Pour le tirage au sort des sénateurs (II)

 

Peu de personnes ont développé une argumentation pour le tirage au sort des représentants du peuple et en particulier des sénateurs.

J’ai retenu les analyses de « I-Cube » parmi celles qui étaient le mieux argumentée.

Les raisons avancées pour refuser que les sénateurs soient tirés au sort parmi des citoyens volontaires, ne résistent à une argumentation un tant soit peu développée :

 

- « Le tirage au sort ne peut pas fonctionner, comme à Athènes, à l’échelle beaucoup plus large des nations actuelles, trop vastes, trop sophistiquées » opposent les défenseurs du système électif.

Ceci n’est pas recevable car la Justice française, le Royaume-Uni, les États-Unis, et d’autres encore, pratiquent depuis très longtemps le tirage au sort pour constituer les jurys populaires.

Même l’Islande l’a retenu pour créer son Assemblée constituante !...

D’autre part, aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies et à Internet, les États possèdent des fichiers recensant les populations pour des raisons fiscales, sociales et administratives (Sécurité sociale, retraite, chômage, etc…).

Avec ces fichiers, il serait extrêmement simple de créer une base de données composée de citoyens volontaires pour tirer au sort un gouvernement national, européen, ou même mondial !...

En fait, le seul cas où l’élection peut être justifiée est celui du village car tous les habitants se connaissent, comme dans la petite bourgade de 700 habitants du Pays-de-Caux où j’habite et où personne ne veut, d’ailleurs, voir une liste établie par un grand parti !...

La conclusion est que le tirage au sort, très économique, est très bien adapté aux grandes structures territoriales – et même au monde entier... – alors que l’élection ne peut être démocratique qu’au niveau du village ou du quartier, car tout le monde se connait.

 

-      « La démocratie directe cède parfois au populisme, à la dénonciation des élites et au harcèlement judiciaire. » rétorquent certains.

C’est exact et, effectivement, Socrate a été condamné à mort à un moment où la démocratie directe était la plus établie mais il faut souligner que le peuple grec avait protesté contre cette condamnation et que les magistrats coupables furent ensuite bannis d’Athènes !...

La démocratie directe avait fonctionné, mais un peu tard…

Dans un système représentatif, les campagnes électorales des politiciens populistes peuvent rassembler les masses dans des débats haineux basés sur l’exclusion de l’autre, ce qui n’est pas possible dans le tirage au sort.

Les élections permettent alors de rassembler les mécontents avec des promesses irréalistes, pour ne pas dire suicidaires, comme on l’a vu lors des élections européennes de mai 2014 où un parti d’extrême droite a atteint 25,4 % des voix et est devenu le premier parti de France !...

D’autre part, la démocratie directe rend difficile les persécutions judiciaires car les dirigeants et les magistrats sont contrôlés par le peuple, comme aux USA où certains juges sont élus, tandis que dans un système représentatif ils sont beaucoup plus facilement soumis au pouvoir parce que ce sont les élus qui décident de leur avancement !...

 

-      « Les simples citoyens, tirés au sort, ne sont ni assez instruits, ni assez compétents pour régler les affaires de la société et de l’État », d’autant plus que le monde actuel est bien plus complexe que par le passé, nous affirme-t-on !...

Pourquoi les politiciens, qui ne comprennent pas plus que le citoyen l’extrême complexité du monde, seraient-ils plus compétents que des individus tirés au sort ?...

L’argument ne tient pas !...

Les élus actuels sont-ils capables de comprendre la physique des particules, la biologie, la mécanique céleste, la psychiatrie, les mathématiques, la philosophie, l’informatique, la mécanique quantique, la banque, le droit ?...

Bien sûr que non !...

Car aucun être humain ne peut être compétent dans l’extraordinaire variété des activités humaines, sociales, scientifiques, financières, de nos sociétés !...

Et puis, si les politiciens étaient aussi brillants que cela nous ne serions pas dans une situation économique et financière aussi dramatique.

Tous les jours, nous pouvons constater  que les politiciens sont parfaitement incapables d’anticiper les crises. Quant à les résoudre, nous constatons constamment l’impuissance de ces fats.

Dans certains cas, ils sont même capables de créer de graves dysfonctionnements de la société en faisant des choix démagogique qui aggravent la situation !...

D’ailleurs, dans l’Histoire du XXème siècle, nous avons vu comment les dirigeants des régimes totalitaires ont été nommés par le pouvoir parce qu’ils étaient instruits, brillants, supérieurs, éduqués et très politisés.

