LAICITE LA CONSCIENCE A HORREUR DU VIDE IL FAUT CHOISIR ENTRE OCCULTER ET AUX CULTES

L’été 2016 de la France-commune a été burkinisée (...) Afin de se justifier, des «normativistes» (ces spécialistes et chantres de l’édiction de normes) ont fait appel à la sacro-sainte «laïcité», laquelle en France semble être une transcendance qui fait le lien entre tous. L’État français fait partie de ces régimes qui ont appris à user il y a longtemps des Universaux abstraits, et (...)

 

Avec la domination des outils de médiatisation sur nos vies, la fait-diversion tourne à plein régime, chaque jour, et les «médias », c’est-à-dire ces entreprises, c’est-à-dire ces chevaux de Troie de quelques super Capitalistes dans chacune de nos maisons, de nos conscience, projettent des faits, des cas, et, généralise, par cette diffusion, des faits ultra-minoritaires. Pour cacher le fait qu’ils n’allaient tout de même pas parler des violences subies par les travailleurs dans les entreprises, par exemple, quoi de mieux que le voile intégral d’un voile intégral ? ! A celles et ceux qui tentent de développer la conscience-de-classe des prolétaires, ces entreprises de colportage de tout et de rien nous répondent : vous pouvez aller vous rhabiller, on fera écran à votre travail. L’été 2016 de la France-commune a été burkinisée. Il y a plus d’un siècle, les femmes «de la Noblesse» ou de la grande bourgeoisie qui entendaient se délasser et se prélasser sur une plage de l’une des stations balnéaires réservées à leur classe, n’allaient jamais affronter le sable, le vent, la bruine, sans être couvertes de la tête aux pieds, parce qu’elles entendaient conserver cette peau blanche à laquelle elles tenaient religieusement – il s’agissait d’affirmer l’être de sa classe, son être-à-part, et, rester distinguée, pour une femme de, c’était ne pas être bronzée, comme ces pauvres paysannes à la peau tannée. Des vagues ont passé sous les ponts du temps, et aujourd’hui, sur nos plages, «nos» femmes ont pris l’habitude d’offrir à leur peau les rayons du Soleil, un peu, beaucoup, exagérément. Bien sûr, certaines y rechigent toujours, préfèrent calme, ombre, une autre volupté, mais d’autres, nombreuses, exhibent la plus grande partie de leur corps. Ce qui avait disparu, pour beaucoup, ou en tout cas, ce qui était invisible (on n’a pas vu ni entendu des femmes venir sur les plages pour dire qu’elles ne viendraient pas sur les plages, nues, ou peu habillées, etc), une pudeur plutôt claire et nette, est revenue s’afficher sur les plages avec fracas, en osant l’habit ! Il faut dire qu’avec le burkini, il s’agit d’un habit qui recouvre entièrement la peau d’une personne. C’est «la totale» face à l’écran total. Et comme ce corps revêtu se trouve être une revendication, de «musulmans», ici, ou de prétendus tels, les Daeshiens, là-bas, les esprits chagrins ont protesté, fulminé, vitupéré, allant même jusqu’à exiger le déshabillement, le dévoilement. Cette étrange régime de «la garde à vue» est donc arrivé fissa, et a permis, via des arrêtés, de faire cesser ce trouble, par la prétention que ces femmes n’avaient pas le droit de. Le Conseil d’État vient de stopper cette prétention, mais un nouvel épisode est attendu. Afin de se justifier, des «normativistes» (ces spécialistes et chantres de l’édiction de normes) ont fait appel à la sacro-sainte «laïcité», laquelle en France semble être une transcendance qui fait le lien entre tous. L’État français fait partie de ces régimes qui ont appris à user il y a longtemps des Universaux abstraits, et qui continue à le faire sous la forme de sa trinité, catholico-franç-maçonne, «Liberté, Egalité, Fraternité». La «laïcité» fait partie de ce groupe des principes/valeurs, dont le sens est si général et si vague qu’il se prête à toues les interprétations à priori et à postériori. Avec l’État français comme avec d’autres, il faut donc toujours traduire. Il y a les faits, les faits historiques, sociaux, politiques, et il y a les discours, qui sont aussi des faits, mais qui peuvent produire, à l’égard de ces faits, des déformations, des