ALPES-MARITIMES / L'aventure Anticor

L’association Anticor a organisé une rencontre, sur le thème « Anticor, 12 ans après : bilan et perspectives », le 9 octobre 2014, à Nice.

L’association Anticor a organisé une rencontre, sur le thème « Anticor, 12 ans après : bilan et perspectives », le 9 octobre 2014, à l’Atelier 17, à Nice [1].

Voici le discours que j'ai prononcé, en ma qualité de coréférent d’Anticor 06 :

Bonsoir à tous ! Merci d’être venus célébrer ‒ très modestement ! ‒ les 12 ans d’Anticor. Mais, vous le savez : quand une fête n’est pas payée avec l’argent public, elle a toujours tendance à être modeste.

Je suis aux côtés de Séverine Tessier, la présidente nationale d’Anticor, et de Jean-Noël Falcou, qui vient d’être fraîchement nommé coréférent départemental d’Anticor, à mes côtés. Donc, désormais, selon la formule consacrée : il fera tout et je ferai le reste. Mais, du coup, vous aurez droit, ce soir, à deux discours ; il n’y a pas de bonheur parfait !

Je remercie de leur présence Me Jérôme Karsenty et Me Frédéric Bujoli, qui sont des avocats qui aident Anticor. Me Patrick Rizzo devrait également bientôt nous rejoindre.

Je tiens également à saluer la présence des élus. Je rappelle qu’Anticor n’est pas une association qui est contre les élus ; au contraire, c’est une association qui a été créée par des élus ! Outre Jean-Noël Falcou, conseiller municipal de Vallauris-Golfe Juan, merci donc à Marc Concas, conseiller municipal de Nice et conseiller général des Alpes-Maritimes, et à Jean-François Parra, conseiller municipal de Mandelieu-La Napoule, d’être venus nous écouter.

Je suis heureux qu’Anticor fête ses 12 ans, à Nice. Ce n’est peut-être pas complètement un hasard car, comme vous allez le voir, Nice n’est pas pour rien dans l’aventure Anticor. Et je trouve que c’est un joli clin d’œil que la présidente nationale d’Anticor soit, aujourd’hui, Niçoise…

Séverine Tessier vous parlera d’Anticor dans sa dimension nationale. Quant à moi, je vais vous vous raconter l’histoire d’Anticor 06…

Il faut remonter à l’année 2000. À cette époque, je lisais le journal Le Monde « papier ». Un jour, j’ai commencé à voir apparaître des pages « Affaires » ; la corruption commençait à se banaliser au point qu’il y avait, quasiment chaque jour, une page qui lui était entièrement consacrée ! Parallèlement, j’entendais dans la bouche de militants de parti politique des choses qui ne me plaisaient pas, comme : « ça a toujours été comme ça », « ça ne changera jamais », etc. J’étais à la fois en colère de ces haussement d’épaules permanents, mais aussi optimiste sur le fait que cela pourrait changer, tout simplement parce que j’avais, devant les yeux, des exemples d’élus vertueux. Je vais citer ceux qui m’ont plus particulièrement inspiré : André Aschieri, l’actuel maire de Mouans-Sartoux, ainsi que Max Cavaglione et Jean-François Knecht, deux élus qui nous ont, hélas, quitté.

Il se trouvait justement que je connaissais bien Max Cavaglione puisque je l’aidais, depuis deux ans, à préparer la Commission d’appel d’offres dont il était membre. Je lui ai alors proposé de créer le Club « Éthique & Politique », forum de réflexion ouvert aux citoyens qui, je cite, « pensent que seul le respect d'une éthique permettra de réhabiliter la politique ». Bref, c’était Anticor avant Anticor !

Notre premier colloque, organisé le 26 octobre 2000, à Nice, avait pour thème « Peut-on concilier l’éthique et la Politique ? ». À l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas et, évidemment, les médias avaient oublié de relayer notre initiative… Une soixantaine de personnes s’était quand même déplacée, attirée uniquement par le thème. Un seul élu avait fait le déplacement (en plus de Max Cavaglione) : Jean Icart, qui est d’ailleurs toujours conseiller général des Alpes-Maritimes. Comme c’était un début assez encourageant, nous avons continué à organiser des débats : « Peut-on faire de la Politique autrement ? », « Peut-on faire de la cuisine électorale sans casserole ? », etc.

Deux ans plus tard, après le séisme du 21 avril 2002, Séverine Tessier me contacte pour cofonder, avec elle et d’autres, une association d'envergure nationale : Anticor. J’ai accepté bien volontiers, ravi de sortir de mon isolement niçois pour m’intégrer dans un réseau national.

J’ai eu l’honneur d’écrire dans le premier numéro de la revue d’Anticor, paru en 2003, aux côtés de plumes prestigieuses, comme le juge Éric Halphen, président d’honneur d’Anticor, ou le député Arnaud Montebourg. Ma tribune était un plaidoyer en faveur de la création d’un code d’éthique politique qui s’adressait aux élus, aux candidats, aux militants et aux citoyens. L’idée allait, ensuite, faire son bonhomme de chemin puisqu’elle allait largement inspirer les chartes éthiques d’Anticor, qui elles-mêmes allait inspirer de nombreuses chartes éthiques rédigées par les candidats eux-mêmes. J’ai lu dans Nice-Matin, au moment des dernières élections municipales, que les chartes éthiques étaient devenues une mode… Il faut se rappeler que cela n’a pas toujours été le cas. Et, moi, je trouve que c’est plutôt une bonne chose que des candidats, en amont de leur campagne, se sentent, aujourd’hui, obligés de présenter la manière dont ils comptent exercer leur mandat.