Ils nous ont montré comment « l’élite » est capable de diriger un  pays !... Souvenons-nous de l’Allemagne nazie, de l’URSS, de la Chine de Mao, de Pol Pot…

De plus, que font les élus lorsqu’ils se trouvent face des problèmes très complexes qui sont compris uniquement par des experts ?... Et bien, ils consultent ces mêmes experts pour avoir leurs avis et prennent ensuite leur décision !...

A partir de ce moment-là, au nom de quoi un politicien serait-il plus compétent pour résoudre un problème complexe qu’un simple citoyen qui lui aussi va faire appel à un expert pour être éclairé sur les enjeux en cours ?...

Il faut bien réaliser que le tirage au sort a l’avantage de mettre au pouvoir des personnes de toutes origines, de tous niveau social, de tous avis politiques, de tous âge, qui sont confrontées à la vie de tous les jours, au contraire des politiciens évoluant dans des cénacles dont la principale caractéristique est de rassembler des vaniteux, des arrogants ayant la prétention d’avoir réponse à tout !...

Pourquoi donc, dans un pays où 80 % des jeunes arrivent au niveau du baccalauréat, où il y a une multitude de professions qui nécessitent une longue formation et où l’ensemble de la population est informée en continu par les moyens audiovisuels, les décisions du gouvernement de la cité et de l’État devraient-elles être prises par une élite autoproclamée ?...

Pourquoi des citoyens volontaires, instruits, tirés au sort et travaillant sous le contrôle d’une Assemblée du Peuple, en étant aidés par des experts, ne seraient-ils pas capable de trouver des solutions à des problèmes complexes aussi bien, sinon mieux, qu’une assemblée de politiciens élus ?...

C’est déjà le cas, lorsqu’un juge fait appel à un psychiatre pour déterminer la responsabilité d’une personne mise en cause dans un crime ou un délit.

Par contre, il y a, bien sûr, le risque que la démocratie directe évolue vers une structure où ce sont les experts qui décident car les « citoyens-tirés-au-sort » délèguent complètement leurs décisions sans remise en cause, sans critique des conclusions des études demandées.

Mais on voit déjà cela dans la démocratie représentative lorsque les députés et les sénateurs ne remettent jamais en cause les budgets alloués à la dissuasion nucléaire !...

Il n’y a même aucun débat à ce sujet, et encore moins un référendum !…

L’une des grandes différences entre l’élection et le tirage au sort tient aussi dans le fait que les politiciens élus le sont pour la durée de leur mandat et qu’ils bénéficient d’une impunité flagrante tandis que les « tirés au sort » sont révocables immédiatement en cas de faute ou de fraude !...

Le tirage au sort évite la création de partis politiques puissants où tout le monde se « serre les coudes » lorsqu’apparait un problème de corruption, comme je l’ai tant expliqué dans ce blog !...

 

On doit aussi se demander « Pourquoi la démocratie directe et le tirage au sort sont-ils maintenus en dehors du débat public ?... », alors qu’il y a des avantages évidents au tirage au sort pour la direction de la société par rapport au système électoral actuel !...

En fait, tout simplement, parce que les élites qui tiennent le pouvoir depuis de siècles n’en veulent surtout pas !...

Ce serait une remise en cause des « avantages acquis », ce dont aucun des politiciens ne veut !...

Le confort des Palais de la république, les rémunérations généreuses, les possibilités de commissions, ou même de rétro-commissions, sur des contrats industriels ou des appels d’offre, constituent une manne dont il est vraiment difficile de se priver d’autant plus que l’impunité est la règle car les juges sont nommés par le pouvoir !...

Ceci est valable dans toutes les démocraties représentatives où les candidats sont remarqués par leur aptitude à débattre, tout en ne remettant surtout jamais le système en cause en sachant bien que la soumission au parti est la meilleure façon d’arriver jusqu’au sommet afin d’obtenir les avantages qui y sont liés.

Depuis les révolutions anglaise, américaine et française, le pouvoir est confisqué par des oligarchies de politiciens professionnels qui se cooptent en choisissant naturellement ceux qui sont prêts à se ˝fondre dans le moule˝, en fait ceux dont l’ambition les porte à toutes les bassesses démagogiques.

Dans une caste sans scrupule, arrogante et cynique, plus occupée à s’auto-reproduire qu’à donner réellement le pouvoir au peuple, le but est d’être élu puis de se maintenir au pouvoir afin de bénéficier des nombreux avantages de la fonction !...

D’ailleurs, le mépris du peuple était déjà contenu dans l’appréciation de l’abbé Sieyès, l’un des rédacteurs de la constitution révolutionnaire qui expliquait : « Il faut écarter le peuple en corps du gouvernement » et créer un « corps choisi de citoyens » qui constituera « une classe de professionnels de la politique ».

