Croissance....Monsieur le Président! l'autobus ne viendra pas !

Adresse à Monsieur le Président de la république.

1ère relance

Croissance.....Monsieur le Président! l'autobus ne viendra pas !

Le désarroi était grand, l'attente était forte, votre élection était porteuse d'un grand espoir de réformes courageuses et justes et d'un espoir de renouveau du civisme.

10 mois après votre élection et l'entrée en fonction de votre gouvernement, le désenchantement est à la mesure de cette attente.

Vouys aviez placé votre quinquennat sous le signe de la jeunesse et de l'exemplarité civique.

Ne vous ayant jamais observé en action dans des fonctions gouvernementales ou d'Etat, nous ne vous connaissions pas vraiment. Notre vote sur votre programme était assorti d'une grande confiance.

Au pied du mur de la société française et de ses blocages, vous, l'ancien Président "pépère" du Conseil Général de la Corrèze et l'ancien 1er secrétaire d'un PS dominé par des barons repus de mandats et de lourds "déjeuners de travail", vous vous avérez incapable de vous hisser au niveau de clairvoyance et de courage qui doit être celui d'un chef d'Etat dans des temps agités et très incertains. Peut-être étiez vous armé pour les temps calmes et prévisibles mais telle n'est pas la météo mondiale.

Ni De Gaulle ni Mendès France n'ont cru devoir créer une commission de réflexion pour les aider à décider d'aller ou non à londres. Ils ont fait face en sachant que le courage est toujours solitaire et ne s'obtient pas par procuration. Monsieur le Président, vous pourriez faire votre profit de la lecture de l'essai de Cynthia Fleury intitulé "la fin du courage".

On espérait un nouveau Mendès France, je crains que nous ayons une sorte de Guy Mollet d'aujourd'hui, produit et adossé à un PS "provincial" assez bien représenté par un "socialiste type" de vos amis; je pense ici à François Rebsamenn à qui vous rendez visite ces jours-ci pour..... vous ressourcer !: à la fois apparatchik et militant du cumul......je ne sais rien de son cholestérol.

Clairvoyance, audace et courage.

Clairvoyance face à ce que vous nommez, comme on la nomme à longueur de journées au café du commerce médiatique, par le mot de "crise" alors qu'en réalité, il s'agit non d'une crise cyclique mais de tout autre chose; il s'agit d'une mutation géopolitique et écologique profonde à la fois inédite, chaotique et imprévisible dans ses effets. C'est précisément parcequ'elle est imprévisible qu'il faut redoubler de prévoyance et résoudre les difficultés qui ne dépendent que de nous. C'est sur ces difficultés "domestiques" et votre défaut de courage pour les affronter que porte cette adresse en -1ère relance.

On ne saurait de bonne foi vous imputer la "mauvaise météo économique", y compris une année après votre prise de fonctions. Mais, comme capitaine du navire, France, vous devez prendre toutes les mesures permettant au dit navire de tenir un cap difficile et d'éviter l'échouage. Quel cap ? Vous devez mobiliser l'équipage. Nous, citoyens, ne sommes pas des passagers sur ce bateau, nous sommes l'équipage. Voulez- vous l'entendre Monsieur, l'équipage c'est nous et non les "barons".

La plupart des réformes structurelles se heurtent aux conservatismes et aux corporatismes de toutes sortes alors, au lieu de reculer, ayez l'audace de la mobilisation civique, ayez l'audace de la démocratie active, ayez l'audace du référendum.

Vous trompant (nous trompant) sur le diagnostic, "une crise cyclique", vous vous trompez (vous nous trompez) sur l'ordonnance. Vous observant à l'oeuvre, j'ai le sentiment que vous vous trompez non par manque d'intelligence mais par manque de courage et ceci est accablant. Au lieu de nous alerter et de nous appeler à nous mobiliser collectivement, vous fuyez les responsabilités auxquelles vous aviez postulé et étiez, vous l'aviez répété à l'envi,  censé être préparé.

Vous nous avez trompés, peut-être vous êtes vous surestimé ? vous n'avez pas la force de caractère qu'il faut, par gros temps,  pour cette fonction. Je comprends avec retard ce que Martine Aubry, entendait par "gauche molle". Il est bien dommage que cette si haute fonction échappe à la règle commune de la période d'essai car 5 ans d'attentisme , ce serait  5 ans de souffrance pour rien !

Lorsque, en fin d'année 2012, vous annoncez avoir en vue la fin de la "crise financière" et prévoyez l'inversion de la courbe du chomage pour la fin 2013 ! .....où prenez-vous vos informations ? Où avez-vous vu que de telles inversions pourraient avoir lieu sans la mise en oeuvre et la prise d'effet sur une durée suffisante de réformes structurelles fortes, en France et en Europe ? Venant du Chef de l'Etat, ces annonces inconsidérées sont irresponsables. Elles sont irresponsables parce qu'elles sont désarmantes alors même qu'il faudrait, en disant la vérité sur les mutations en cours, votre vérité, mobiliser les citoyens, les appeler à un effort collectif rigoureux mais  juste. Vos habiletés dilatoires alimentent et aggravent "la crise".

Rien ne vous dispensera de mettre en oeuvre des réformes profondes et notamment  celles que vous aviez promises et parmi celles-ci, celles qui ne dépendent que de nous dans notre hexagone et donc de vous, le Président élu, et non du contexte international.

