« Qui a le pouvoir, qui gouverne ? »

J'ai ouvert les travaux de l'université d'Anticor 2018 qui s'est tenue au Parc des Expositions de Valence, les 6 et 7 septembre 2018.

J'ai ouvert les travaux de l'université d'Anticor 2018 qui s'est tenue au Parc des Expositions de Valence, les 6 et 7 septembre 2018. Voici un extrait de mon discours :

Anticor organise, chaque année, une université annuelle afin de débattre des thèmes qui ne sont pas toujours l'obsession de tous les partis politiques. L’an dernier, nous nous étions, par exemple, penché sur la protection des lanceurs d’alerte et la fraude fiscale, dans le cadre d’un thème général qui était « La démocratie à l’heure du soupçon ». En effet, selon un sondage d’Ipsos réalisé juste avant la présidentielle, 74 % des Français considèrent que la plupart des hommes et femmes politiques sont corrompus. Je ne suis pas sûr que ce jugement sévère ait évolué, depuis…

Cette année, nos tables rondes porteront sur les lobbies et les grands projets inutiles et imposés. Il existe tellement de GPII qu’il a fallu créer une catégorie spécifique. Leur existence confirme les paroles de Napoléon Bonaparte : « En politique, une absurdité n'est pas un obstacle. »

C’est l’actualité qui nous a donné envie d’aborder ces deux thèmes…

Le 17 janvier 2018, il s’est passé plusieurs choses. Le Gouvernement a annoncé l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Et la Cour des comptes a rendu un rapport accablant sur la Société du Grand Paris. Que nous disent les magistrats ? La « dernière évaluation montre un dérapage des coûts du projet […] de 12,46 milliards d’euros par rapport au coût d’objectif fixé par le Gouvernement en mars 2013. Ces réévaluations successives des coûts du projet pourraient remettre en cause sa pertinence socioéconomique ». Qu'en termes galants ces choses-là sont mises !

Le 30 mai 2018, l’Assemblée nationale a adopté, en première lecture, le projet de loi agriculture et alimentation. À cette occasion, il s’est passé des phénomènes étranges. Une soixantaine de députés, issus de quatre groupes politiques différents, ont déposé strictement le même amendement en faveur de l’épandage de pesticide par des drones. De même, une députée de la majorité a voté contre l’amendement dont elle était pourtant la rapporteure. Enfin, une députée de l’opposition s’est émue qu’un de ses amendements ait été porté à la connaissance d’un lobby… avant même qu’elle n’ait eu le temps de le communiquer à ses collègues !

Enfin, le 28 août dernier, nous avons vécu un moment fort, sur France Inter : la démission du Ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un membre du Gouvernement parlait avec sincérité, avec gravité, sans réciter des éléments de langage. Que dit Nicolas Hulot : « Il faut à un moment ou un autre poser ce sujet sur la table parce que c’est un problème de démocratie : qui a le pouvoir, qui gouverne ? » Certes, certains ont ensuite choisi la voie du déni en accusant l’ancien animateur de Ushuaïa d’avoir manqué de courtoisie. Vous connaissez le proverbe : quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Force est de constater que ce proverbe est, aujourd’hui, obsolète. Désormais, quand le sage montre la lune, l’idiot récite ses fiches !

À Anticor, nous considérons qu’il est légitime de débattre de ces questions. D’ailleurs, je pense que le thème global de notre université « Pourquoi l’intérêt général n’est pas toujours prioritaire ? » fait écho à une interrogation que nous partageons tous, surtout dans un contexte économique et écologique de plus en plus dégradé.

Gageons que nos débats seront l’occasion de tenter de répondre à la fameuse question de Nicolas Hulot : « Qui a le pouvoir, qui gouverne ? »

Croyez-bien que c’est un honneur pour moi d’ouvrir les travaux de l’université d’Anticor 2018 et je nous souhaite de fructueux débats !

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