NICE / Affaire du bijoutier : la foule a beaucoup de têtes et pas de cervelle

Depuis le 11 septembre 2013, le bijoutier niçois Stéphane Turk est accusé d’homicide involontaire envers un de ses braqueurs.

La page « Soutien au bijoutier de Nice », sur Facebook, a recueilli plus de 1,5 millions de « J’aime ».

De même, la manifestation de soutien organisée hier, à Nice, a attiré entre 800 et 1 000 personnes, dont de nombreuses personnalités politiques de droite – comme Christian Estrosi – et d’extrême droite. Il y avait bien Philippe Soussi, adjoint UDI au maire de Nice, qui brillait par son absence au motif qu’il est l’avocat de la famille du braqueur tué.

Ce déchaînement de passions, sans précédemment pour un simple fait divers, est assez étonnant, et ce pour plusieurs raisons…

Tout d’abord, dans cette affaire, la légitime défense n’est, pour l’instant, pas établie (même si les choses peuvent encore évoluer pendant l’enquête où le procès). Il est, par contre, acquis que le bijoutier de 67 ans a tiré plusieurs fois, en pleine rue – au risque de toucher un innocent – avec une arme détenue illégalement.

Surtout, le bijoutier n’a pas été incarcéré et est toujours présumé innocent. Dès lors, on peut s’interroger sur l’objectif de cette mobilisation.

Enfin, on ne peut qu’être dubitatif face à la pertinence des slogans entendus lors de la manifestation :

- « Libérez le bijoutier » ? C’est déjà fait puisqu’il est seulement placé sous contrôle judiciaire.

- « Taubira démission » ? Quel rapport entre cette affaire et le Garde des Sceaux qui – et c’est tout à son honneur – s’est engagé à ne plus adresser d’instructions individuelles aux magistrats du Parquet ?

- « Non à la racaille, oui à la mitraille » ? À l’évidence, certains font clairement l’apologie de la vengeance privée, qui est précisément le contraire de la Justice. Rappelons, selon la célèbre formule de Max Weber, que l’État détient le monopole de la violence légitime.

Au final, tous ces étranges messages sont la preuve que « la foule a beaucoup de têtes et pas de cervelle » (Thomas Fuller). Mais on aurait pu espérer une attitude plus digne de la part des élus de la République. L’approche des élections n’excuse pas tout…

Le pire aura été l’attitude de Christian Estrosi qui clame qu’il est nécessaire « de réfléchir aux contours de la légitime défense » et qui annonce le dépôt une proposition de loi en ce sens. Quand c’est l’émotion suscitée par un fait divers qui guide la main d’un député, cela ne présage rien de bon pour la République.

Lire aussi, ailleurs :

- « Le bijoutier de Nice et la légitime défense », sur le blog de Dominique Boy Mottard (18/09/13)

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