Wilfried Salomé, Entretien - à propos de son ouvrage "Requiem pour un(€) trentenaire", à propos des trentenaires conformistes

Wilfried Salomé, Entretien - à propos de son ouvrage "Requiem pour un(€) trentenaire", à propos des trentenaires conformistes, de Dieudonné, du capitalisme en miettes, de la Métaphysique bienfaitrice, de Paris banlieue de la France

 

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Téléchargement ACTION LITTERAIRE AOUT 2014 ENTRETIEN AVEC WILFRIED SALOME

Extraits :

Depuis votre précédent ouvrage et même avant, vous avez l'obsession de tailler en pièce le cynisme, pour lequel les "rêves", "l'utopie", sont des "chimères". Vous tenez même un discours "romantico-papiste" (sic et lol) sur "l'Amour", vous invitez les hommes à ne pas céder sur leur faim de. Mais précisément, comment faire quand on est infecté par ce virus "réaliste" ?

(...)

Nous entrons dans une nouvelle ère, l'ère post-matérialiste, et quand on voit le temps que met un simple individu à changer les comportements néfastes pour lui même, à briser la boucle de la répétition et de la fatalité, (notamment dans ses relations amoureuses), imaginez une société !! …Et pourtant, il s'agit ici d'une simple remémoration de ce qu'avait déjà compris Platon, ou Sénèque, avec son " quand tu auras désappris à espérer, je t'apprendrai à vouloir". C'est l'idée même de chef, de leader, qui est en train de disparaître. L'oppression est en réalité en train de mourir, et comme un agonisant se redresse une dernière fois, persuadé de sa guérison. Mais dans les faits le matérialisme, comme le capitalisme consumériste, sont en miettes. Et au delà des apparences de l'effondrement, qui me paraît tout bonnement logique et même bénéfique pour une grande part, je suis persuadé que nous vivons une époque des plus motivantes, la plus excitante depuis bien longtemps. A condition, bien sur, de ne pas avoir la tête dans le guidon, de prendre le bon virage. Oui nous roulons fièrement vers l'abime en faisant un selfie, mais simplement en relevant la tête, nous pouvons apercevoir le chemin qui se trace devant nous, et éviter, individuellement, en prenant le bon virage, de participer à l'horreur régressive, meurtrière et génocidaire en marche. Car la métaphysique est en train de venir au secours de la désillusion générale, elle nous apporte une solution à la crise psycho-pathologique identitaire, existentielle, du manque de croyance en soi, en la vie, en l'amour, en l'avenir. C'est la première fois depuis des lustres que l'évolution nous parle, que la vie elle-même nous indique un nouveau chemin. C'est tout bonnement fascinant, et je trouve assez terrifiant que la majorité des êtres ne le remarque pas, ne s'y intéressepas. Car lorsque l'on s'intéresse à ce modèle dont je vous parle, la situation actuelle devient intelligible. Le champ des possibles, d'un coup, apparaît nettement derrière les décombres et l'enfumage. J'en viens donc a penser que c'est une volonté délibérée du capitalisme financiarisé, du marketing et des mass-médias, de garder les gens dans l'ignorance de la réalité, alors j'essai simplement de faire mon job, celui de l'écrivain, celui de Proust, qui disait " les glissements de terrains mettent des générations à se réaliser : j'essai d'accélérer le mouvement". Et de Kerouac, qui a surenchéri avec son " Je suis un Proust au pas de course". Je ne ne sors pas de nulle part, mon petit bouquet d'idées "révolutionnaires" à la main. Tout ceci est extrêmement pensé, construit, étudié, vérifié. Je suis porteur de la connaissance des écrivains m'ayant précédé, j'actualise le message, dans l'espoir de le passer à ceux qui me suivront. Bref je déconne avec beaucoup de choses, mais je prends mon job au sérieux, voyez. J'apporte ma pierre à l'édification (l'érection!!) de cette nouvelle cathédrale de la forme dont la construction à été commencée il y a longtemps, et qui perdure, se poursuit, s'affine, se précise. J'essai de faire entendre, quitte a sembler m'égosiller dans le désert, que nous sommes déjà demain. Qu'il faut arrêter avec hier pour réaliser collectivement le présent, c'est à dire le basculement entre le monde "ancien", mort, et le monde "nouveau", vivant. Tout en sachant que, dans ce contexte, "le plus vite possible" signifie déjà être en retard sur le présent, puisque le changement de civilisation est déjà entamé, et qu'il est irréversible. La question, à mon sens, est simplement de limiter la casse, en prenant conscience que la crise actuelle, semblable à une profonde dépression nerveuse, est un signal d'alarme qu'il nous faut écouter, et positiver. Une désintégration positive d'anciens schèmes de penser le monde, désormais invalides. Tant que nous ne ferons pas cela, rien ne changera, tout continuera à baigner dans le sang, c'est une évidence purement et tragiquement mathématique. Pour ne pas dire cartésienne. La solution aux errements idéologiques subséquents à la chute de notre civilisation matérialiste/consumériste viendra de l'alliance des écrivains, des poètes, des neuro-scientifiques et des métaphysiciens, j'en suis intimement convaincu. Et je prends date. Dans ce contexte on peut bien me considérer comme un rêveur, ou un utopiste. Pour moi les grands rêveurs, les grands utopistes, se sont ceux qui croient encore que l'on pourra sauver notre modèle de société, notre manière actuelle de concevoir la politique, les relations entre les êtres, ou même, plus grave encore, le système capitaliste consumériste. Là, on est même plus dans l'utopie, mais dans le déni pur et simple de la réalité du troisième millénaire. Qui a commencé pour de bon. Et pied au plancher, encore.

