NICE / Du pain et des jeux ?

Les 7e Jeux de la Francophonie se sont achevés le 15 septembre 2013. Avec un budget de 10 millions d’euros (dont 2,3 millions supportés par la ville de Nice et la métropole), ils ont accueilli 2 749 participants, issus de 54 pays.

De l’avis général, l’organisation n’a pas été à la hauteur de l’événement. Alors que la ville d’accueil avait quatre ans pour se préparer, il semble que l’on s’y soit pris au dernier moment. « À cinq mois de l’ouverture des Jeux, je note juste qu’il va falloir en booster quelques-uns », avait d’ailleurs déclaré, le 9 avril dernier, Bernard Maccario, directeur général du Comité national des Jeux de la Francophonie, après le limogeage de son prédécesseur.

David Kalfa, envoyé spécial à Nice pour Radio France International, dresse ainsi un constat sévère : « Cette VIIe édition n’a pas toujours brillé par son organisation, tout du moins en ce qui concerne les épreuves sportives. Résultats erronés, horaires de compétition fluctuants, calendrier des rencontres bouleversé, confusion entre les pays vainqueurs, mauvaise médaille attribuée, erreur sur le parcours de la course cycliste… Sans parler des histoires de visas non attribués à certains athlètes africains. Les couacs ont été nombreux durant dix jours. »

Michel de Chadarévian, qui occupait les fonctions de coordinateur national des Jeux de la Francophonie de Beyrouth, en 2009, enfonce le clou : « Les Jeux de Nice n’étaient pas du tout à la hauteur de nos espérances, surtout du point de vue organisation. […] Je pense que la motivation n’y était pas dans l’organisation, je compare avec Beyrouth. Le CNJF de Beyrouth était en alerte depuis sa nomination, ses bureaux au palais de l’Unesco ne fermaient pas leurs portes 24h/24 tous les jours de la semaine sans exception. À Nice, les bureaux fermaient à 17 h, comme si ils étaient en période normale et que les Jeux ne se déroulaient pas dans la ville. »

Devant l’évidence, le Comité national des Jeux de la Francophonie de Nice ne cherche pas à nier : « Des difficultés doivent […] être pointées concernant les transports, l’hygiène sur site d’hébergement, la restauration des athlètes et artistes, la circulation de l’information et la mobilisation du public sur les différents sites, le plus souvent par manque d’informations. »

À cette organisation erratique, s’ajoute le comportement inapproprié de certains élus, comme Christian Estrosi et Éric Ciotti, qui ont cherché à lancer une piteuse polémique autour de la prestation du rappeur Kery James, lors de la cérémonie d’ouverture. Cet esclandre, dénué de tout fondement [1], était pour le moins déplacé lorsque l’on sait que les objectifs affichés des Jeux de la Francophonie sont de « promouvoir la paix » et de « permettre le rapprochement entre les pays francophones » !

Pour couronner le tout, ces coûteux jeux n’ont pas rencontré le succès escompté. De l’avis même de la Ministre déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, « il n’y a pas eu beaucoup de public et pas de couverture médiatique ».

Surtout, un chiffre suscite un certain malaise : pendant cet évènement, 34 participants, essentiellement originaires d’Afrique, ont disparu dans la nature, sans doute pour fuir la misère de leur pays. Le poète Juvénal disait qu’il fallait donner au peuple du pain et des jeux. Aujourd’hui, on doit se poser la question : peut-on décemment continuer à proposer des jeux à des peuples qui ont besoin de pain ?

Note :

[1] Cf. « Kery James, et alors ? » (09/09/13).

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