Jean-Christophe PICARD
Attaché principal territorial | Conseiller municipal de Nice et conseiller métropolitain de Nice Côte d'Azur (groupe écologiste) | Membre de l'équipe scientifique de l'Observatoire de l'éthique publique (OEP) | Auteur de "La Colère et le Courage" aux éditions Armand Colin
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Billet de blog 14 avr. 2022

Mais que s'est-il passé au bureau de vote n° 308 de Nice ?

Dans le cadre de l'élection présidentielle, le Conseil constitutionnel a annulé les résultats de plusieurs bureaux de vote, dont un qui se trouve à Nice.

Jean-Christophe PICARD
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Dimanche dernier, en ma qualité de conseiller municipal de Nice, j'ai présidé (bénévolement) le bureau de vote « Villermont ». Il n'y a eu aucun problème. Cela n'a visiblement pas été le cas partout...

En effet, il revenait au Conseil constitutionnel d'examiner les réclamations et de proclamer les résultats du 1er tour de l'élection présidentielle (conformément à l'article 68 de la Constitution). Dans ce cadre, il a annulé plusieurs résultats, dont le bureau de vote « Bois de Boulogne » qui se trouve à Nice. Et le motif est sévère : « Dans le bureau de vote n° 308 de Nice (Alpes-Maritimes), dans lequel 475 suffrages ont été exprimés, la commission départementale de recensement a relevé des discordances importantes et inexpliquées entre le nombre de suffrages exprimés, le nombre de bulletins blancs ou nuls et le nombre des émargements. Une telle discordance mettant le Conseil constitutionnel dans l'impossibilité d'exercer son contrôle sur la régularité des votes, il y a lieu d'annuler l'ensemble des suffrages exprimés dans ce bureau. »

On se demande bien ce qu'il a pu se passer dans ce bureau de vote pour aboutir à un tel fiasco ! À toutes fins utiles, précisons que Jean-Luc Mélenchon avait obtenu 70,74 %, Emmanuel Macron 13,47 %, Marine Le Pen 8,21 % et Éric Zemmour 3,79 % (les autres candidats étant sous la barre des 1 %).

Le Conseil constitutionnel a également annulé les résultats de 21 autres bureaux de vote, répartis dans toute la France, parfois pour des motifs qui laissent pantois... Quelques exemples :

- « Dans la commune de Léchelle (Pas-de-Calais), dans laquelle ont été exprimés 30 suffrages, le magistrat délégué du Conseil constitutionnel a constaté que [...] le maire avait pris l'initiative d'organiser les opérations de vote à son domicile. »

- « Dans le bureau de vote n° 15 du douzième arrondissement de Paris, dans lequel 1 252 suffrages ont été exprimés, le magistrat délégué du Conseil constitutionnel a constaté, lors de son passage, qu'aucun membre du bureau de vote n'était présent. »

- « Dans la commune de Dénipaire (Vosges), dans laquelle 162 suffrages ont été exprimés, le magistrat délégué du Conseil constitutionnel a été, de manière agressive, empêché d'exercer sa mission de contrôle par le président du bureau de vote. »

- « Dans le bureau de vote n° 27 de Grasse (Alpes-Maritimes), dans lequel 843 suffrages ont été exprimés, le magistrat délégué du Conseil constitutionnel a constaté, lors de son passage, que l'urne était ouverte, de sorte qu'il était possible d'y introduire des bulletins de vote par une autre ouverture que celle prévue à cette fin. »

- « Dans les communes de Blérancourt et de Besmé (Aisne), dans lesquelles ont été respectivement exprimés 627 et 93 suffrages, la commission départementale de recensement a constaté que la liste d'émargement était manquante. »

Au final, le Conseil constitutionnel a annulé 10 216 suffrages exprimés, soit 0,02 %. Cette quantité ne remet évidemment pas en cause le classement final. Mais, au regard de l'abstention toujours trop élevée, il est regrettable de démotiver ainsi les électeurs qui se sont déplacés pour rien.

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