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Billet de blog 12 janv. 2023

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Attaque de la démocratie au Brésil : le monde regarde ailleurs

Le 8 Janvier s'est déroulée au coeur de la capitale brésilienne Brasilia une attaque des institutions démocratiques suite à l'élection en Octobre dernier du président Luiz Inácio Lula da Silva. Des milliers de manifestants se sont rendus à la Place des trois pouvoirs où sont concentrées les instances qui permettent à la démocratie brésilienne de vivre.

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Cette foule de vandales putschistes a envahi le Congrès, la Cour suprême et le palais présidentiel pillant et détruisant tout son passage. Il aura fallut attendre plusieurs heures pour que la police brésilienne vienne en nombre pour repousser les manifestants hors des lieux.
Cette invasion des instances démocratique sonne comme un mauvais remake de l'assaut du capitole Américain il y a 2 ans presque jour pour jour (le 6 Janvier 2021).
Les similitudes entre ces deux évènements sont criantes, puisque ces manifestations ont été portées dans les deux cas par le camps des conservateurs, perdants des élections présidentielles, an attaquant à chaque fois les lieux d'exercice de la démocratie pour tenter d'infléchir les résultats.

Si la redondance de la contestation des résultats des élections au sein des pays démocratiques se fait de plus en plus frappante, on notera que dans ces deux cas c'est toujours le même camps (très) conservateur qui glisse sur la pente dangereuse de l'autoritarisme.
Lors de l'élection de Jair Bolsonaro en 2019, le camp des progressistes perdant ne s'était pas manifesté avec une telle violence, tout comme pour l'élection de Donald Trump en 2017.

Cette dérive autoritaire qui porte de nombreux coups à la démocratie n'augure rien de bon pour l'avenir et cette violence n'est pas sans rappeler les heures sombres dans lesquelles le fascisme a de nombreuses fois plongé le monde.

Allons-nous enfin agir pour enrayer cette gangrène qui fragmente nos sociétés et détruit petit à petit nos démocraties ?

La montée des extrêmes dans tous les pays a été amplement commentée dans les médias notamment en France, mais leurs représentants y sont toujours allègrement les bienvenus. Peut-être pense t'on que ce qui est arrivé par deux fois outre Atlantique ne se produira pas chez nous. Spoiler alerte c'est déjà là sous une autre forme moins visible et plus latente mais physiquement et idéologiquement tout aussi violente.

Si les Amériques paraissent bien loin, il suffit de lever un peu les yeux pour regarder autour de nous et comprendre que nous sommes ici aussi cernés de toutes parts. Le gouvernement Italien est aujourd'hui dirigé par une femme aux idées très à droite dont le parti descend du Mouvement Social Italien, parti fondé par des fidèles de Mussolini. La Hongrie et la Pologne ne sont pas en reste puisqu'elles sont dirigées par de puissants autocrates qui ont fait main basse sur la plupart des contres pouvoir afin d'assurer la pérennité de leur emprise sur le pays.
Récemment, en Allemagne, un complot de coup d'état armé fomenté par un groupuscule d'extrême droite a été déjoué tandis qu'en France le Rassemblement National (ex: Front National) de Marine Lepen réalise des scores aux élections que le fondateur du parti Jean Marie Lepen n'aurait jamais espérer atteindre un jour. Il est bon de rappeler que la fondation de ce parti fût réalisée par le rassemblement dans les années 70 de tous les groupuscules d'extrême droite (collabos, néonazis, royalistes...) Français qui se trouveront représentés en la personne de Jean Marie Lepen, figure présentable de cette mouvance idéologique raciste et violente.

L'instrumentalisation au service de l'extrême droite

Si les personnes présentes lors des évènements du Capitole et de Brasilia doivent évidemment être condamnés, leur faire porter une responsabilité idéologique serait dédouaner les véritables instigateurs de leurs crimes. Les images sont là pour en attester et la plupart des personnes qui ont été arrêtées sont des gens lambdas, des personnes issus de classes populaires qui se sont laissés entrainer par d'autres qui ont su trouver les bons mensonges pour les envoyer à l'assaut des institutions démocratiques.

