La France à Abu Dhabi : grandes ambitions, petits moyens…

Depuis juin dernier où un post informant de la situation critique des enseignants français à Abu Dhabi (et dans de nombreuses villes à l’étranger) a été mis en ligne sur ce blog : ( http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-cantoni/250615/en-septembre-des-professeurs-francais-jetes-en-prison-abu-dhabi ), rien n’a vraiment changé sur place malgré une multiplication de contacts avec Aefe, politiques, syndicats, parents d’élèves et journalistes de métropole.

Depuis juin dernier où un post informant de la situation critique des enseignants français à Abu Dhabi (et dans de nombreuses villes à l’étranger) a été mis en ligne sur ce blog : ( http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-cantoni/250615/en-septembre-des-professeurs-francais-jetes-en-prison-abu-dhabi ), rien n’a vraiment changé sur place malgré une multiplication de contacts avec Aefe, politiques, syndicats, parents d’élèves et journalistes de métropole. Point positif néanmoins, une lettre de l’Ambassadeur de France à Abu Dhabi, adressée le 22 septembre, par courriel, à ses ouailles vivant aux Emirats, reprend l’analyse de la situation de l’Enseignement français que nous avons faite…

 

Ainsi affirme-t-il que la présence française aux Emirats « devrait se confirmer dans les prochaines années, compte tenu de la vitalité de ce pays et des opportunités qu’il offre, en particulier pour le développement de nos entreprises », que « c’est aussi un défi qu’il convient de relever, à commencer par la question de la scolarisation de nos enfants », ajoutant même que « cette question représente, à juste titre, une préoccupation majeure pour l’ensemble des familles et pour les entreprises qui souhaitent s’implanter aux Emirats ». Après neuf mois de démarches pour faire comprendre à l’administration que l’avenir de l’implantation française à Abu Dhabi y était directement lié à la présence d’une école française digne de ce nom, on ne peut être que satisfait de cette prise de conscience.

 

La suite logique de tels propos aurait dû être l’exposé des problèmes que rencontrent sur place les acteurs de l’enseignement français, et, bien sûr, les mesures prévues pour les résoudre. Cette problématique  tient en fait en une seule question : comment convaincre, demain, des professeurs à venir enseigner à Abu Dhabi, et à y rester, alors que le montant des loyers auxquels ils devront faire face représente entre 70 et 90 % de leur rémunération hors impôts, ajouté à la menace des lois émiriennes qui punissent d’un mois de prison tout chèque sans provision ?

 

Mais, rien de tout cela : l’Ambassadeur se dit simplement « mobilisé(s), en lien avec l’Agence pour l’enseignement du Français à l’étranger [Aefe, NDR], sur cette question fondamentale pour l’avenir de notre relation avec ce pays et, plus largement, pour notre politique d’influence ». Outre le fait qu’aucune solution n’est avancée, cette réponse est d’autant plus insatisfaisante que l’attitude de l’Ambassadeur, comme celle de l’Aefe, ne colle pas vraiment avec le terme « mobilisés »…

 

Il faut savoir, en effet, qu’à Abu Dhabi, depuis août dernier, au moins trois familles d’enseignants ont été expulsées de logements « illégaux » (choisis parce que, bien sûr, plus abordables financièrement). A la demande de l’un de ces enseignants, une association a sollicité un rendez-vous auprès de l’Ambassadeur pour aider ce professeur et sa famille. Refus catégorique, loin de la mobilisation revendiquée par le même Ambassadeur dans sa lettre. Comme quoi, entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, il y a parfois un monde…

 

Quant à l’Aefe, elle refuse toujours toute aide en se retranchant derrière le décret 2002-22 qui réglemente la rémunération des professeurs résidents, niant le fait que l’article 6 du même décret lui permettrait d’aider au logement desdits professeurs. En fait, tout laisse penser que le décret 2002-22 sert de prétexte à l’Aefe qui, d’un côté, s’est arbitrairement donné comme priorité des projets immobiliers scolaires à l’étranger, et qui se heurte, de l’autre, à la stagnation, voire à la diminution, du budget que lui accorde Bercy malgré l’augmentation du nombre d’élèves dans le réseau.  Quand les hauts fonctionnaires qui gèrent l’Aefe comprendront-ils que des bâtiments vieillots avec professeurs sont plus utiles, éducativement parlant, que des bâtiments neufs mais vides ? Quand ceux de Bercy découvriront-ils que l’éducation est un investissement et pas une simple dépense ? En attendant, ce sont des enseignants qui, en fin de chaîne, subissent toutes les conséquences de ces décisions, bien que, comme le dit l’Ambassadeur dans sa lettre, ils fassent preuve d’un « engagement de tous les instants [au sein] des équipes pédagogiques ».

 

Nous sommes fin septembre, c’est l’automne. L'automne de l'enseignement français à l'étranger, bien qu’à Abu Dhabi, rien ne le laisse encore supposer. Mais, désormais, si rien ne change, seul le mythe qui veut qu’à l’étranger les enseignants rencontrent de meilleures conditions qu’en métropole permettra au Lycée Louis Massignon de recruter les professeurs dont il a besoin. Un mythe qui,  sauf pour quelques privilégiés, ne correspond plus à la réalité depuis longtemps, mais sur lequel  l’Aefe continue de parier. Un mythe qui, à l’heure d’Internet, risque bien de ne plus perdurer très longtemps…

 

C’est dans ce contexte qu’en novembre aura lieu le prochain conseil d’administration de l’Aefe où la situation des enseignants d’Abu Dhabi sera exposée. Politiques, syndicats, parents d’élèves (et bientôt les représentants des différentes administrations présentes au CA pour peu que leurs coordonnées nous soient transmises) ont été ou seront alertés. Vous serez tenus au courant au travers de ce blog de ce qui aura été décidé lors de ce CA où l’on ne peut qu’espérer que raison et justice sociale l’emportent dans l’intérêt bien compris de tous.

 

 

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