J’ai beau lire et relire le texte des paroles de la cuvée 2015 de la tournée des enfoirés, du 1er au dernier degré, je ne vois pas d’autre message que celui que portait mes parents à mon égard dans les années 70 !

Maxime, mais qu’est-ce que tu fais dans cette galère ? Maxime, permet-moi de te tutoyer car tu es un ami, même si tu ne me connais pas. Celui qui a accompagné ma jeunesse et qui m’a aidé à acquérir une certaine conscience citoyenne. Car, avec Georges, Jacques, Leonard et bien d’autres, tu as participé à mon éducation. Et tes chansons étaient à cent lieues, que dis-je à mille lieues, de celle que tu chantes aujourd’hui avec tes copains des Enfoirés.

De « mon Frère » à « Saltimbanque », « des Lettres » à « Parachutiste », de « l’Arbre dans la ville » à « la Maison bleue », de « Passer ma route » à « Né quelques part », tu as écrit quelques-uns des plus beaux textes de la chanson française. 

Et là, tu participes à une chanson moralisatrice envers la jeunesse, un rappel à l'ordre pour lui dire qu'elle va droit dans le mur si elle ne se prend pas en main.  Et même si ce n’est pas le message et que je me trompe, elle montre quand même des adultes réactionnaires et une jeunesse désabusée. Elle montre des jeunes cons et des adultes encore plus cons. Elle montre l’éternel choc des générations. Bref, elle est d’un pessimisme terrible. Et elle est en train de masquer l’impérieuse nécessité de poursuivre l’œuvre de Coluche.

Tu le vois, ma réaction est mesurée par rapport à d’autres. Et crois-moi Maxime, cette réaction ne participe pas de la connerie ambiante ou de la montée de l’intolérance que tu vois dans celles et ceux qui ont été dérangés par ce texte.

Car, cette montée de l’intolérance, du racisme et de la connerie, ne crois-tu pas que nous en sommes un peu responsables, nous qui léguons ce monde à nos enfants ? Et qu’est qu’ils veulent ces enfants : eux-aussi, ils veulent coudre à leurs Jean’s des fils de couleur. Eux-aussi, ils veulent juste des jours meilleurs…

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Texte de la chanson « Toute la vie » :

Des portes closes et des nuages sombres
C'est notre héritage, notre horizon
Le futur et le passé nous encombrent
Avez-vous compris la question?

Vous aviez tout :  l'amour et la lumière
On s'est battus, on a rien volé
Nous n'avons que nos dégoûts, nos colères
Mais vous avez, mais vous avez, oui vous avez

Toute la vie c'est une chance inouïe
Toute la vie c'est des mots, ça veut rien dire
Toute la vie Tu sais le temps n'a pas de prix
Utopie, sans avenir
Toute la vie, c'est à ton tour et vas-y
À ton tour et vas-y, à ton tour et vas-y, à ton tour... vas-y

Vous aviez tout : paix, liberté, plein emploi
Nous c'est chômage, violence et SIDA
Tout ce qu'on a, il a fallu le gagner
À vous de jouer, mais faudrait vous bouger

Vous avez raté, dépensé, pollué
Je rêve ou tu es en train de fumer ?
Vous avez sali les idéologies
Mais vous avez, mais vous avez, oui vous avez

Toute la vie, une chance, un défi
Toute la vie c'est bidon, ça veut rien dire
Toute la vie tu sais le temps n'a pas de prix
Utopie, sans avenir

Aujourd'hui j'envie tellement ta jeunesse
Quel ennui, je l'échange contre ta caisse
C'est la vie, la vie qui caresse et qui blesse
C'est ta vie, vole et vas-y, vole et vas-y
À ton tour et vas-y, à ton tour et vas-y, à ton tour... vas-y

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