 

D'autres ont réagi, comme l'ambassadeur de Suède en France 

Un numéro pathétique de haine nationaliste recuite dans le passé (son discours rappelle celui des nationalistes français entre 1870 et 1940) auquel j'ai essayé, avec certains invités, de répondre : Todd brandit ses compétences supposées (démographe, ce qu'il est, mais aussi historien, anthropologue, économiste et j'en passe) pour donner à ses « analyses » des allures d'objectivité alors que ce ne sont que des opinions (et on est souvent au café du commerce). On ne peut donc les laisser passer comme si de rien n'était sauf à leur donner un semblant de vérité. Mais ce numéro, hélas, tue le débat sur la politique d'Angela Merkel, alors qu'il y a matière à critiques (comme je l'ai dit à la fin de l'émission). C'est la seconde fois que j'assiste à ce numéro toddien qui mériterait d'être interdit d'antenne (il n'y pas de racisme acceptable) : sur Mots croisés, il y a quelques mois, et sous le regard approbateur de Marine Le Pen cette fois, il s'était déjà livré aux mêmes attaques germanophobes. Seule consolation : si les souverainistes en sont là, c'est qu'ils tirent leurs dernières cartouches (lire aussi son interview dans Marianne de cette semaine). 

"Sous le regard approbateur de Mme Le Pen" : n'allons pas dire que Mme Le Pen serait germanophile, même si bien des sympathisants et des adhérents de son parti ont été adeptes de cette généralisation, et ont eu les yeux de Chimène pour l'Allemagne nazie. Des activistes qui ont récemment défilé lors de leur 1er mai en ont apporté une énième preuve. Par contre, Mme Le Pen est sans doute très favorable à Mme Merkel, puisque celle-ci n'est intéressée que par la puissance de son propre pays, et que cette puissance est actuellement réputée pour être majeure. Mais Emmanuel Todd, COMME D AUTRES, souhaite et veut une puissance européenne partagée, des peuples réellement solidaires, ce que Mme Merkel refuse et nous empêche de faire (avec M. Cameron, M. Rajoy, M. Orban).

Précision : Contrairement à ce que certains ont compris (comme le site "Arrêt sur images"), je "n'appelle" pas à interdire d'antenne Todd (vu son omniprésence et ma propre influence sur les chaines de télévision qui fait trembler la France entière, la "menace" est lointaine...). Je m'interroge, au conditionnel, sur le fait que l'on puisse tenir librement à l'antenne des propos que je juge racistes et ignominieux et que généralement on le laisse tenir sans aucune répartie. Manifestement, le statut d'intellectuel de Todd interdit que l'on puisse se poser des questions qu'on n'a pas pourtant pas hésité à se poser pour d'autres. 

Et salir un intellectuel aussi clair et brillant, est-ce tolérable que cela se fasse "librement à l'antenne" ? Si la télévision française est capable d'accorder autant de minutes à un tel charlatan, il va de soi que M. Emmanuel Todd, et d'autres, ont le droit d'avoir des heures d'antenne, ce qui hélas n'est pas le cas, puisque les télévisions françaises ne sont pas démocratiques. Et les chaînes allemandes ? Et les journaux allemands ? Parlent-ils de ce que M. Duval révèle et explique ?

 

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