ALPES-MARITIMES / Le label magique et les gentils maires

Après le terrible orage diluvien qui a causé la mort de vingt azuréens, Christian Estrosi a fait, dans l’émission Bourdin Direct, sur BFMTV, une analyse de la situation qui vaut son pesant de cacahuètes…

Le label magique qui protège de la pluie

Christian Estrosi a, tout d’abord, vanté le bilan de la métropole Nice Côte d’Azur : « Il n’en demeure pas moins que là où nous nous venons d’être labélisés "4e smart city au monde" – ville intelligente – sur ce territoire, nous n’avons pas à déplorer une seule victime. » 

Donc, selon le maire de Nice, s’il n’y a pas eu de morts sur le territoire métropolitain, c’est grâce à un « label » aux pouvoirs mystérieux…

La réalité est plus terre à terre. Les décès ont eu lieu à Mandelieu-La Napoule, Cannes, Golfe-Juan et Biot (près d’Antibes). Est-ce parce que ces communes n'étaient pas détentrices du label magique ? Non, c’est tout simplement parce qu’elles ont subi des précipitations bien plus fortes que celles tombées sur la métropole, comme le démontrent les relevés faits le 3 octobre 2015 :

  • Cannes : 196 mm ;
  • Mandelieu-La Napoule : 159 mm ;
  • Antibes : 128 mm ;
  • Nice Côte d’Azur : 109 mm.

Les gentils maires qui ne construisent plus en zone inondable

Visiblement très en forme, Christian Estrosi a ensuite raconté une drôle d'histoire : « Les immeubles qui ont été construits dans des zones inondables remontent à une période d’avant les lois Defferre, c’est-à-dire à l’époque où les maires n’avaient pas la responsabilité d’attribution des permis de construire et où c’était les préfets, où c’était l’État. Il se trouve que, depuis que les maires ont été responsabilisés, ils essaient de limiter les risques. »

Vous avez bien entendu : depuis 1982, les gentils maires ne délivrent plus de permis de construire en zone inondable, comme le faisaient les méchants préfets…

Ce postulat pour le moins naïf est contredit par une étude du Service de l’observation et des statistiques (SOeS) du Ministère de l'écologie : « L’augmentation moyenne du nombre de logements en zone inondable entre 1999 et 2006 est de 7,9 %. Entre 1999 et 2006, plus de 200 000 logements supplémentaires sont comptabilisés dans les territoires exposés aux inondations, dont 100 000 logements situés dans les communes de plus de 10 000 habitants. Dans 19 départements situés en majorité dans la moitié sud de la France, l’augmentation du nombre de logements en zone inondable entre 1999 et 2006 est supérieure à 10,5 %. »

Les propos de Christian Estrosi sont également réfutés par le rapport de la Cour des comptes sur les inondations provoquées successivement, en février 2010, par la tempête Xynthia sur la côte atlantique et, en juin 2010, par des précipitations exceptionnelles dans le Var : « L’examen précis de quelques dossiers d’urbanisme montre la volonté de plusieurs communes, avant la catastrophe, d’appuyer les promoteurs et d’autoriser les constructions, en minorant, voire en ignorant les risques naturels. »

Voilà, c’était la belle histoire du label magique et des gentils maires.

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