"Le socialisme trahi - les causes de la chute de l'URSS", par Roger Keeran et Thomas Keeny, présentation et entretien

C'est un ouvrage de 330 pages que les Editions Delga publient, écrit par deux citoyens des Etats-Unis, Roger Keeran et Thomas Keeny. Roger Keeran enseigne l'Histoire dans une Université de New-York et Thomas Keeny est économiste. Dans la Dialectique des phénomènes humains et historiques, il faut donc constater que les meilleurs spécialistes de l'Histoire soviétique sont “américains”. Le paradoxe est apparent, seulement. En effet, en raison de l'Histoire de la “guerre froide”, de l'idéologie anticommuniste de la superstructure etats-unienne (de MacCarthy à la CIA jusqu'à Reagan), c'est dans ce pays que des milliers d'hommes et de femmes ont scruté, étudié, espionné, l'ex URSS, ont accumulé des documents. Il faut imaginer ce que peut représenter pour un citoyen des Etats-Unis comme Roger Keeran d'oser contredire toute la propagande fasciste qui depuis des décennies salit et insulte les principaux dirigeants de l'ex URSS, à commencer par Staline. Et en France ? En France, une “doxa” s'est forgée au fur et à mesure des décennies et s'est solidifiée, au point de se retrouver dans les livres d'Histoire, les manuels scolaires, les émissions de télévision et de radio, à savoir que, un, Staline était un monstre, deux, l'ex URSS s'est effondrée parce qu'il s'agissait d'un système stérile et en échec, trois, il s'agissait d'un régime totalitaire comparable au nazisme, etc (et dans les etc, on trouve l'affirmation selon laquelle Staline a été stupéfait et désarçonné par l'attaque allemande du 21/22 juin 1941). Que ce soit à son encontre ou même en son sein, l'ex URSS a subi les effets du “manichéisme” sectaro-religieux : avec le maccarthysme, les agents du FBI et de la CIA étaient des agents du Bien qui luttaient contre le Mal; l'empire du Bien (le capitalisme des USA) luttait contre l'empire du Mal. Après la disparition de l'URSS, le Bushisme des années 2000 a servi à nouveau cette nourriture mentale empoisonnée, en réchauffant les vieux plats. Mais plus le temps passe, plus les justifications simplistes de “la politique américaine”, intérieure et extérieure, passent plus difficilement ou ne passent pas du tout. Lorsque l'URSS existait, tout était justifié, y compris les moyens pour atteindre la “fin” qui justifie... Maintenant, “l'ennemi” n'existe plus, Ben Laden a été assassiné, et Al Qaeda est une nébuleuse fracturée, résiduelle, capable d'opérer des piqures de moustiques. Le temps est donc venu pour enfin pouvoir faire une Histoire, posée, sérieuse, dont les éléments pourront donc servir les conditions du nouveau présent que tant de citoyens du monde se souhaitent et préparent. C'est pourquoi cet ouvrage est important. Les idéologues absolument pour et absolument contre auront du mal. Les premiers seront déçus que Roger Keeran et Thomas Keeny démontrent que la politique du PCUS n'a jamais été un long fleuve tranquille, que des courants divers et même opposés s'y affrontaient, et que des “communistes” (parce qu'ils avaient une carte du PCUS) ne partageaient ni le désir ni l'enthousiasme ni la volonté pour la construction et le développement d'un monde communiste, et les seconds devront accepter d'entendre (qu'ils y répondent par des preuves s'il en ont), que l'URSS a été pendant longtemps un système économique et politique qui fonctionnait et réussissait, même partiellement – et s'ils se gaussent de ces résultats “partiels”, il faudra qu'ils nous expliquent pourquoi les pays capitalistes de l'Ouest ont eux aussi eu des résultats positifs partiels pendant tout le 20ème siècle (citons par exemple le chômage, le détournement des fonds publics et privés, la mise en danger de la vie d'autrui dans un monde productif dangereux, comme le prouve le dossier de l'amiante, etc) qui eux seraient compréhensibles et tolérables. L'ex URSS, (...)


Le document complet est à télécharger (format PDF) Téléchargement LE SOCIALISME TRAHI ROGER KEERAN ET THOMAS KEENY

Img101

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.