J'en reviens donc, 1ère relance, aux mesures de préservation du navire France dans la tempête, mesures sur lesquelles, comme citoyen de base ayant voté pour vous,  je vous ai déjà interpellé, mesures qui ne dépendent que de votre audace face aux vents contraires et pour lesquelles vous êtes en situation d'obligation de résultats.

Monsieur le Président, je vous le dis avec gravité, vous avez décidé d'une intervention militaire au Mali. J'ai approuvé votre décision sur la base de la confiance en votre jugement. Dans cette affaire, le courage est d'abord  du côté des soldats qui risquent leur vie. Alors vous qui êtes leur Commandant en Chef, ayez, à votre poste, ce même courage au service des réformes justes.

Qu'attendez-vous donc, après un an de pleins pouvoirs et d'apprentissage pour mettre en oeuvre par voie législative mais aussi par voie référendaire puisque c'est nécessaire, les réformes suivantes:

- la fin du cumul des mandats dès 2014. Monsieur, s'il vous plait, vous avez pris pendant votre campagne, une posture d'exemplarité civique et la société en avait grand besoin. Si sur de telles mesures, vous reculez, vous n'aurez plus aucune crédibilité ni légitimité à mes yeux et aux yeux de très nombreux citoyens.

- la réforme territoriale visant notamment à réduire le nombre des échelons des collectivités qui est une source de gaspillage et d'inefficacité. Affranchissez-vous du lobby de vos collègues élus locaux , de gauche comme de droite, qui, tout en étant, en grande majorité, honnêtes et dévoués, ne peuvent pas être les acteurs de leur propre remise en cause. Comment espérer créer les emplois publics nouveaux si nécessaires dans les domaines de l'éducation de la santé de la recherche et de la sécurité si, on n'économise pas, symétriquement, dans les collectivités et dans certains services de l'Etat. Qu'attendez-vous Monsieur le Président ? Vous attendez la croissance ? Vous l'attendez comme on attend l'autobus ? Renseignez-vous, l'autobus de la croissance "à l'ancienne" ne viendra plus, l'autobus a changé de route, il faut aller le prendre ailleurs le train d'une "nouvelle croissance", d'une croissance économe. Cette "croissance juste", il faut la construire avec les citoyens, il faut largement l'inventer ! il faut sortir des sentiers battus et rebattus, il faut affronter les huées du scepticisme, des conservatismes et de la mauvaise foi.....bref, il faut du caractère et du courage.

-le lancement d'un programme massif de construction de logements écologiques et économiques. Vous tenez là un levier d'action à effets positifs dans toutes les directions: activité économique dans le secteur du bâtiment, pouvoir d'achat des ménages lequel est dramatiquement obéré par le coût du logement, qualité de la vie et de la ville, empreinte écologique.. etc.Qu'attendez-vous pour réorienter les aides au logement vers les "aides à la pierre" et la mobilisation des maitres d'ouvrages publics de la construction ? les OPAC en bonne santé sont souvent ceux qui ne construisent plus.....on fait quoi ? De grâce, ne nous annoncez pas une nième commission de réflexion pour savoir s'il faut ceci ou celà ! il faut des compétences, nous en avons ! et du courage au sommet de l'Etat. On fait comment pour tenir l'objectif de 500.000 logements par an ? La réponse n'est ni à Washington, ni à Pekin ni à Bruxelles....elle est chez vous, à l'Elysée, dans votre bureau.

- la réforme fiscale. Vos prises de positions sur ce sujet, depuis plusieurs années, faisaient espérer que vous étiez prêt et aviez la volonté d'engager une réforme globale et compréhensble par tout citoyen de bonne foi. Vous aviez, en la matière, plusieurs propositions d'experts, généralement issus de la gauche. Propositions globales,cohérentes,justes, compréhensibles et pouvant être mises en oeuvre progressivement. Au lieu de celà, vous nous infligez un coup par coup incompréhensible, injuste et incohérent. La farce du taux à 75 % n'étant qu'une caricature d'amateurisme. Pourquoi un tel renoncement ?

Je crains et j'ai peine à vous le dire aussi brutalement, que ce qui est en cause dans votre immobilisme, c'est essentiellement votre absence de courage et de tenacité dans la décision.

Vous cédez devant les conservatismes et corporatismes qui gangrènent notre économie et le corps social. Non Monsieur, les remèdes à la compétitivité ne sont pas à rechercher principalement dans les coûts directs du travail  industriel et des services marchands. Ils sont beaucoup à rechercher dans la réforme de l'Etat et la rénovation d'une décentralisation qui reste nécessaire mais qui est devenue obèse, dispendieuse et inefficace. Ils sont aussi à rechercher  dans une fiscalité plus progressive et plus équilibrée entre les revenus des patrimoines et le revenu du travail.

La compétitivité est aussi une affaire de confiance. Notamment une affaire de confiance entre les citoyens et les institutions, entre les coitoyens et les élus et autres détenteurs de l'autorité. Votre ami et condisciple JP Jouyet a très bien écritnaguère sur ce sujet en fustigeant la "Société de Défiance". Plus récemment, c'est Michel Rocard et pierre Larrouturou qui, une nouvelle fois, appelaient la gauche à la lucidité, à l'audace et au courage.

Monsieur le Président, "la crise" n'est pas finie, elle s'aggrave.  Suivez les conseils de Michel Rocard, remisez les "rustines", quittez l'abribus de l'attentisme. Affranchissez-vous des conservatismes, reformulez un objectif et faites en la pédagogie. Courage entreprenons ensemble!

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.