Association du grand voilier-école

...und über uns die Sterne - An Bord der Statsraad Lehmkuhl - Trailer © feldfilm
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Vidéo « Statsraad Lehmkuhl » (langue allemande)

 

Dix-neuf personnalités du monde maritime viennent de créer « l’Association du grand voilier-école ».

La parution au Journal officiel précise que l’objet est de « promouvoir auprès de la jeunesse les valeurs humaines et professionnelles de la grande marine à voile en mobilisant des acteurs du monde maritime autour d’un projet baptisé "Grand Voilier École" ; constituer une première étape vers la réalisation de ce projet d’envergure et de dimension nationale ».

La déclaration en Préfecture a eu lieu le 14 septembre 2012 et le siège est au « Cluster Maritime Français ».

Je reprends un extrait paru dans « le Marin » du 12 octobre 2012 et intitulé « Trois-mâts ; un projet de voilier-école ? » :

« Avec deux amiraux à la barre, le projet de grand voilier-école français prend la mer. L’amiral Pierre-François Forissier, ancien chef d’Etat-major de la Marine, et le vice-amiral Olivier Lajous, ancien DRH de la Marine, font partie des membres fondateurs de l’association du grand voilier-école. A leurs côtés se trouvent des passionnés comme Armel Le Strat, ancien président de La Touline, ou Patrice L’Hour, ancien commandant de la goélette Étoile et du dundee Mutin.

L’association a tenu son premier conseil d’administration à Brest, le lundi 8 octobre. Cette structure est appelée à se transformer à terme en fondation qui entreprendra la construction de ce voilier.

Même si certains de ses promoteurs sont issus de la Marine, le projet n’a rien de militaire. « L’idée est ancienne,  rappelle l’amiral Forissier. Nous sommes un peu les héritiers d’Éric Tabarly. Il souhaitait que la France se dote d’un grand voilier mais n’avait pas réussi à mobiliser suffisamment ». Résultat la France n’a pas de navires comparables au Juan Sebastian de Elcano espagnol, au Gorch Fock allemand, au Winston Churchill britannique, à l’Amerigo Vespucci italien, ou encore au Cuauhtémoc mexicain ou au Cisne Branco brésilien.

Les promoteurs du grand voilier-école partent du constat d’un « manque » à combler. Ils voient avant tout dans un tel navire un outil de formation humaine. Le grand voilier-école doit embarquer des jeunes de 16 à 26 ans pour leur faire découvrir la mer, la voile… et eux-mêmes. « Ce ne sera pas un outil de reproduction de l’élite maritime, insiste l’amiral Forissier. Il sera ouvert au plus grand nombre.

Le projet est ambitieux. Il vise à construire un trois-mâts à coque acier de 90 mètres de long susceptible d’embarquer 110 personnes, dont 80 à 90 élèves. Il aurait une allure de voilier traditionnel tout en disposant des technologies les plus modernes. Il disposerait des automatismes nécessaires pour pouvoir naviguer avec un équipage réduit de 20 à 25 marins.

Le chantier de construction se déroulerait en France et durerait deux ans. Budget : entre 40 et 50 millions d’euros.

L’association du Grand voilier-école va maintenant s’attacher à réunir des promesses de dons..

Elle se donne cinq ans pour mener le projet à son terme. »

 

Tout ceci est assez amusant car la création de « l’Association du Grand voilier école » me rappelle la constitution de l’association « Les Clippers de Normandie », que j’ai créée en novembre 1993, et qui avait pour objet :

1/ De participer, à partir de stages embarqués sur des grands voiliers assurant une pratique de la voile et la découverte de la mer, à l’éducation, la formation et la réinsertion d’adolescents et d’adultes.

2/ De rechercher au préalable des partenaires publics ou privés pour le financement et l’exploitation de ses bateaux à voile.

J’avais comme membres fondateurs d’éminentes personnalités du monde maritime dont le vice-amiral Charles-Henri Méchet, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, JLLD, un contre-amiral des commandos, Jean Randier, capitaine au long cours et spécialiste des grands voiliers, André Trocheris, capitaine au long cours et président de l’Association française des Capitaines de navires (AFCAN), Jean Recher, capitaine de pêche à Terre-Neuve, auteur du ‘Grand métier’, et d’autres personnalités comme Charles Revet, président du Conseil général de la Seine-Maritime, ou encore Jean-Paul Godon et Yvon Menguy.

Ce n’est pas sans émotion que je me rappelle ce groupe de travail qui s’était constitué en « Laboratoire d’idées » pour conseiller le pouvoir politique afin de faire construire des grands voiliers-écoles pour les jeunes Français et les jeunes Françaises.

Jean Randier et André Trocheris ne sont plus là, car, il y a 19 ans, ils avaient l’âge que j’ai actuellement…

En avril 1996, j’ai laissé la présidence de l’association, devenue « Les Clippers de France », à l’amiral Méchet car j’étais à l’époque commandant de bord B747 à Air France et je savais que je ne pourrai jamais faire simultanément mon métier et présider un laboratoire d’idées.

