Mais qui veut la peau d'Anticor ?

Cela n’a échappé à personne : Anticor subit, depuis quelques jours, des critiques tous azimuts… De biens étranges polémiques !

Cela n’a échappé à personne : Anticor subit, depuis quelques jours, des critiques tous azimuts…

Le 16 janvier 2018, la députée LREM Olivia Grégoire estime qu’Anticor s’acharne contre Richard Ferrand et encombre les tribunaux.

Le 22 janvier 2018, dans une tribune publiée dans Dalloz Actualité, l’avocat Daniel Soulez Larivière fustige « les procureurs privés comme Anticor qui ne dépendent en rien de l’autorité publique et s’érigent en autorité semi-judiciaire » alors que « le ministère public, ainsi que son nom l’indique, est le seul avocat de la société. Et que dans une démocratie toute poursuite est assurée par un monopole de ce ministère public, dépendant plus ou moins étroitement du pouvoir exécutif procédant lui-même de l’élection. »

Le 26 janvier 2018, dans le magazine M, le journaliste  Laurent Telo nous apprend qu’Anticor « est en proie [...] à des déchirements internes »

Il convient, tout d’abord, de reconnaître que Mme Grégoire a raison : Anticor s’acharne ! En effet, notre association s’acharne contre les auteurs d’atteinte à la probité. Même si Mme Grégoire pourrait aussi considérer que les responsables de l’encombrement des tribunaux sont, avant tout, ceux qui commettent des infractions, Anticor veut bien admettre sa part de responsabilité… Pour tout vous dire, au regard du coût annuel, pour la France, de la corruption (20 milliards) et de la fraude fiscale (80 milliards), il nous semble utile d’encombrer les tribunaux.

Nous ne savions que pas que, dans une démocratie (en tous cas selon la conception défendue par Me Soulez Larivière), il faut un ministère public qui, d’une part, soit dépendant du pouvoir exécutif et, d’autre part, soit le seul à pouvoir défendre la société. Comme le rappelle notre avocat, Jérôme Karsenti« sans Anticor, il n’y aurait pas eu de contradiction au procès Chirac car le ministère public avait requis la relaxe. Sans Anticor, il n’y aurait pas eu de dossier des sondages de l’Élysée car le ministère public avait requis l’immunité des services de l’Élysée. Sans Anticor, pas de dossier Mathieu Gallet, de dossier Agnès Saal car le ministère public, malgré les révélations des dépenses publiques non contrôlées au sein de l’INA, n’envisageait pas de se saisir. Sans Anticor pas de dossier Ferrand non plus car le parquet a requis le classement sans suite. » Au final, nous ne pensons pas que l’impunité de quelques-uns soit un signe de bonne santé démocratique ! Dès lors, Anticor et, plus largement, l’ensemble des associations agréées qui luttent contre la corruption, jouent un rôle tout à fait légitime.

Concernant les « déchirements internes » que subit Anticor, c’est peu dire qu’ils ne sautent pas aux yeux ! Qu’en en juge : depuis le renouvellement du conseil d’administration, le 11 avril 2015, tous les rapports moraux et financiers sont adoptés, chaque année, à l’unanimité des membres réunis en assemblée générale. Fort heureusement, malgré une telle tension, le nombre d’adhérents a doublé en trois ans.

Pour conclure ces étranges polémiques, le mieux est de s’en remettre à William Shakespeare : « Beaucoup de bruit pour rien ! »

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