distorsions, et donc des incompréhensions. Les liens entre l’État français et l’Église catholique sont bien connus – enfin, en apparence. Chacun s’accorde à savoir et dire que ces liens étaient consubstantiels, jusqu’à la loi de 1905, et qu’ils sont devenus depuis… Oui, qu’ils sont devenus depuis… ? Quoi ? Difficiles, distants ? Ce n’est pas ce que nous montre l’Histoire de ce pays de cette loi jusqu’à aujourd’hui. Le catholicisme reste si intimement lié aux pouvoirs en France qu’il faudrait même qualifier la France d’État catho-laïc, pour évoquer sa «laïcité» à géométrie variable, si sévère avec certains, si compréhensive avec l’Église catholique. C’est que, avec sa loi de 1905, l’État français prétend être un Etat neutre en matière de cultes religieux. Hollandais dans son principe, il serait adepte du ni-ni : ni catholique, ni musulman, ni ni, ni secte/sectaire ni déliquescent. Beaucoup se retrouvent dans ce ni-ni, mais ils ne se retrouvent nulle part pour partager cette joie et ce culte du ni-ni. Avec la «mort de Dieu», les églises se vident, les mosquées ont retrouvé de la vigueur sans qu’il y ait des foules immenses, etc. Mais pour contredire ce mouvement, comme pour contredire aussi le libéralisme qui repose sur, et ne veut que des individualités qui réussissent à faire de l’argent, et parce que, partout, dans les villes, les communes, les quartiers, les représentants religieux locaux jouent un rôle indéniable dans la vie et la cohésion des «communautés», les cultes ont retrouvé de la vigueur ces dernières années, d’autant que face à des questions existentielles, individuelles, collectives, inédites et difficiles, ils ont toujours une réponse provenant de la «sacralité». Les ni-ni de la neutralité sans culte sont nulle part, les porte-parole des convaincus, qu’ils aient raison ou non, prennent la parole, ou demandent à avoir la parole et l’obtiennent. Une majorité est vraiment silencieuse, pendant que d’autres remplissent le vide des espaces humains capitalisés par leur parole. Humainement, ce sont toujours ceux et celles qui parlent qui ont raison, et ceux qui se taisent, dans tous les sens du terme, tort. Le ni-ni de la neutralité absolue (et en fait absolument abstraite, puisque l’État, lui, n’est pas neutre) n’est pas un rapport entre humains, mais l’absence de rapports, envoyés à leur famille, à leur groupe. C’est une position sans position, intenable, invivable, et d’ailleurs, vécu par personne. Les cultes et croyances représentent un espace beaucoup plus large que celui que l’État définit par sa loi. Ce champ est même celui qui détermine l’ensemble des faits culturels et politiques majeurs. Certains, dit-on, sont croyants sans être «pratiquants», mais il y a avec toute croyance une pratique, au sens philosophique et marxiste du terme, une praxis. Par exemple, derrière le rejet du burkini, certains cachent, mal, leur rejet, ou leur haine, des musulmans, tous amalgamés, et tous amalgamés avec «les terroristes». Ils ne vont pas à la messe, ou ailleurs, mais ils sacrifient chaque jour à ce rejet, à cette haine, et à ce racisme : ils se présentent comme des enfants de choeur qui font entendre leurs plaintes et leurs peurs, face à ces «étrangers» qui veulent «nous envahir». Et, pour accompagner leurs sacrifices mentaux, ils vénèrent des idoles, auxquelles ils destinent leurs sacrifices, y compris en donnant de l’argent. De cette logique sacrificielle, ils ne sortent pas, et comme elle repose sur la violence «fondatrice», ils y reviennent aussi. C’est dire que, quoi qu’ils en aient, christianisme et islam déterminent des personnes et des groupes qui s’en pensent vierges ou opposés, et dans ce discours même, une des articulations rhétoriques et psychologiques de ces deux champs de pratiques cultuelles et de croyances dogmatiques a été volontairement reproduit, avec la «critique de l’idôlatrie». Reste que, pendant que l’on sacrifie son temps à de tels spectacles, ce sont les travailleurs qui sont sacrifiés sur l’autel du veau d’or capitaliste...

 

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