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Billet de blog 14 janv. 2023

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« Ça ne gêne personne qu'on parle d'homosexualité à 13 ans ? »

Lucas, 13 ans, harcelé en raison de son homosexualité, s’est suicidé. « À 13 ans, on n'est pas homosexuel », « Ça gêne personne qu’on parle d’homosexualité à 13 ans ? ». Pourtant, à 7 ans, avoir une « petite copine » ne pose aucunement problème. À 13 ans, on peut être hétérosexuel, mais pas homosexuel. Comment pouvons nous fermer les yeux sur l'homophobie ambiante à l'école ?

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Lucas. 13 ans. 

Lucas, 13 ans, s’est suicidé après avoir rapporté un harcèlement scolaire à cause de son homosexualité.

Une vie devant lui. Une vie de trop enlevée, à cause de la haine de quelques-uns.

Comment peut-on fermer les yeux quand l’insulte la plus répandue dans les cours de récré est « PD » ?  Quand allons-nous nous réveiller sur ce fléau ? Cette époque de ta vie où tu devais être constamment attentif  à tes moindres faits et gestes, à montrer que tu étais viril, ou que tu n’étais pas trop efféminé, que tu restais bien dans la norme. Pas trop, pas moins. Souvent, les insultes homophobes arrivent avant même que tu te poses la question sur ta sexualité, avant même que tu saches que tu es vraiment un pédé, toi. Se cacher, apprendre, répéter ce que font tes camarades pour ne laisser aucun soupçons sur ton intégrité hétérosexuelle. Ce sont des mécanismes qu’on apprend très vite, des mécanismes de survie, où le moindre faux pas peut te conduire au bannissement social, au harcèlement ou à la mort.

Illustration 1
Lucas, 13 ans.

« À 13 ans, on n'est pas homosexuel », « Ça gêne personne qu’on parle d’homosexualité à 13 ans ? ». Pourtant à 7 ans, avoir une « petite copine » ne pose aucunement problème. À 13 ans, on peut être hétérosexuel, mais pas homosexuel. A 13 ans, on peut comprendre qu’on aime les filles, mais pas qu’on aime les garçons. On ne pourrait pas parler homosexualité à l’école, parce que les enfants seraient trop jeunes pour ça ? Pourtant, nous ne sommes pas trop jeunes pour recevoir des insultes homophobes, « pédé, tarlouze, tapette » et j’en passe. À cet âge-là, l’homosexualité - comme quelque chose de mauvais - est déjà bien intégrée et assimilée.

Les jeunes LGBT+ ont ainsi 2 à 7 fois plus de risques d’effectuer une ou plusieurs tentatives de suicide au cours de leur vie que le reste de la population. Parmi les jeunes trans, de 16 à 26 ans, 69% ont déjà pensé au suicide, contre 20% chez les jeunes en général. Egalement, 50% des personnes trans ont été victimes de discrimination et/ou de violences à l’école. Ces chiffres sont connus, et l'aveuglement collectif ainsi que l'inaction des pouvoirs publics sont de mise.

Combien de Dinah, de Lucas allons-nous attendre de plus pour réagir ? Qui a déjà entendu parler d’homosexualité en cours d’éducation sexuelle ? Aussi, qui a déjà eu plus de deux cours d’éducation dans sa vie ? La loi en fixe 21 entre le collège et le lycée, soit 3 par année. Ce chiffre est très loin d’être atteint. Et donc, seulement le strict essentiel y est appris. Le rapport sexuel homosexuel n’y sera jamais abordé, et encore moins les relations amoureuses homosexuelles. Il ne faudrait surtout pas apprendre que deux hommes puissent s'aimer, se marier, fonder une famille et être heureux. Et que dire de la transidentité qui n'est même pas une question à l'école, qui est pourtant un enfer pour les personnes trans, avec des personnels non formés.

L’année dernière, Éric Zemmour, qui faisait la guerre à l’« idéologie LGBT », fustigeait les interventions de SOS Homophobie dans les classes qui pour lui "n'ont rien à faire à l'école" et qui faisaient de la "propagande". Ces demi-journées sont probablement pour ces élèves le seul moment où l’homosexualité et la transidentité seront évoquée durant leur scolarité - en plus des discriminations en général, du harcèlement scolaire. Les interventions en milieux scolaire, réalisés par des militants bénévoles ne peuvent suffire à l’insuffisance de l’État. Mais que faire quand le chef de l’État lui-même se dit « sceptique » au fait qu’on parle des questions LGBT+ au collège, et que « c’est beaucoup trop tôt » en primaire. Le Haut Conseil à l’égalité pointait, lui, en 2017, dans une enquête, que 88 % du personnel de l’académie de Lyon n’avait pas reçu de formation à l’égalité. À l’heure où certains seraient favorables à l’uniforme à l’école, des moyens sont nécessaires : pas pour camoufler honteusement nos différences, mais à la formation du personnel éducatif, et à la sensibilisation et à l’éducation sexuelle des jeunes.

La Manif pour Tous fête ses 10 ans aujourd'hui. Aujourd'hui, nous, nous pleurons nos frères et soeurs qui nous ont été enlevés par cette même haine de l'autre. Et la colère viendra bientôt essuyer nos larmes. Avec l'espoir d'un monde meilleur pour tous les autres Lucas.

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