Plus particulièrement en 2005 et 2006, j’ai travaillé avec Jean-François Knecht sur des questions liées à la corruption ou au gaspillage de l’argent public. Je peux témoigner qu’il passait des heures à travailler ses dossiers, même ceux qui n’auraient – et il le savait – aucune retombée électorale. C’était sa conception du rôle que devait avoir un élu.

Cette collaboration était très pratique car, comme Jean-François était à la fois conseiller municipal de Nice et conseiller général des Alpes-Maritimes, nous avions accès assez facilement à de nombreux documents. En outre, un courrier destiné au Préfet ou au Procureur de la République était toujours davantage pris au sérieux quand il était signé par un élu…

Mais Jean-François était déçu du manque de considération et de soutien de la part de son propre parti, y compris quand il fît l’objet de menaces de mort. Dans des propos parus le 12 octobre 2006, dans Nice-Matin, il avait même confié qu’il envisageait de se retirer de la vie politique...

Dans ce contexte, je lui ai expliqué que, pour mener certains combats, il ne fallait pas rester isolé. Je lui ai proposé de fédérer les énergies locales, tout en bénéficiant de l’appui d’une structure nationale. Il a accepté et nous avons alors lancé Anticor 06, le 24 février 2007, à Nice. C’était le tout premier groupe local d’Anticor !

Hélas, le 18 avril 2007, Jean-François nous quittait brusquement. Je ne vais pas revenir sur la tristesse qui nous a tous submergée. Le fait qu’aujourd’hui, deux écoles portent son nom permet de mesurer combien son action a été appréciée. La première école est située à Las Planas, à Nice. Quant à la deuxième école, située à Sébougou, au Mali, je ne vous en parlerai pas. Je laisserai ce soin à Jean-Claude Crolet, le président de l’Association pour la formation en développement humain (ASFODEVH), qui est venu spécialement nous la présenter. Et vous verrez pourquoi ce n’est pas n’importe quelle école…

La disparition de Jean-François allait obliger Anticor 06 à revoir ses ambitions à la baisse. En effet, sans lui, tout était devenu difficile : la simple recherche d’une délibération relevait du parcours du combattant !

Anticor 06 reprendra du poil de la bête, en 2011, avec le procès des emplois fictifs de la ville de Paris, où Anticor était la seule partie civile. Cette affaire, qui aboutira à la condamnation de Jacques Chirac pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêts, va nous faire connaître et déclencher un afflux d’adhérents. J’ai ainsi pu nommer des référents d’Anticor dans une dizaine de communes. Ce sont eux qui consituent la vraie force d’Anticor 06. J’en profite pour saluer Chantal Maimon, référente pour Mandelieu-La Napoule, et Renaud Marson, référent pour Menton, qui sont présents.

Aujourd’hui, quel est le rôle d’Anticor 06 ?

Bien sûr, il y a le dépôt de plaintes. Je ne les comptes plus. Sachez qu’il y a, aujourd'hui, dans notre département, cinq enquêtes ouvertes suite à une plainte d’un lanceur d’alertes d’Anticor 06, dont celle qui a récemment conduit à la perquisition chez Bygmalion.

Au-delà de cet aspect le plus spectaculaire de notre activité, nous préférons faire la promotion des comportements vertueux. Nous le faisons à travers les chartes éthiques que nous proposons aux candidats, au moment des élections (15 chartes signées lors des dernières municipales). Nous le faisons également par le biais de conférences-débats. Ainsi, entre 2012 et 2013, Séverine et moi avons fait la tournée des grandes villes de département. Et devinez quoi ? Nous ne sommes pas toujours bien reçus par les édiles en place !

Douze ans après avoir participé à la création d’Anticor, je n’ai pas changé d’avis : seule l’éthique pourra réhabiliter la Politique ! Je suis éberlué d’entendre toujours les mêmes, élection après élection, nous annoncer qu’ils vont réfléchir afin de trouver comment faire baisser le score du Front National… Cela fait pourtant 12 ans qu’Anticor propose la solution : il faut changer les pratiques et, en cas de blocage, il faut changer les têtes !

Ce qui est nouveau, c’est la dimension économique de la corruption qui devient insupportable, dans tous les sens du terme. Au niveau européen, son coût est estimé à 343 milliards d'euros par an !

Aussi, il faut arrêter de penser que la corruption serait tellement diffuse qu’elle ne ferait pas de victimes. En réalité, nous en sommes tous victimes ! Et nous sommes même victimes plusieurs fois : une fois comme contribuable et une fois comme usager !

Pour le moment, je ne rajouterai qu’une seule chose : bon anniversaire Anticor ! Ce soir, notre cadeau, c’est vos présences !

Note :

[1] Cf. « Anticor a fêté ses 12 ans à Nice ! », sur le blog d’Anticor 06 (09/10/14).

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