N'oublions pas qu'en 1789 la révolution Française est une révolution idéologiquement pro-bourgeoisie mais physiquement menée par le peuple qui va se retrouver déjà à cette époque instrumentalisé.

La faute donc en premier lieu aux conservateurs, extrémistes, autocrates qui soit par leur mutisme soit par leur discours attaquent par la désinformation les fondements de la démocratie. Il est donc logique que l'étape d'après soit une attaque physique de celle-ci.

Une certaine prévisibilité des évènements

Dans le cas du Brésil on est en droit de se poser un grand nombre de questions concernant l'organisation de cet évènement et sa prévisibilité. Après  les évènements liés à la non élection de Trump aux États Unis et la campagne présidentielle brésilienne extrêmement violente menée par Jair Bolsonaro idéologiquement proche de l'ancien président Américain, les signaux faibles d'un acte de ce genre étaient bien présents.
Les signaux forts aussi puisque de nombreux groupes sur les réseaux sociaux (whatsapp, telegram etc) très actifs et connus ont servi à l'organisation, des dizaines de bus ont été mobilisés et des milliers de personnes campaient déjà dans la capitale depuis plusieurs jours.

La question de la non anticipation reste donc entière mais des premières pistes semblent se dessiner et de nombreuses arrestations de responsables sont en cours. En tant qu'ancien militaire, Jair Bolsonaro a gardé de nombreux contactes au sein de l'armée et a su s'en faire dans la police. Durant son mandat il n'a eu de cesse de promouvoir ses soutiens au sein de ces institutions. Le gouverneur du district fédéral de Brasilia Ibaneis Rocha est un proche de l'ancien président qui a choisi de mettre Anderson Torres, ancien ministre de la Justice de Bolsonaro comme secrétaire de la sécurité publique. On est en droit de se demander si une forme de laissé-faire a été de mise voir une complicité directe aux manifestants putschistes.
Beaucoup aimeraient aujourd'hui entendre monsieur Anderson Torres mais celui-ci se trouve actuellement "en vacances" aux États Unis aux côtés de Jair Bolsonaro.

L'extrême droite est partout

Voilà ce qui se passe lorsque l'extrême droite arrive au pouvoir, elle infiltre toutes les institutions démocratiques et se propage comme un virus pour la détruire de l'intérieur.

C'est exactement ce qui est entrain de se passer chez nous en Europe et en France. Dans notre pays les députés d'extrême droite se comptent maintenant par dizaines et leur présence dans tous les médias ne fait qu'augmenter. La responsabilité des médias dans leur accession au pouvoir est criante lorsqu'on voit la plupart des journalistes inviter tour à tour les députés d'extrême droite et donner du crédit à leur idéologie raciste et nauséabonde en la banalisant. On a tous encore en tête cette interview de Marine Lepen parlant de ses chats sur un canapé dans une émission à grande écoute : quelle tristesse, quel dégout...

Quant aux politiques des autres bords ils ne sont pas en reste et aussi bien la droite que la majorité présidentielle, de droite elle aussi, multiplient les mains tendus à l'extrême droite. Quant on entend un Éric Ciotti aujourd'hui président du parti Les Républicain dire qu'il pourrait voter pour Éric Zemmour, adorateur de l'abjecte Maréchal Pétain, tout en se revendiquant du Gaulisme, on est en droit de penser que notre bon vieux Général doit se retourner dans sa tombe.

Je suis près à parier avec vous que ce qui se passe au Brésil n'est qu'un avant gout d'évènements plus graves et qui arriveront en Europe et en France si rien n'est fait. Alors allons-nous enfin agir pour et s''attaquer à ce virus de l'extrême droite ou laisser mourir nos sociétés libres à petit feu...

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