Cette idée a été retenue par les révolutionnaires et l’assemblée constituante s’est naturellement composée de citoyens qui s'estimaient supérieurs aux autres et voués à diriger un peuple composé d’ignares justes bons à donner leurs voix lors des suffrages, et à se taire ensuite !...

Sieyès a aussi expliqué que : « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »

Ce discours date du 7 septembre 1789.

On ne saurait dire mieux aux citoyens : « Votez, puis bouclez là !... ».

Cette hégémonie d’une classe de politiciens s’arrogeant tous les pouvoirs et les richesses dure toujours et c’est bien la raison pour laquelle aucun parti politique ne veut débattre de l’introduction de la démocratie directe, via des référendums, et encore moins instituer le tirage au sort !...

La vanité, la prétention, la fatuité de nos dirigeants, sont leurs principaux traits de caractère ce qui leur permet une cooptation naturelle.

Ils se retrouvent en haut du pouvoir où ils ne seront pas mis en cause par une opposition peu vindicative car elle aussi composée bien souvent d’arrivistes, de fats, d’hypocrites et de cyniques arrogants.

Nous le voyons malheureusement tous les jours dans l’actualité.

D’ailleurs, afin d’être tranquilles, et fidèle à la philosophie de Sieyès, l’organisation de la justice a été faite en séparant bien les « affaires civiles », relevant de la compétence de l’ordre judicaire, des « affaires de la chose publique » qui relèvent de la compétence exclusive de « l’ordre administratif ».

Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, ce sont des fonctionnaires qui font office de magistrats et ils sont inamovibles. Ils sont recrutés par la voie de l'ENA, par un concours de recrutement complémentaire, par détachement et par nomination au tour extérieur.

La démocratie directe est totalement inconnue dans ces juridictions endogames ou l’État règne sans partage.

Il y est absolument impensable qu’un juge civil puisse juger une affaire d’État qui est, par essence même, presque de « droit divin » !...

Les juges civils sont là pour la « piétaille » !...

C’est ainsi que, depuis des siècles, aucune démocratie occidentale n’a repris le concept de la démocratie directe et du tirage au sort.

Le pouvoir est ainsi accaparé par des arrivistes aux égos démesurés qui s’estiment tout à fait au-dessus des autres sans avoir bien sûr la moindre autocritique et en mentant parfois honteusement à la tribune de l’Assemblée !...

Ils trouvent dans les partis politiques l’occasion de faire partie d’un groupe qui leur permet d’un même élan vaniteux, n’ayant d’égal que leur incompétence, de gérer le pays sans implication réelle du peuple.

On en voit le résultat aujourd’hui, en continu, avec les scandales qui se succèdent les uns aux autres, l’effondrement économique et financier du pays, l’augmentation du chômage et son corolaire, l’augmentation de la délinquance et la fuite des jeunes.

Mais, plus grave encore, pour beaucoup la solution est l’arrivée d’un pouvoir « fort », d’un chef, ou plutôt d’une « chef » qui va ressortir les vieux discours nationalistes et manipuler le peuple, toujours et encore.

Alors que la véritable solution passe par l’établissement de la démocratie directe et le tirage au sort d’une partie des représentants du peuple parmi des citoyens volontaires, mais aussi par le développement d’une société basée sur la Liberté et la responsabilité des individus.

Aussi, aucun des arguments développés par les opposants au tirage au sort des représentants du peuple ne résiste à une argumentation bien étayée !...

 

 

-      « Il faut très bien payer les représentants du peuple afin qu’ils ne soient pas corrompus !... » est une remarque souvent entendue.

On voit depuis des décennies exactement l’inverse !...

Malgré le fait qu’ils soient très bien indemnisés et bien rien n’empêchent nos élus de détourner des fonds car, pour certains, « faire de la politique », c’est « faire fortune » !...

De la même façon, lorsque des dirigeants détournent des fonds considérables il y a une omerta totale sur l’affaire comme je l’ai longuement expliqué sur ce blog.

Aussi, il me semble que les représentants du peuple doivent être payés au salaire moyen, c’est-à-dire à environ une fois et demi le SMIC et à la condition de pointer pour toucher ses émoluments !...

Là, je sais que je n’aurai le soutien d’aucun parti politique !...

Parce que payer 1700 euros un député ou un sénateur, c’est vraiment un crime de « lèse-majesté » !...

 

Jean-Charles DUBOC

 

 

Billet précédent :

Pour le tirage au sort des sénateurs (I)

 

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