Madame,
Vous n’êtes plus de ce monde, mais, j’espère que, de ῝là-haut῝, vous pourrez découvrir le courrier que j’aurais aimé vous adresser de votre vivant.
Je viens de découvrir votre texte remarquable intitulé « Jacques Attali ou Docteur Folamour ! », disponible sur Geopolintel :
http://www.geopolintel.fr/article695.html.
Je le reprends :
Jacques Attali ou Docteur Folamour !
jeudi 18 juillet 2013
Attali, Docteur Folamour ? C’est Danielle Mitterrand qui le dit, son crédo est la dérégulation, il propose aussi du microcrédit aux enfants du tiers monde et consulte chaque mois un maître.(1) Pourquoi cet homme a-t-il été sollicité pour écrire le rapport de la libération de la croissance française (2) et réformer la société ainsi que l’Etat Français ? Rappelons aussi que Jacques Attali déclarait que nous avions trop de pouvoir d’achat (sic). Finalement Danielle Mitterrand contrairement à son mari avait de la clairvoyance envers cet homme.
Attali, Docteur Folamour ? mercredi 6 février 2008 Par Danielle Mitterrand
Merci au lecteur qui m’a interrogée sur le rapport Attali et qui m’a incitée à prendre connaissance du catalogue intitulé : « Pour la libération de la croissance française ».
Aucune surprise, mais beaucoup d’irritation mêlée d’inquiétude. J’y ai retrouvé l’Attali de 1981 qui ne jurait que par l’emprunt, consistant à faire payer les consommations du présent par la croissance future, sans considérer que celle-ci a forcément une limite. A cet égard, il n’a pas changé.
Ce qui est nouveau, c’est son adhésion au culte ambiant de la dérégulation.
Le développement par la dérégulation, voilà son crédo !
Comment un homme si remarquable - au point que Libé le compare à une Ferrari ou un Steinway- peut-il être aussi aveugle ? On trouve dans ses propositions quelques mesures qui, hors contexte, seraient intéressantes, mais qui, ici, jouent le rôle de la confiture que l’on donne aux enfants pour leur faire passer le goût de la potion.
Celle-ci a pour objectif de mettre à mal tous les dispositifs structurants de notre société, résultant d’un progrès social chèrement payé, toutes les règles de bon voisinage, de solidarité, de travail en commun, de dynamiques collectives, de civilité… afin de tuer le corps social et de le remplacer par une juxtaposition d’individus en valorisant leur ambition, leur esprit de compétition et leur capacité de consommation et en les exposant à la folie.
La société, ainsi ramenée à sa plus simple expression, sera celle du désordre et de la violence.
Mais Jacques Attali a réponse à tout. Il prévoit en effet de remplacer les normes collectives, mises à mal par la dérégulation, par des mesures de formatage individuel reposant sur :
- la restauration du culte du Veau d’Or
- le maintien de l’ordre par un contrôle social renforcé (dès la maternelle !) et toute une panoplie de technologies nouvelles
- la judiciarisation de tous les conflits
- le renforcement des sanctions…
Bref, il propose de remplacer une société extravertie de débats et de contestations par une société de citoyens repliés sur eux-mêmes compétitifs et ambitieux : la société du mérite.
Voyez ce que la dérégulation provoque dans le monde autarcique de la spéculation financière. Imaginez un instant l’ambiance d’une salle de marché où s’agitent des « traders » dans un univers où le contournement des règles est encouragé et où le chacun pour soi tient lieu d’idéologie. Où un jeune homme de 31 ans succombe à l’ivresse du jeu, prend des risques insensés en méprisant non seulement les règles de son métier mais aussi les conventions sociales les plus élémentaires. Oui, je crois sincèrement que la dérégulation est la porte ouverte à la folie et peut-être un jour, au retour du docteur Folamour.
Danielle Mitterrand
Votre analyse est remarquable de lucidité.
C’est le texte d’une femme de cœur, humaine.
Vous avez perçu l’un des aspects les plus tragiques de l’évolution actuelle de notre société qui s’oriente vers une destruction des réseaux sociaux constituant la base indispensable à l’épanouissement de chacun.
Les propositions du ῝docteur Folamour῝, qu’est Jacques Attali, nous orientent vers une société du chacun pour soi, d’une société qui offrira aux plus cruels, aux plus ambitieux, la possibilité de satisfaire leurs besoins les plus primitifs, les plus, égoïstes, les plus destructeurs. Une société où les fauves auront la part belle pour éliminer, ou mettre en esclavages, les plus faibles.
Une société monstrueusement inhumaine, régressive, barbare, où les pulsions les plus basses seront permises aux plus cruels.
Aussi, ne m’en veuillez pas trop sur ce que vous découvrirez dans mes délires humoristiques sur « les aventures de Tintin et de l’Ami-râle Haddock » :
http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/les-aventures-de-tintin-et-de-lami-r%C3%A2le-haddock/
Je sais que parfois, vous serez choquée, révoltée.
Et puis, un jour, peut-être, viendra-t-il le moment où vous serez prête, de « là-haut », à me donner un coup de main.
Je suis preneur.
Très cordialement.
Jean-Charles DUBOC