FRANCE / En finir avec la diabolisation

Le conseil d’administration d’Anticor a décidé, le 12 septembre 2015, de ne plus interdire à une tête de liste de signer notre charte éthique pour les élections régionales « au seul motif qu’elle était FN »…

Cette décision vient de faire le buzz sur les réseaux sociaux. C’est assez curieux. En effet, Transparency International, qui propose également des chartes éthiques, a toujours accepté la signature de candidats FN (l’ONG avait même mis en ligne la réponse de Jean-Marie Le Pen, lors des régionales de 2010) sans que cela ne suscite le moindre commentaire. De même, les nombreuses associations (défense de l’environnement, défense des personnes handicapées, etc.) qui proposent aux candidats, avant chaque élection, de signer des chartes thématiques ne font jamais de distinction entre les candidats FN et les autres.

Anticor a considéré que sa position de principe, qui consistait à refuser toute signature d’un candidat FN, était confortable mais intenable. Tout d’abord, parce qu’elle était susceptible d’être qualifiée de discrimination au sens du code pénal (article 225-1 : « constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison […] de leurs opinions politiques »). De plus, on ne peut pas faire semblant d’ignorer que le FN a évolué ; l’exclusion de Jean-Marie Le Pen est, sur ce point, assez symbolique. Enfin, on ne peut pas non plus nier que le FN n’a plus le monopole des dérapages.

De toute façon, les scores du FN montrent que la stratégie de la diabolisation ne fonctionne pas. C’est pourquoi, nous pensons qu’il faut mettre le FN face à ses contradictions, comme nous le faisons avec les autres partis. Le FN surfe sur le « tous pourris » mais, au final, qui chez eux pourra signer notre charte, qui voudra la signer, qui la respectera ?

Bien évidemment, cela ne veut pas dire que l’on acceptera les yeux fermés la signature de n’importe quel candidat. Outre les trente engagements de la charte qu’elle doit accepter (dont celui dissuasif sur le mandat unique), la tête de liste doit, conformément au préambule de ce document, respecter les valeurs républicaines et n’avoir jamais été condamnée pour atteinte à la probité publique. Par conséquent, et pour que les choses soient claires, Anticor ne signera pas avec un candidat qui aurait eu des paroles ou des actes contraires aux valeurs républicaines… qu’il soit au FN ou pas ! Anticor demeure donc la seule association qui effectue une sélection des signataires des chartes de ce type.

Pour lever les derniers malentendus, il convient de rappeler qu’Anticor n’est pas une association qui a été créée pour lutter contre le FN. Elle a été créée dans le but de lutter contre les causes du vote FN, ce qui n’est pas tout à fait la même chose... Son objet est ainsi de « mener des actions en vue de réhabiliter la démocratie représentative, de promouvoir l’éthique en politique, de lutter contre la corruption et contre la fraude fiscale sur le plan national et international. »

« La vraie question n’est pas de se demander pourquoi les candidats FN peuvent signer nos chartes éthiques, mais pourquoi les candidats des autres partis sont aussi peu nombreux à le faire »

Treize ans après le 21 avril 2002, nous n’avons pas changé d’avis. Nous pensons toujours que seule l’instauration de pratiques politiques vertueuses pourra redonner envie aux électeurs de ne plus se réfugier dans le vote protestataire. Dans ce cadre, il existe des solutions concrètes, comme en témoignent, par exemple, les trente propositions contenues dans notre charte éthique pour les régionales.

À notre sens, la vraie question n’est pas de se demander pourquoi les candidats FN peuvent signer nos chartes éthiques, mais pourquoi les candidats des autres partis sont aussi peu nombreux à le faire. 

La réponse se trouve peut-être dans les programmes des dernières universités d’été des partis politiques. À l’exception notable d’EELV, aucun parti n’a jugé bon de s’intéresser à la lutte contre la corruption ou au nécessaire changement des pratiques politiques qui sont pourtant des questions qui conditionnent la qualité de notre démocratie. À l’évidence, ces organisations n'ont pas très envie de se remettre en cause.

Ne rien changer et se contenter d’agiter le chiffon rouge du FN pour se faire élire est pourtant une stratégie suicidaire.

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