L’avenir allait me donner raison car j’ai pu découvrir par la suite les effets du décalage horaire.

De plus, l’amiral Méchet avait de très nombreuses connaissances dans le milieu maritime et devait logiquement réussir bien mieux que moi cette aventure !...

Il a d’ailleurs lancé un appel aux anciens de l’IHEDN, et c’est près de 30 amiraux, dont trois anciens chefs d’État-major de la Marine qui se sont inscrits dans l’association.

Et bien, avec le « gratin » de la Marine Nationale et du monde maritime, nous n’avons jamais pu trouver un quelconque financement pour construire un seul grand voilier-école !...

Pour quelles raisons ?...

Avec le recul, il me semble qu’un tel projet, qui est destiné à embarquer des jeunes sur les océans et vers d’autres continents, doit avoir dans son concept, dès l’origine, une dimension internationale et que le projet doit être réalisé par le pouvoir politique !...

C’est en ce sens que je suis passé au niveau européen en proposant à la Commission européenne, en décembre 2008, de créer un « Erasmus Maritime ».

J’ai ensuite proposé à François Hollande, en juin 2012, dans la continuité de ma démarche, de lancer cet « Erasmus Maritime » qui consisterait à construire un grand voilier-école pour chacune des 160 Régions maritimes de l’Union européenne.

Il faudrait alors envisager de construire, pour notre pays, une quinzaine de grands voiliers-écoles du type « Statsraad Lehmkuhl », c'est-à-dire d’investir environ 700 millions d’euros en construction de navires.

Une manne qui serait vraiment bienvenue pour le chantier naval STX de Lorient ou les CMN de Cherbourg.

Certains pourront penser que le projet est franchement "gros" et  pas très réaliste.

Je leur répondrais simplement, qu’en tant que commandant de bord B747, j’avais entre les mains un appareil de 200 millions d’euros, la vie de 350 passagers ; le tout assuré pour 1 milliard et 250 millions d’euros !...

Une responsabilité directe parfois stressante, que bien peu de personnes ont pu avoir.

 

Evidemment, pour l’Europe, le projet représente un investissement de 7 milliards d’euros si chacune des 160 Régions maritimes fait construire un grand voilier-école !...

Et bien cette somme, 7 milliards d’euros, représentent la moitié du programme du missile M51 !...

Et j’ouvre une petite parenthèse en rappelant qu’en 2003 le général de réserve Étienne Copel a contesté dans un ouvrage, puis dans différentes interviews, le remplacement du M45 par le M51 ainsi que le format de la Force Océanique Stratégique (FOST) à quatre sous-marins nucléaires lanceur d’engins (SNLE).

Selon le général Copel, « remplacer les M45 par les M51 [...] n'est pas un progrès. C'est une régression. Qui nous coûtera environ 15 milliards d'euros ».

Cette critique de la dissuasion nucléaire se justifie par des motifs économiques (« défense civile, modernisation des Armées et réduction du déficit de l'État ») et stratégiques : « La première est que les missiles M45 qui sont en train d'équiper nos sous-marins nucléaires sont de véritables bijoux. Ils bénéficient de toutes les aides à la pénétration les plus modernes, leur portée est telle qu'un seul sous marin pourrait menacer, en même temps, à la fois New York, Alger et Moscou, leur fiabilité est excellente [...]. La deuxième raison qui montre que nous n'avons aucune raison de changer nos missiles est que, depuis l'effondrement du monde soviétique, personne ne dispose de système d'interception de missiles balistiques. Mieux, personne ne développe de tels systèmes. Même pas les Américains pour faire face à des missiles nettement moins sophistiqués que nos missiles M45. Certes, les États-Unis ont assez régulièrement des projets de défense antimissiles, mais ils ne passent pas à l'acte, tant il est difficile et coûteux d'intercepter un missile balistique arrivant de la stratosphère à plusieurs milliers de mètres par seconde [...]. Dans ces conditions, il est clair qu'il n'y a aucune raison opérationnelle de dépenser des milliards pour remplacer nos missiles M45 par de nouveaux missiles M51 [...] dont on ne pourra même pas tester les têtes nucléaires, puisque c'est maintenant interdit ! » (Source).

Je rappelle que le général Bernard Norlain, avec qui j’ai participé au documentaire « le secret américain », critique lui aussi vivement la dissuasion nucléaire (voir l’article du Point).

Personnellement, il me semble que le désarmement nucléaire doit être simultané dans tous les pays de la planète et, qu’à défaut, il n’y a pas d’autre solution que le « Status quo ».

Mais, ce qui m’a toujours choqué, c’est que l’être humain est capable de dépenser des sommes absolument colossales dans des programmes d’armement et absolument rien dans la construction de grands voiliers-écoles !...

Un véritable « gag », franchement sinistre.

Tout cela pour conclure qu’un projet de construction de 160 grands voiliers écoles pour l’Union européenne, soit un coût total de 7 milliards d’euros, et bien cela représente la moitié du coût d’un programme d’armement majeur, et uniquement français !...

Quel avenir pour la planète ?...

 

Jean-Charles Duboc

Euroclippers

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