À l’image des deux cent millions de SUV vendus l’an dernier, notre ville est envahie par la démesure de l’inutile. Nous sommes cernés dans cette société où il semble encore acceptable de se déplacer seul dans des châssis motorisés de deux tonnes pour se sentir en sécurité, alors que ceux-ci présentent un danger pour les piétons. L’être humain moderne ressemble désormais aux lilliputien.ne.s du voyage de Gulliver observant un monde où tout est devenu trop grand, disproportionné, éreintant. À l’heure du changement climatique, les scientifiques annoncent un climat méditerranéen à Paris en 2050 : un été comme celui de 2003 deviendra alors la norme. Cette société du toujours trop nous projette dans un monde chaotique, alors n’ayons pas peur, c’est une révolution écologique qu’il nous faut, pour notre survie c’est une révolution écologique que nous ferons.
Il nous faut une vision pour l’avenir, un plan pour répondre aux enjeux qui attendent Paris. Nous devons saisir l’opportunité de repenser nos modes d’occupation de l’espace public. Aujourd’hui, 50% de l’espace parisien est consacré à la voiture alors que ce mode de transport ne représente que 13% des déplacements quotidiens ! Nous ne faisons pas de la voiture une ennemie, nous voulons simplement la limiter à un usage proportionné à nos besoins. Elle a su trouver sa place dans une société en plein développement où les problèmes de pollution et de réchauffement climatique n’étaient pas sujets de préoccupation. En quelques décennies, Paris s’est couverte d’avenues de circulation, de boulevards en double sens et de places de parking faisant la part belle aux automobiles. Mais si la voiture à de quoi prospérer dans les zones peu densifiées, comment en imaginer autant dans une ville comme Paris. Dans la capitale, 74% des déplacement font moins de cinq kilomètres et 70% des Parisien.ne.s habitent à moins de deux kilomètres et demi de leur lieu de travail. La majorité des déplacements quotidiens se font d’ailleurs à pieds. Comment imaginer laisser autant de place à des véhicules dont la pollution entraîne 6000 mort.e.s prématuré.e.s par an dans notre ville, comment imaginer laisser autant de place à de l’asphalte qui monte à des températures de plus de 50°C en période estivale.
Notre plan pour Paris est de repenser la ville comme un espace apaisé, où l’être humain retrouve sa place, où chacune et chacun peut se déplacer en toute sécurité. Pour penser la ville de demain, il faut la penser à l’échelle d’un enfant. La carte publiée par l’association Respire a démontré que 100% des écoles parisiennes étaient polluées et qu’un tiers d’entre elles avaient des niveaux de pollution « extrêmement préoccupants ». On annonce la sortie du diesel pour 2024 et celle des moteurs thermiques pour 2030 mais combien d’enfants vont subir d’ici là l’air néfaste de la pollution? Nous ne pouvons plus attendre, voilà la raison de notre projet. Au lendemain des élections municipales de 2020, nous entamerons la piétonisation des abords de trois cents écoles parisiennes. Dans notre vision à l’échelle des enfants, nous ferons pour leur quotidien des espaces de déplacements sécurisés. Ils pourront apprendre à faire du vélo dès leur plus jeune âge, un maillage de pistes cyclables sécurisées sur 100% du territoire parisien leur permettra d’aller à l’école ou dans leurs espaces de loisirs sereinement. À la fin du prochain mandat, nous aurons fait une nouvelle génération d’usagers du vélo.
L’Observatoire des déplacements de Paris a déjà constaté une baisse du nombre d’automobilistes de 34% entre 2002 et 2017. Nous avons aujourd’hui plus de places de stationnements – majoritairement en sous-sol – que de voitures par ménages dans la capitale. Cet excédent d’espaces de stationnements (de 24%) doit être redonné aux habitant.e.s pour sculpter le nouveau visage de la ville, une ville qui sera mieux adaptée au réchauffement climatique. Ainsi, nous supprimerons une place de stationnement sur deux dans toute la ville d’ici à 2026 pour les remplacer par des pistes cyclables, de la végétation, des trottoirs plus larges où pourront circuler fauteuils roulants, poussettes et piétons ou encore des espaces de tranquillité équipés de bancs, fontaines et bibliothèques en plein air. La végétation s’épanouira sur les trottoirs, le long des pistes cyclables, nous y trouverons fleurs, petits arbustes en fleurs et fruitiers, grands feuillus à l’ombre protectrice. Les aller-retours au travail seront moins fastidieux et nous pourrons flâner les moments vacants le long de ces nouveaux lieux de navigation et utiliser des transports en commun libérés du trafic d’autrefois. Nous ne pouvons plus imaginer la ville de demain sans penser à notre manière de nous y déplacer. Paris doit prospérer comme une ville accessible, respirable et agréable. Pour cela, Paris doit se libérer de la voiture et faire de la place pour se préparer aux enjeux du futur.