 Pour l'ensemble de ces "appels", l'individualisme ne grève t-il pas les possibilités et les chances de combattre ? Comment comprendre que, pour ceux qui écrivent comme pour ceux qui créent, en France, il n'y ait pas de mouvement commun, comme il a pu exister un "surréalisme", des mouvements/creusets ?

 Oh, il y en a un, de mouvement, mais il balbutie ses premiers sons, il ne s'est pas encore clairement affirmé, il cherche à s'auto-définir, à s'affranchir co mplètement des anciens codes, des anciennes normes. C'est du work in progress. Cela dit, en soi, c'est déjà infiniment positif.Petit à petit, les artistes se groupent, se réveillent. Les écrivains, les musiciens, les peintres se détachent de grosses structures, des galeries d'arts, du marché de l'art. Par exemple, dans les années 90 et même 2000, un artiste qui s'auto-produisait était considéré comme un raté, un type dont personne n'avait voulu, qui avait épuisé toutes les autres solutions. Maintenant, l'image a changée, l'auto- production est vue comme un signal de dissidence positive, le crowdfunding est rentré dans les moeurs. Vous êtes plus crédible en auto-production participative que si vous êtes affilié à un dinosaure de l'édition littéraire ou musicale. A l'heure actuelle, aucun créateur sérieux n'attend plus rien d'eux. Il faut dire aussi que les dinosaures de l'édition, et avec eux l'arrière-garde des écrivains et des artistes mainstream se sont totalement dé-crédibilisés. Le milieu n'est même plus verrouillé, la porte du coffre fort est carrément soudée. Rien de bon ne sort plus de la Kapital depuis deux décennies, le réseau est saturé. Tout le monde fuit Paris, l'avant-garde a enfin compris que l'arrière-garde n'évoluera pas, qu'elle résistera tant qu'elle pourra, soutenue par les bobos trentenaires, aussi longtemps qu'il y aura de la tune à se faire. Et cette course aberrante au formatage et au consensuel est clairement vu comme de la prostitution. Paris ne fait plus rêver les artistes. En réalité, elle devenue la risée du reste de la France. C'est en région que cela se passe désormais, que ça résiste. Au niveau créatif Paris est devenue la banlieue de la France, mais ça, les artistes mainstream ou espérant encore le devenir ne le voient pas. Ils pensent encore qu'ils sont en première ligne, mais ils ont unvaisseau spatial de retard.

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WSTROPNESTPASASSEZ

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